Congédiement inhumain: le DG des Maple Leafs est un monstre

Congédiement inhumain: le DG des Maple Leafs est un monstre

Par David Garel le 2026-05-13

Deux heures.

Deux heures à parler hockey, vision, identité, avenir du club. Deux heures où le nouveau directeur général des Maple Leafs de Toronto, John Chayka, a quitté sa rencontre avec Craig Berube convaincu qu’il avait devant lui un entraîneur de haut niveau.

Selon ce qui circulait à Toronto, la rencontre de la semaine dernière s’était même très bien passée. Chayka avait même parlé d’un coach solide, respecté, d’un homme qui méritait sa chance après avoir traversé une saison chaotique sans véritable directeur général en poste, alors que tout le monde savait que Brad Treliving allait être congédié.

Et pourtant, une semaine plus tard?

Bye-bye.

Congédié.

La décision est tombée comme une autre démonstration de ce que plusieurs reprochent déjà à Chayka depuis son arrivée : un manque d'humanité, un style opaque, une façon de fonctionner qui traite les être humains... comme des objets...

Quelques jours à peine après cette fameuse rencontre de deux heures, John Chayka sort publiquement un communiqué rempli d’éloges. Il décrit Craig Berube comme “un entraîneur formidable et une personne encore meilleure”.

Alors pourquoi lui faire croire, pendant des jours, qu’il faisait encore partie du plan? Pourquoi laisser filtrer qu’une rencontre s’était extrêmement bien déroulée si la décision était déjà prise?

Si la décision était prise, on règle ça rapidement, proprement, avec franchise. On ne multiplie pas les compliments publics avant de sortir le couperet quelques jours plus tard. À Toronto, plusieurs voient déjà ça comme un premier faux pas humain.

Parce qu’il faut appeler un chat un chat : le début de Chayka à Toronto ressemble déjà à un malaise permanent.

Quand les Maple Leafs ont annoncé son embauche, la réaction n’a jamais ressemblé à un vent d’optimisme. Elle a ressemblé à de la stupeur.

On parle ici d’un dirigeant qui traîne encore une réputation extrêmement lourde depuis son passage avec les Coyotes de l’Arizona.

Un DG suspendu par la LNH. Un dirigeant lié à des accusations d’entrevues menées derrière le dos de son employeur de l’époque avec les Devils du New Jersey alors qu’il était encore sous contrat. Un homme dont l’organisation avait aussi perdu un choix de première ronde et un choix de deuxième ronde après des évaluations interdites de joueurs admissibles au repêchage pendant la pandémie.

Déjà là, Toronto s’embarquait dans un pari gigantesque.

Et la conférence de presse d’introduction? Une humiliation publique.

Le président de Maple Leaf Sports & Entertainment, Keith Pelley, s’était fait rentrer dedans de plein fouet par le journaliste Steve Simmons devant tout le monde.

Simmons lui avait dit qu’il avait parlé à une vingtaine de personnes importantes dans le milieu de la LNH et que 19 sur 20 considéraient l’embauche comme une farce. Des mots extrêmement lourds avaient circulé : “charlatan”, “menteur”, “vendeur de rêves”.

La réponse de Pelley?

Une phrase glaciale.

“J’ai dû parler à des personnes différentes.”

Le malaise était visible. Même la présence de Mats Sundin à ses côtés n’avait pas réussi à calmer le feu.

Et voilà qu’à peine installé, Chayka recommence à alimenter les doutes.

Parce qu’on ne parle pas ici d’un coach qui venait de couler le Titanic à lui seul.

Berube héritait déjà d’un contexte catastrophique laissé par Brad Treliving : un noyau mal construit, une défensive vieillissante, un manque flagrant de profondeur et une organisation sans choix de première ronde immédiats à cause de transactions extrêmement coûteuses.

Toronto avait payé très cher pour obtenir Brandon Carlo des Bruins de Boston : le jeune centre Fraser Minten, considéré comme l’un des meilleurs espoirs du club, plus un choix de première ronde conditionnel en 2026. Une transaction qui semble aujourd’hui encore plus difficile à justifier compte tenu de la saison désastreuse du club.

Même histoire avec Scott Laughton, acquis des Flyers de Philadelphie contre un choix de première ronde… avant d’être déjà échangé ailleurs pour une valeur largement inférieure.

Berube a navigué tout ça.

Il a aussi dû finir la saison après le congédiement de Treliving, avec un vestiaire sous tension et des rumeurs permanentes autour de l’avenir d’Auston Matthews.

Et malgré tout ça, Chayka l’aurait rencontré pendant deux heures. Deux heures où il serait sorti impressionné.

Assez impressionné pour dire que ça s’était bien passé.

Assez impressionné pour parler d’“un très bon entraîneur”.

Puis sept jours plus tard, le couper.

Oui, dans son communiqué, Chayka a tenté d’adoucir le choc.

Il a déclaré que Berube était “un entraîneur formidable et une personne encore meilleure”, ajoutant que la décision représentait davantage “un changement organisationnel” qu’un jugement sur le travail du coach.

Mais ça ne règle pas la question fondamentale.

Comment peux-tu sortir d’une rencontre convaincu… puis changer complètement de cap quelques jours plus tard?

Est-ce qu’il disait une chose sans la penser?

Est-ce qu’il savait déjà qu’il voulait un autre entraîneur?

Est-ce que toute cette rencontre n’était qu’un exercice de relations publiques?

Dans un marché comme Toronto, ce genre de contradiction se fait immédiatement remarquer.

Et ça nourrit exactement le portrait que plusieurs personnes dans la ligue dessinent déjà de Chayka : un gestionnaire extrêmement intelligent sur papier, obsédé par les données, mais parfois difficile à suivre humainement.

Le plus ironique dans tout ça? Lors de sa conférence d’arrivée, Keith Pelley répétait qu’il voulait des décisions “documentées”, réfléchies, appuyées sur des faits.

Pour l’instant, ce qu’on voit surtout, c’est beaucoup d’improvisation.

Et beaucoup de confusion.

À Toronto, les partisans voulaient retrouver une direction claire après le désastre Treliving.

Deux semaines plus tard, ils ont déjà l’impression d’être repartis dans un autre feuilleton catastrophe.

Ouch...