Quelque chose a changé dans l’atmosphère autour du Canadien de Montréal.
On l’a senti dès que l’organisation a confirmé qu’il n’y aurait aucune soirée officielle de visionnement au Centre Bell pour le prochain match à l’étranger.

Habituellement, une annonce comme celle-là passe presque inaperçue.
Cette fois, la réaction a été immédiate.
Les partisans ont compris que le Canadien venait de fermer volontairement la porte à un événement capable de remplir son amphithéâtre en pleine finale d’association.
Et surtout… capable de rapporter énormément d’argent.
Depuis le début des séries, ces soirées à 12 dollars étaient devenues un phénomène à Montréal.
Le match projeté sur l’écran géant, les gradins remplis comme un soir de séries normal, les serviettes blanches, les mascottes, les chants, les milliers de gens qui débordaient ensuite vers les rues du centre-ville… le Canadien avait pratiquement recréé une deuxième version des matchs à domicile.
Le détail important, c’est que ces événements servaient aussi à financer des fondations et des œuvres caritatives associées à l’organisation.
Avec plus de 21 000 personnes dans le Centre Bell à chaque fois, on parle d’environ 252 000 dollars de revenus bruts uniquement avec la vente des billets.
Même en retirant les dépenses d’opération, de sécurité et de personnel, il reste des sommes énormes qui pouvaient être redistribuées.
Alors pourquoi arrêter maintenant?
Parce que Montréal est en train de devenir beaucoup trop intense pour son propre bien.
Les images des dernières semaines ont fait le tour du continent.
Les scènes de célébration devant le Centre Bell donnaient presque l’impression que la ville entière vibrait au rythme du Canadien.
Sur le plan émotionnel, c’était spectaculaire. Sur le plan logistique, beaucoup moins.
Les policiers antiémeutes ont dû intervenir.
Des feux d’artifice illégaux ont explosé en pleine foule.
Des débordements ont été signalés jusque tard dans la nuit. Des touristes filmaient le chaos comme s’ils assistaient à un carnaval incontrôlable au milieu du centre-ville.
Et là, soudainement, le week-end de la Formule 1 arrive.
Des centaines de milliers de visiteurs déjà entassés dans Montréal.
Des rues barrées. Des restaurants pleins. Des hôtels saturés. Une ville qui fonctionne à capacité maximale avant même que la rondelle tombe.
Le Canadien a regardé ce portrait-là… puis a décidé de reculer.
C’est probablement ça le vrai choc dans cette histoire.
Geoff Molson vient essentiellement d’accepter de perdre un quart de million de dollars potentiels dans un moment où le Canadien est plus populaire que jamais.
Une organisation de la LNH ne prend pas ce genre de décision simplement pour “être prudente”.
Quand tu refuses volontairement un Centre Bell plein en séries éliminatoires, ça veut dire que tu crains sérieusement ce qui pourrait se produire autour de l’événement.
Parce qu’au final, le problème n’était même plus à l’intérieur de l’aréna.
Le problème, c’était ce qui allait arriver dehors si le Canadien gagnait.
Imaginez une seconde une victoire du CH au beau milieu du samedi soir de la Formule 1.
Des dizaines de milliers de personnes déjà dans les rues du centre-ville.
L’alcool. La tension. L’adrénaline des séries. L’euphorie collective. Montréal aurait pu exploser émotionnellement d’une manière impossible à contrôler.
Et honnêtement, l’organisation l’a compris avant tout le monde.
Ce qui est fascinant, c’est à quel point cette décision révèle l’ampleur du phénomène actuel autour du Canadien.
Pendant des années, les gens reprochaient à Montréal d’avoir perdu sa folie du hockey. Aujourd’hui, cette folie est revenue tellement fort que même le club semble obligé d’y mettre des limites.
Le plus ironique dans tout ça, c’est que le Canadien n’annule pas ces soirées parce que les partisans ne répondent plus présents.
Il les annule parce qu’ils répondent trop présents.
Ouin…
