Rarement une offre hostile aura autant fait parler… pour finalement mener à une conclusion que plusieurs voyaient venir depuis des jours.
Plus les heures passent, plus une seule impression domine autour de la LNH : Leo Carlsson ne quittera pas Anaheim.
Le véritable gagnant de cette histoire ne serait donc pas le joueur, ni même les Flyers de Philadelphie… mais bien Daniel Brière, qui aurait réussi à placer les Ducks dans une position financière beaucoup plus inconfortable qu’ils ne l’auraient souhaité.
Depuis le dépôt de cette spectaculaire offre de cinq ans totalisant 90 millions de dollars, les plus grands insiders de la LNH tiennent pratiquement tous le même discours.
Elliotte Friedman, dans son balado 32 Thoughts, a expliqué que les Ducks avaient été complètement pris de court par la stratégie des Flyers.
Selon lui, Leo Carlsson demeure le visage de la concession et il serait presque impensable de le laisser partir contre une simple compensation, même composée de quatre choix de première ronde.
Chris Johnston est allé dans la même direction en rappelant un détail qui change complètement la dynamique du dossier : le propriétaire des Ducks, Henry Samueli, possède une fortune colossale.
L’argent n’a jamais constitué le véritable obstacle. Le problème est plutôt le précédent salarial créé par cette offre hostile.
C’est précisément là où Daniel Brière a frappé fort.
Même si Carlsson demeure à Anaheim, les Ducks devront désormais vivre avec un contrat qu’ils n’avaient probablement jamais imaginé signer il y a quelques semaines.
Plusieurs voient là une victoire stratégique. D’autres y voient une véritable déclaration de guerre entre directeurs généraux.
Une chose est certaine, cette histoire dépasse largement le simple cas de Leo Carlsson.
Au Québec, Marco Normandin a lui aussi alimenté le dossier en affirmant qu’une décision serait déjà prise du côté d’Anaheim et qu’elle devrait être rendue publique vendredi.

Si cette information se confirme, le suspense aura finalement duré plusieurs jours… mais le résultat n’aura surpris personne.
Cette rivalité entre les Flyers et les Ducks n’arrive pas de nulle part. Les relations entre Daniel Brière et le directeur général d’Anaheim, Pat Verbeek, se sont considérablement refroidies lors du dossier Cutter Gauthier.
L’attaquant avait refusé de signer avec les Flyers avant d’être échangé aux Ducks, une transaction qui avait laissé des traces entre les deux organisations.
Impossible de ne pas penser que cette nouvelle bataille contractuelle ajoute un autre chapitre à une rivalité déjà bien installée entre les deux états-majors.
Pour les partisans du Canadien, cette histoire réveille forcément de vieux souvenirs. Impossible d’oublier l’offre hostile déposée par Marc Bergevin à Sebastian Aho en 2019.
La Caroline avait égalé sans hésiter, transformant l’opération en immense exercice de relations publiques.
Deux ans plus tard, les Hurricanes rendaient la monnaie de leur pièce avec l’offre hostile déposée à Jesperi Kotkaniemi.
Montréal avait choisi de ne pas égaler et l’histoire s’était terminée par le départ de l’ancien troisième choix au total.
Avec le recul, plusieurs considèrent aujourd’hui que cette séquence a marqué le début de la fin pour Bergevin à Montréal.
Son image auprès de plusieurs dirigeants avait changé, sans compter que le dossier Kotkaniemi avait laissé un goût amer dans l’organisation.
C’est probablement pour cette raison que Kent Hughes refuse d’embarquer dans ce genre de guerre.
Depuis le début de l’été, plusieurs amateurs réclamaient que le Canadien multiplie les offres hostiles afin d’aller chercher un deuxième centre.
Pourtant, Hughes est demeuré fidèle à sa philosophie. Construire par les échanges. Construire par le développement. Construire par la patience.
Pendant ce temps, les offres hostiles semblent surtout servir à gonfler les contrats des vedettes adverses.
Utah a déjà égalé celle visant Barrett Hayton. Anaheim devrait faire exactement la même chose avec Carlsson.
Le joueur demeure dans son organisation, mais le prix à payer explose.
Au final, Daniel Brière aura peut-être réussi exactement ce qu’il cherchait à accomplir… compliquer la vie des Ducks pendant des années.
Quant au Canadien, difficile de reprocher à Kent Hughes d’avoir choisi de rester loin de ce champ de bataille.
Dans une ligue où les relations entre dirigeants comptent souvent autant que les transactions elles-mêmes, la patience rapporte parfois davantage qu’un coup d’éclat.
Le véritable gagnant de cette histoire n’est peut-être pas celui que tout le monde croyait au départ.
L’histoire des offres hostiles dans la LNH démontre une chose très simple… elles font énormément de bruit, mais elles changent rarement le destin d’un joueur.
Depuis l’instauration du système moderne des joueurs autonomes avec compensation, la vaste majorité des offres hostiles ont été égalées par le club d’origine.
Les exemples les plus célèbres parlent d’eux-mêmes.
Les Rangers ont tenté de dérober Joe Sakic en 1997 avec un contrat record de 21 millions de dollars sur trois ans, mais le Colorado Avalanche a immédiatement égalé l’offre.
Sergei Fedorov a signé une offre hostile des Hurricanes en 1998, mais les Red Wings ont payé le prix pour le conserver.
Même scénario pour Thomas Vanek en 2007, Shea Weber en 2012, Ryan O’Reilly en 2013 et Sebastian Aho en 2019, lorsque le Canadien de Montréal avait tenté de le sortir de la Caroline avec une structure de bonis très agressive.
Toutes ces équipes ont finalement égalé l’offre et gardé leur joueur.
Les cas où une offre hostile a réellement permis de changer d’équipe sont beaucoup plus rares.
Le plus célèbre de l’ère du plafond salarial demeure Dustin Penner, qui est passé des Anaheim Ducks aux Edmonton Oilers en 2007 après qu’Anaheim eut refusé d’égaler l’offre, préférant empocher des choix au repêchage.
Plus récemment, Jesperi Kotkaniemi a quitté le Canadien en 2021 lorsque Montréal a choisi de ne pas égaler l’offre des Hurricanes. Dans l’histoire moderne, ces réussites se comptent pratiquement sur les doigts d’une main.
Voilà pourquoi plusieurs directeurs généraux voient aujourd’hui l’offre hostile davantage comme un outil de pression que comme une véritable arme pour acquérir un joueur.
Elle force l’équipe adverse à immobiliser sa masse salariale, accélère une négociation et peut tendre les relations entre dirigeants, mais elle débouche beaucoup plus souvent sur un simple match… que sur une transaction.
L’histoire de la LNH montre que les équipes préfèrent presque toujours protéger leurs jeunes vedettes plutôt que d’accepter la compensation offerte.
C’est précisément cette réalité qui explique pourquoi plusieurs DG, dont Kent Hughes jusqu’à maintenant, ont choisi d’éviter ce terrain glissant.
Ouf…
