Le piège se referme à Montréal : la chute de Kaiden Guhle commence

Le piège se referme à Montréal : la chute de Kaiden Guhle commence

André Soueidan
Le 2026-07-13

Kaiden Guhle a longtemps été présenté comme une certitude dans la reconstruction du Canadien de Montréal.

Un choix de premier tour, un défenseur de 6 pieds 3 pouces capable d’encaisser les coups, de bloquer des tirs et d’affronter les meilleurs attaquants adverses… le genre de joueur que Kent Hughes pouvait installer dans son noyau et oublier pendant dix ans.

Le problème, c’est que la défense du Canadien a évolué beaucoup plus rapidement que prévu.

Aujourd’hui, une question inconfortable commence à suivre Guhle partout : quelle est réellement sa place dans cette équipe?

Arpon Basu, de The Athletic, a soulevé un point qui risque de faire grincer des dents à Montréal.

Avec la prolongation de contrat de Mike Matheson jusqu’en 2031 et l’explosion de Lane Hutson, la hiérarchie du côté gauche commence à devenir dangereuse pour Guhle.

Hutson joue encore régulièrement à droite par nécessité, mais personne ne peut sérieusement prétendre que cette situation représente le plan idéal à long terme.

Lane Hutson est un défenseur gaucher.

Son côté naturel est le gauche et, tôt ou tard, le Canadien devra probablement construire sa brigade en conséquence.

Matheson est également gaucher.

Son nouveau contrat le garde à Montréal pour plusieurs années.

Derrière eux se trouve Guhle, lui aussi gaucher, avec une entente de 5,55 millions de dollars par saison jusqu’en 2031.

Basu va directement au cœur du problème en expliquant que le rôle de Guhle paraît maintenant beaucoup plus fragile.

Le journaliste souligne qu’une fois Hutson replacé sur son côté naturel, avec Matheson toujours dans le portrait, Guhle pourrait théoriquement se retrouver comme troisième défenseur gaucher de l’organisation.

Pour un joueur payé 5,55 millions par année, le portrait devient soudainement moins confortable.

Guhle a prouvé qu’il pouvait jouer dans la Ligue nationale.

Il a également montré qu’il pouvait survivre à l’intensité des séries éliminatoires.

Ses huit passes en 19 matchs au printemps dernier témoignent même d’une certaine capacité à contribuer lorsque le jeu devient plus serré.

Personne ne remet en question son courage.

Ses 50 minutes de pénalité en 24 matchs éliminatoires racontent d’ailleurs assez bien le genre de guerre qu’il accepte de mener.

Ce qui manque encore, c’est cette petite coche qui transforme un bon défenseur en véritable pilier d’une brigade.

Guhle n’est pas Lane Hutson avec la rondelle.

Il ne dicte pas le rythme d’un match par ses sorties de zone et sa créativité.

Son rôle repose davantage sur le travail ingrat : brûler des minutes en désavantage numérique, fermer l’espace devant le filet, gagner ses batailles à un contre un et accepter de se placer devant des rondelles que plusieurs joueurs préfèrent éviter.

À Montréal, on espérait presque voir apparaître une version moderne de Shea Weber.

Le gros défenseur intimidant, stable et capable de devenir le roc autour duquel tout le reste s’organise.

La comparaison était probablement injuste dès le départ, mais l’image collait parfaitement au profil de Guhle.

Quatre saisons plus tard, ce joueur n’est toujours pas apparu.

Les blessures n’ont évidemment rien aidé.

Guhle a disputé seulement 94 matchs de saison régulière au cours des deux dernières campagnes et n’a jamais franchi le cap des 70 rencontres dans une même saison.

Basu insiste justement sur cette réalité : le Canadien n’a encore jamais vraiment vu ce que Guhle pouvait devenir en accumulant les matchs et en trouvant son rythme sur une longue période.

À 24 ans, la porte n’est certainement pas fermée.

Mais le temps où Montréal pouvait attendre tranquillement commence à disparaître.

Noah Dobson occupe maintenant le sommet de la hiérarchie à droite.

Alexandre Carrier demeure dans le portrait.

David Reinbacher représente toujours un investissement majeur de l’organisation et son développement pourrait éventuellement régler une partie du problème.

Pendant ce temps, Martin St-Louis continue de jongler avec des gauchers utilisés du mauvais côté, une gymnastique qui a même mené Jayden Struble à jouer à droite par moments aux côtés d’Arber Xhekaj.

Dans un monde idéal, le casse-tête serait simple.

Hutson à gauche sur la première paire, Matheson derrière lui et Guhle sur une troisième paire.

Dobson mènerait le côté droit, avec Carrier et éventuellement Reinbacher pour compléter la brigade.

Mais ce monde idéal place un défenseur à 5,55 millions de dollars sur une troisième paire.

Voilà pourquoi le nom de Guhle refuse de disparaître des discussions de transaction depuis le début de l’été.

Kent Hughes l’a signé. Il croit au joueur.

Guhle fait partie du noyau qui a grandi ensemble et sa présence dans le vestiaire compte.

Toutefois, lorsqu’un directeur général cherche désespérément un attaquant top-6 et possède trois défenseurs gauchers capables de jouer dans les deux premières paires, les sentiments finissent toujours par rencontrer la réalité du marché.

Le plus cruel pour Guhle, c’est qu’il aurait probablement réglé une immense partie des problèmes du Canadien s’il avait simplement lancé de la droite.

Son profil physique, son jeu défensif et sa capacité à manger des minutes auraient parfaitement complété cette brigade.

Mais Kaiden Guhle est gaucher.

Lane Hutson aussi.

Mike Matheson aussi.

Kent Hughes devra éventuellement remettre tout ce beau monde dans les bonnes chaises… et lorsque ce moment arrivera, quelqu’un risque de découvrir que sa chaise n’est plus celle qu’il imaginait.

La chute n’est peut-être pas encore consommée.

Mais pour Kaiden Guhle, le sol commence dangereusement à se rapprocher.

Ouch…