Demain, le CH fait face à l'élimination.
Mais ce soir, le Québec n'est même plus stressé tellement la province est bouleversée par le décès de Claude Lemieux.
Car il y a des moments où le hockey devient secondaire.
Des journées où le tableau indicateur, les systèmes de jeu, les combinaisons de trios et les débats de vestiaire perdent soudainement toute leur importance.
Et pourant, c’est exactement dans ces moments-là qu’une équipe révèle qui elle est vraiment.
Demain soir, les Canadiens de Montréal vont patiner avec un mur devant eux. Une défaite et la saison est terminée. Une victoire et l’espoir demeure vivant. La montagne est immense. La Caroline mène la série 3-1. Le bruit extérieur dit que c’est fini. Que les Hurricanes sont trop structurés, trop profonds, trop expérimentés.
Mais il y a quelque chose d’autre qui plane au-dessus de cette équipe à la veille du match le plus important de sa saison.
Le poids d’une tragédie.
La mort de Claude Lemieux a frappé le Québec du hockey comme un coup de massue. Encore plus à Montréal. Encore plus chez les Canadiens de Montréal.
Parce que Claude Lemieux, ce n’était pas juste un ancien joueur.
C’était l’ADN même des grands moments.
Le gars qu’on envoyait sur la glace quand tout brûlait autour.
Le joueur qui refusait de mourir.
Le type qui devenait plus dangereux quand la pression augmentait.
Et il y a quelque chose de presque impossible à ignorer dans le timing cruel de tout ça.
Lundi soir, Claude Lemieux était au Centre Bell. Fier. Heureux. Honoré. Il portait le flambeau avant le troisième match contre les Hurricanes de la Caroline. Plusieurs anciens du club ont raconté la même chose depuis jeudi : il semblait bien. Enthousiaste. Fier d’être là.
Cynthia Paquin-Lepage, directrice de la vidéo et de la présentation des matchs chez les Canadiens de Montréal, l’a décrit comme quelqu’un de pleinement investi dans le moment, curieux, heureux de participer à la cérémonie. Gaston Gingras a raconté avoir passé une partie de l’avant-match avec lui au Salon des anciens.
“Il avait l’air fier d’être là.”
Sylvain Lefebvre, lui, venait tout juste de renouer avec son ancien cochambreur en décembre dernier lors des célébrations du 30e anniversaire de la Coupe Stanley de l’Avalanche du Colorado.
Et ce qu’il raconte frappe droit au cœur.
“Claude était un gars de cœur, qui aimait faire plaisir. Si tu avais besoin d’aide, il était là pour toi.”
On a tous en tête le baveux qui était prêt à faire n'importe quoi pour rendre fou l'adversaire.
Mais derrière le coeur de pierre sur la glace, il y avait le coeur gros comme la terre.
Le vrai Claude Lemieux. Un homme émotif et qui mordait dans la vie.
“C’était un gars qui vivait ses émotions. Quand il y avait de la musique et qu’il connaissait la chanson, c’était lui qui chantait.”
Et maintenant, cette absence soudaine laisse tout le monde abasourdi.
Martin St-Louis n’a même pas attendu la première question des journalistes jeudi à Raleigh. Avant de parler hockey, avant de parler élimination, avant de parler de la montagne devant son équipe, il a tenu à s’adresser directement à la tragédie. Il était très émotif:
“Avant de commencer, je veux juste dire quelques mots sur le décès de Claude Lemieux aujourd’hui. C’est très triste et je veux offrir mes sincères sympathies à toute la famille Lemieux.”
Puis, quand il a parlé du joueur qu’était Lemieux, ses mots avaient un poids particulier.
“C’était un joueur toujours très combatif, très agressif aussi. C’est rare qu’il ne se présentait pas. C’était un travaillant. Il était fatigant quand on jouait contre lui.”
Cette phrase résonne tellement fort à la veille d’un match sans lendemain.
Parce que si quelqu’un représente exactement ce qu’il faudra aux Canadiens de Montréal demain soir, c’est Claude Lemieux.
Serge Savard l’a dit lui-même, avec une franchise presque troublante.
“Le Canadien aurait eu besoin de Claude Lemieux mercredi.”
Et il en aura besoin vendredi.
On parle d’un gars bâti précisément pour ce genre de soirée.
Un joueur qui devenait plus dangereux quand tout semblait perdu. Un homme qui carburait à la pression.
Jacques Martin l’a résumé parfaitement :
“Il était fait pour les séries.”
Rick Green parlait d’un compétiteur féroce incapable d’accepter de perdre un exercice à l’entraînement. Jacques Lemaire disait qu’il jouait toujours sur la ligne, parfois un peu trop, mais que c’était précisément ce qui faisait de lui un joueur unique.
Daniel Brière, qui l’a côtoyé chez les Coyotes de Phoenix, disait qu’il était prêt à faire n’importe quoi pour gagner.
“Ce n’était pas une question de points, mais de la façon dont il se présentait. Sa confiance, sa préparation, sa manière d’approcher le match.”
Ça ressemble étrangement au genre de mentalité dont une équipe a besoin quand elle regarde l’élimination droit dans les yeux.
Cole Caufield... veut s'inspirer de "Pépé" Lemieux.
Malgré tout le bruit, malgré le déficit de 3-1, malgré le sentiment général que la série glisse entre les doigts des Canadiens de Montréal, lui refuse de parler comme quelqu’un déjà battu.
“Certains d’entre nous sont déjà revenus de ce genre de série auparavant.”
Après tout, Caufield, Suzuki, Evans et Anderson sont revenus de l'arrière contre les Maple Leafs en 2021.
Une mentalité.
“Un match à la fois.”
Comme la vie. Chaque 24 heures n'est pas garanti.
Caufield a rappelé quelque chose d’important : cette équipe a vécu de l’adversité toute l’année.
“On a été résilients.”
“Être prêts pour demain et tout laisser sur la glace.”
Ça rejoint exactement le message de Martin St-Louis.
Ne pas regarder la montagne.
Ne pas penser aux trois victoires.
Ne pas essayer de gagner la série en une soirée.
“Gagner un match.”
St-Louis l’a vécu comme joueur. Être mené 3-1. Se faire enterrer publiquement. Se faire dire que c’est terminé.
“Une victoire amène du momentum.”
Encore une fois, impossible de ne pas penser à Claude Lemieux... le roi des changements de momentum.
Martin St-Louis va utiliser Lemieux dans son speech de demain.
Comment ne pas utiliser l’exemple d’un homme qui incarnait précisément ce que les Canadiens de Montréal devront être ?
Claude Lemieux vivait pour ce genre de moment.
Il y a aura quelque chose de plus grand que le hockey demain soir.
Un rappel qu’un chandail des Canadiens de Montréal porte un poids immense.
Et qu’un certain numéro 32 n’abandonnait jamais.
Les Canadiens de Montréal font face à l’élimination. Mais demain soir, ils ont aussi une occasion d'honorer... un grand qui nous a quitté...
