Le Canadien est-il en train de devenir prisonnier de ses propres rabais?
Pendant des années, Kent Hughes a été présenté comme un génie de la négociation.
Il faut lui reconnaître une chose : convaincre autant de jeunes vedettes de signer à rabais dans une LNH où les salaires explosent relève presque de l’exploit.
Nick Suzuki : 7,875 M$ jusqu’en 2030.
Cole Caufield : 7,85 M$ jusqu’en 2031.
Juraj Slafkovsky : 7,6 M$ jusqu’en 2033.
Lane Hutson : 8,85 M$ jusqu’en 2034.
Ivan Demidov : 9,15 M$ jusqu’en 2035.
Même Noah Dobson, acquis récemment, est sous contrat à 9,5 M$ jusqu’en 2033.
À première vue, c’est une structure salariale parfaite.
Mais depuis quelques jours, quelque chose a changé.
Le marché est devenu complètement malade.
Il ne s’agit plus seulement d’une hausse des salaires.
On parle d’une véritable explosion.
L’offre hostile historique de 18 millions de dollars par saison déposée à Leo Carlsson a complètement changé la LNH.
Mavrik Bourque vient de signer six ans à 5,5 millions de dollars par saison.
66 points en 156 matchs dans la LNH.
Une meilleure saison de 41 points.
Et pourtant…
33 millions de dollars garantis.
Comment voulez-vous que les joueurs du Canadien ne regardent pas ça?
Comment voulez-vous que Cole Caufield ne fasse pas le calcul?
Comment voulez-vous que Juraj Slafkovsky ne se dise pas qu’il a laissé une fortune sur la table?
Selon l’agent de joueurs Allain Roy, cette frustration est déjà bien réelle.
« C’est une situation intenable pour ces joueurs. Ils voient leurs collègues s’enrichir avec des contrats colossaux pendant qu’eux sont bloqués avec des ententes qui, dans quelques années, paraîtront ridicules. »
Ouch. Et l'agent continue encore plus fort avec ses propos sur les "sous-payés" frustrés du vestiaire.
« Il y aura ceux qui ont eu le malheur de signer avant cette explosion salariale et ceux qui pourront en profiter pleinement. Malheureusement, pour Caufield et Slafkovsky, ils sont dans la première catégorie. Ces gars-là vont voir des joueurs de calibre inférieur toucher beaucoup plus qu’eux, et ça va les hanter pendant des années. »
Voilà le véritable problème.
Cole Caufield est l’un des meilleurs marqueurs naturels de toute la LNH.
À 7,85 millions de dollars.
Dans deux ou trois ans, un joueur qui marque 50 buts commandera probablement 11 ou 12 millions de dollars par saison.
Caufield, lui, sera encore lié jusqu’en 2031.
Même histoire pour Juraj Slafkovsky.
À 7,6 millions, son contrat deviendra probablement l’une des plus grandes aubaines de toute la ligue.
Pour le Canadien, c’est fantastique.
Pour le joueur?
Le cauchemar complet.
Allain Roy met d’ailleurs le doigt sur la psychologie des joueurs.
« Ils ne jouent pas seulement pour l’amour du hockey. Ils jouent aussi pour ce qu’ils valent sur le marché. Et aujourd’hui, ils réalisent qu’ils valent bien plus que ce qu’ils ont accepté. »
Et ce phénomène ne touche pas seulement Caufield et Slafkovsky.
Nick Suzuki regarde le marché lui aussi.
Le capitaine du Canadien vient de connaître une saison de plus de 100 points, il a remporté le trophée Selke, il est devenu l’un des meilleurs centres de la LNH.
Son salaire?
7,875 millions de dollars.
Dans le marché actuel, un joueur de ce calibre toucherait facilement 12 à 13 millions par saison.
Pendant ce temps, Ivan Demidov et Lane Hutson arrivent eux aussi avec des contrats très favorables pour l’organisation, pour ne pas dire ridicules.
À court terme, tout le monde est heureux.
À long terme?
Les comparaisons vont devenir inévitables.
Kent Hughes va se retrouver prisonnier de son propre succès.
Parce qu’aujourd’hui, comment convaincre Jason Robertson de venir à Montréal si son camp demande 14 ou 15 millions de dollars?
Robertson a déjà clamé qu'il voulait venir à Montréal. Mais le côté "cheap" de Kent Hughes gâche tout.
Comment déposer une offre hostile de 18 millions à Leo Carlsson?
Comment faire exploser le marché avec Adam Fantilli?
Comment attirer une superstar en lui donnant pratiquement le double du salaire de Nick Suzuki?
Le journaliste de Radio-Canada, Martin Leclerc a parfaitement résumé le danger.
Les joueurs du noyau n’ont probablement pas accepté de laisser autant de millions sur la table pour financer l’arrivée de joueurs qui gagneraient six, sept ou huit millions de dollars de plus qu’eux chaque saison.
C’est exactement là que la hiérarchie salariale devient un problème.
Pendant des années, elle représentait la plus grande force du Canadien.
Aujourd’hui, elle pourrait devenir une prison.
Chaque nouveau contrat signé ailleurs fait grimper la frustration.
Chaque nouvelle signature rappelle aux joueurs montréalais combien de millions ils ont laissés sur la table.
Et Allain Roy ajoute même une autre inquiétude.
« Si le plafond grimpe trop vite et que les revenus ne suivent pas immédiatement, on pourrait voir l’escrow refaire surface. Et là, les joueurs déjà sous contrat se feront doublement avoir. »
On comprend alors pourquoi Kent Hughes semble paralysé.
Depuis le début de l’été, le DG du Canadien regarde le marché exploser.
Les offres hostiles reviennent à la mode.
Les transactions deviennent gigantesques.
Les salaires n’ont plus aucun sens.
Et pourtant…
Montréal refuse toujours de frapper un grand coup.
Pourquoi?
Parce que chaque gros contrat accordé à un nouveau joueur risque de créer un précédent dans son propre vestiaire.
À force de protéger sa hiérarchie salariale, Kent Hughes est-il en train de manquer les plus grandes occasions d’améliorer son équipe?
C’est la grande question.
Parce qu’au final, le plus grand exploit de Kent Hughes pourrait bien devenir son plus grand obstacle.
Il a convaincu ses jeunes vedettes de signer des rabais historiques.
Aujourd’hui, ces mêmes rabais risquent de l’empêcher d’aller chercher les supervedettes dont le Canadien a besoin pour gagner la Coupe Stanley.
Le marché a changé.
Les règles ont changé.
Et si Allain Roy a raison, la frustration de certains joueurs ne fera qu’augmenter au fil des prochains contrats records.
Le Canadien possède peut-être la meilleure structure salariale de la LNH.
Mais il commence aussi à en payer le prix.
Selon Roy, la tension dans la chambre est en train de devenir toxique.
