Pierre Houde nous a habitués à raconter les émotions des autres. Les buts qui font exploser le Centre Bell. Les défaites qui vident un peuple. Les moments de grâce. Les moments de douleur. Mais cette fois, c’est lui qui s’est raconté. Et rarement, peut-être jamais, on ne l’avait vu aussi vulnérable.
Dans son entretien bouleversant avec Mathias Brunet, Pierre Houde s’est livré avec une authenticité qui nous a donné les larmes aux yeus.
Pas le professionnel impeccable. Pas la voix légendaire de RDS. L’homme. Le frère. Le père. L’être humain fragilisé par les deuils, les blessures invisibles et les morceaux de vie qu’on ne récupère jamais complètement.
Quand Pierre raconte le moment où il apprend la mort de son frère Paul Houde, on sent presque le temps s’arrêter avec lui.
Il est dans sa voiture, sur Saint-Urbain, en direction sud. Son téléphone sonne enfin. On lui annonce que Paul vient de mourir.
Et là, tout bascule.
« J’ai perdu le fil de ma vie. »
Il raconte qu’il voyait les feux rouges, qu’il s’arrêtait mécaniquement, mais qu’il n’était plus vraiment là. Comme si son cerveau avait cessé de fonctionner normalement. Comme si le monde continuait de tourner autour de lui alors que tout venait de s’effondrer.
« J’ai comme perdu le contact avec la réalité. »
Voici l'extrait vidéo bouleversant:
« J'ai perdu le fil de ma vie »
— MathiasBrunetRencontre (@MBRencontre) May 23, 2026
L'épisode avec Pierre Houde est disponible sur @kosports_tv, YouTube et vos plateformes audio#canadiens #montreal #rds #hockey #balado@mathiasbrunet pic.twitter.com/MaxUEWH7Ad
On voit l'image d’un homme détruit, seul dans son auto, incapable de comprendre ce qui vient de lui arriver.
Et pourtant, dans ce chaos intérieur, quelque chose le ramène à lui-même.
Le travail.
« OK Pierre, tu es en ondes dans une heure. Appelle ton réalisateur. »
Il appelle Dario (le réalisateur). Il lui annonce que son frère vient de décéder.
La réponse est immédiate : retourne chez toi.
Mais Pierre refuse.
« Non, je pense que j’aimerais mieux m’en venir à RDS. »
« Ça a été la meilleure décision. Parce que c’est ma famille, ma deuxième famille. »
RDS n’a jamais été juste un employeur pour lui. Ça a été un refuge. Un point d’ancrage. Un endroit où tenir debout quand le reste s’écroule.
Et quand on entend ça aujourd’hui, impossible de ne pas penser à tout ce qu’il traverse maintenant.
Parce qu’au deuil de Paul s’ajoute un autre chagrin, plus discret, moins brutal, mais profondément douloureux : celui de ne plus raconter les séries éliminatoires des Canadiens de Montréal.
Depuis que RDS a perdu les droits nationaux il y a 12 ans, Pierre Houde vit un vide étrange. Une absence qu’il décrit avec beaucoup de peine dans les yeux.
Mathias Brunet lui pose la question directement : est-ce qu’il est un lion en cage pendant les séries?
La réponse est d’une élégance immense.
« Ce n’est pas lion en cage comme tel… mais je vis une certaine émotion. »
Pas d’amertume. Pas de rancune.
« J’en veux à personne. Je ne jalouse personne. »
« Je suis pilote d’avion. C’est comme si tu amenais l’avion en finale… mais tu n’avais pas le droit de l’atterrir. Tu te prives de ton plus beau moment comme pilote d’avion. »
Pendant des mois, il accompagne l’équipe. Il traverse les hauts et les bas. Il prépare le voyage. Il guide les partisans.
Mais quand vient le plus beau moment, les séries, son rival beaucoup moins talentueux que lui prend les commande. (Félix Séguin)
« L’atterrissage, c’est ce qu’il y a de plus revalorisant. C’est ce qu’il y a de plus compliqué, mais de plus revalorisant aussi. »
Puis il ajoute une autre image, tout aussi puissante :
« Tu amènes le bateau… mais tu ne l’amènes pas au port. »
On comprend alors pourquoi il était si émotif.
Plusieurs deuils se mélangent.
Le deuil de Paul.
Le deuil d’une certaine relation familiale, qu’il aborde aussi avec pudeur.
Le deuil du contrôle sur sa vie.
Et le deuil professionnel d’un homme qui, depuis 12 ans, regarde le plus grand moment de sa saison… depuis son salon.
« Il y a quand même une certaine mélancolie qui s’installe à chaque année. »
Pendant qu’on se plaignait de ne plus entendre Pierre Houde au printemps, lui vivait aussi ce manque-là.
Lui aussi était privé de quelque chose. Et il le dit avec le coeur rempli de tristesse.
On découvre que celui qu’on croyait invincible porte des blessures immenses.
On réalise soudainement à quel point il nous a donné, pendant toutes ces années, même quand lui-même n’allait pas bien.
Le Québec aime Pierre Houde. Profondément.
Et après ce témoignage, on l’aime encore plus et pas seulement pour sa voix.
Pour son courage. Pour sa vulnérabilité. Pour cette dignité tranquille qui le rend si profondément humain.
Surtout parce qu’il nous rappelle une chose essentielle : même ceux qui semblent les plus solides traversent parfois des tempêtes qu’on ne voit jamais.
Et là, on va devoir se taper la voix de Félix Séguin.
Misère...
