Les regrets frappent encore plus fort quand quelqu’un n’est plus là.
Des regrets qui arrivent trop tard. Des conversations qui n’auront jamais lieu. Des portes qui ne pourront plus être rouvertes.
Et dans toute cette immense douleur entourant la mort de Claude Lemieux, le témoignage de Serge Savard sur les ondes du 98,5 FM vient ajouter une couche profondément bouleversante à un drame qui secoue déjà tout le Québec du hockey.
Aujourd’hui, il n’est pas seulement question d’un ancien champion disparu trop tôt. Il est aussi question d’un homme qui, derrière l’image du guerrier, du provocateur et du compétiteur féroce, semblait porter des blessures invisibles que peu de gens voyaient réellement... au point de s'enlever la vie.
De passage sur les ondes de Cogeco avec Philippe Cantin, Serge Savard a révélé une information qui risque d’en surprendre plusieurs.
En 2012, lorsqu’il avait reçu le mandat d’aider Geoff Molson à trouver le prochain directeur général des Canadiens de Montréal, Claude Lemieux l’avait personnellement appelé.
Il voulait le poste. Il rêvait d’un retour dans l’organisation qu’il avait aidé à mener vers la Coupe Stanley en 1986. Il croyait pouvoir apporter quelque chose à cette équipe.
Mais Serge Savard l’a admis avec franchise : il n’a jamais réellement considéré sa candidature.
Pas d’entrevue.
Pas de véritable évaluation.
Pas même une rencontre.
La porte de son rêve fermée à double-tour.
Savard a finalement choisi Marc Bergevin, sans donner à Lemieux une véritable chance de se présenter.
Et aujourd’hui, cette décision semble encore lourde à porter.
Au fil des années, plusieurs personnes proches du dossier racontent que Claude Lemieux aurait très mal vécu cet épisode. Qu’il aurait été profondément blessé de ne même pas avoir été considéré par l’organisation qu’il avait tant marquée et surtout, par un homme qu'il considèrait comme un 2e père.
Pour un homme aussi compétitif, aussi fier, aussi attaché au hockey, ce genre de rejet peut laisser une cicatrice profonde.
Claude Lemieux n’était pas un ancien joueur comme les autres.
Pendant plus de deux décennies, il avait vécu sous les projecteurs. Il avait été adulé dans les grandes villes de hockey. Détesté par les adversaires, adoré par ses coéquipiers. Il vivait pour les grandes scènes, pour les matchs où la pression était immense, pour les moments où toute l’attention du monde semblait tournée vers lui.
Surtout, on parlait d'un homme qui était plus intelligent que la moyenne. Mais parfois, les plus grands esprits sont les plus torturés.
Quatre Coupes Stanley.
Un trophée Conn-Smythe.
Des buts historiques.
Des séries éliminatoires où il devenait pratiquement une autre personne.
Puis, comme pour tant d’anciens athlètes, tout finit par ralentir.
Le téléphone sonne moins.
Les projecteurs s’éteignent.
L’attention disparaît.
Et ce passage vers une autre vie peut parfois être beaucoup plus difficile qu’on ose l’imaginer. Même s'il est devenu agent dans la LNH, il n'était plus sous les projecteurs, mais bien derrière la scène.
Lundi encore, Claude Lemieux était au Centre Bell. Fier de porter le flambeau avant le troisième match de la finale de l’Association de l’Est entre les Canadiens de Montréal et les Hurricanes de la Caroline. Il souriait. Il retrouvait d’anciens coéquipiers. Il semblait heureux de reconnecter avec ce public qui ne l’avait jamais oublié.
Trois jours plus tard, le Québec apprenait son décès.
Dans les heures suivant l’annonce, TMZ Sports a rapporté que Claude Lemieux s'était enlevé la vie, une information qui a profondément secoué le monde du hockey.
Soudainement, beaucoup de choses prennent une couleur différente.
Les regrets deviennent plus lourds.
Les silences deviennent plus troublants.
Les “on aurait dû” deviennent impossibles à ignorer.
Selon ce qui circule dans le milieu, Claude Lemieux aurait parfois vécu des périodes de grande solitude après sa carrière.
Le passage d’une vie remplie d’adrénaline, d’attention, de reconnaissance et de compétition à une réalité beaucoup plus discrète n’est jamais simple pour certains anciens joueurs.
Ce n’est pas un sujet dont on parle assez dans le hockey.
On glorifie les carrières.
On célèbre les conquêtes.
On montre les bagues, les trophées, les grands buts.
Mais on parle rarement du vide qui peut parfois suivre.
Et c’est peut-être ce qui rend la tristesse de Serge Savard si intense aujourd’hui.
On sent dans son témoignage un homme profondément ébranlé. Un homme qui revisite certaines décisions. Un homme qui se demande peut-être si, avec un peu plus d’ouverture, un peu plus d’écoute ou simplement une chance accordée à l’époque, certaines choses auraient pu être différentes.
Personne ne peut refaire le passé.
Personne ne peut savoir ce qu’une entrevue en 2012 aurait changé.
Mais lorsqu’un homme disparaît aussi soudainement, les regrets deviennent inévitables.
Aujourd’hui, ce n’est pas seulement une légende du hockey québécois qui est pleurée.
C’est aussi un rappel brutal qu’on ne connaît jamais complètement les batailles qu’une personne peut traverser, même lorsqu’elle semble forte, même lorsqu’elle a tout gagné, même lorsqu’elle a déjà semblé invincible.
Claude Lemieux était un héros de hockey pour toute une génération.
Mais avant tout, il était un être humain.
Et aujourd’hui, plusieurs réalisent qu'il souffrait davantage en silence qu’on ne l’imaginait.
Si toi ou quelqu’un que tu connais traverse une période très difficile ou est en crise, de l’aide existe. Au Canada, tu peux appeler ou texter le 988 à toute heure pour parler à quelqu’un.
