Le dernier rugissement de Michel Bergeron est arrivé : un homme fatigué, rempli de regrets...
Cette fois, c’est vrai.
Michel Bergeron s’en va.
Pas dans six mois. Pas dans deux ans. Pas dans un de ces éternels « on verra » qu’il répétait depuis longtemps. Cette fois, le Tigre a officiellement annoncé sa retraite.
Et dans sa voix, sur les ondes de TVA, il y avait quelque chose qu’on entend rarement chez Michel Bergeron : de la fatigue.
Et surtout un cerveau rempli de souvenirs… et de regrets.
Au fond, derrière le personnage coloré, les coups de gueule, les éclats de colère, les controverses des dernières années, il y avait surtout un homme qui se demandait depuis longtemps s’il était encore à sa place.
« Tous les jours, je me mets en question. Est-ce que j’arrête? Est-ce que je continue? »
Pendant qu’une partie du public réclamait sa retraite depuis des lunes, pendant qu’on critiquait ses anecdotes passées date répétées sur les Nordiques, pendant qu’on trouvait qu’il se perdait parfois à l’écran, lui vivait avec ce doute-là tous les jours.
Il le savait.
Même s’il n’est pas sur les réseaux sociaux, on lui rapportait tout.
Les critiques. Les moqueries. Les commentaires sur sa mémoire. Sur son âge. Sur ses phrases parfois incomplètes. Sur ses sorties de route médiatiques.
Et ça le touchait plus qu’il ne voulait l’admettre.
Parce qu’au fond, Michel Bergeron a toujours été profondément insécure.
« Moi, de nature, j’étais un insécure. Mon père était insécure, puis j’ai hérité de ça. »
Ouch.
Il explique pourquoi il voulait des contrats longs comme entraîneur. Pourquoi il acceptait parfois moins d’argent dans les médias en échange de stabilité.
« Donnez-moi une job longtemps. Ça me sécurisait. »
Le Tigre flamboyant qu’on voyait à la télé cachait souvent un homme anxieux, qui avait peur de perdre sa place.
C’est aussi pour ça que la retraite a été si difficile à accepter.
Quand Michel Bergeron regarde derrière lui, il voit d’abord une immense carrière.
Trois-Rivières. Québec. New York. Montréal.
Le junior. Les Nordiques. Les Rangers. Les médias.
Plus de cinquante ans à vivre hockey matin, midi et soir.
« J’ai fait le tour. »
Mais derrière cette immense fierté, il y a une autre réalité beaucoup plus douloureuse.
Une vie familiale souvent sacrifiée.
« Dieu sait que j’ai été un père absent. »
Il ne dit pas ça à moitié.
Il le reconnaît entièrement.
L’hiver, il était au hockey.
L’été, il était au golf.
« J’étais un excessif. Je l’ai été toute ma vie. »
Pendant ce temps, Michèle tenait tout ensemble.
Des déménagements constants. (ils ont habité dans 8 maisons différentes)
Des enfants à rassurer.
Une famille à protéger.
« Sans elle, je n’aurais pas fait le tiers de ce que j’ai fait. »
Quand les Nordiques perdaient, la maison changeait d’atmosphère.
Il ramenait les défaites avec lui.
« Mon pire défaut, c’était d’amener les problèmes du travail à la maison. »
Sa femme demandait parfois aux enfants de ne pas faire de bruit.
Parce que papa venait de perdre.
Parce que papa souffrait.
Parce que le hockey mangeait tout.
Même les silences.
Même les enfants.
Même l’amour qu’il avait parfois de la difficulté à exprimer.
« J’avais de la misère à dire à mes enfants que je les aimais. »
Quand il regarde ses petits-enfants aujourd’hui, il voit autre chose.
Des liens plus doux.
Des familles plus proches.
Et on sent parfois chez lui une tristesse silencieuse.
Comme s’il réalisait tardivement ce qu’il a manqué.
La santé a fini par parler
Pendant longtemps, Michel Bergeron a vécu comme si son cœur était indestructible.
Il fumait énormément.
Dormait peu.
Vivait dans le stress.
« Une vie tout croche. »
Puis les problèmes cardiaques sont arrivés.
Le pacemaker.
Les avertissements.
Les peurs.
Mais même là, Bergeron restait Bergeron.
Quand on lui a installé son pacemaker, sa première question au médecin n’était pas sur sa survie.
C’était :
« Est-ce que je vais pouvoir jouer au golf? »
Ça fait sourire.
Mais ça fait aussi mal.
Parce qu’on comprend à quel point cet homme a passé sa vie à courir. À avancer. À ne jamais s’arrêter.
Et aujourd’hui, le corps lui rappelle qu’il n’a plus le choix.
« Je me calcule chanceux. »
Chanceux d’être encore là.
Parce qu’autour de lui, les départs se multiplient.
Le poids des morts
C’est probablement la partie la plus triste de cette entrevue.
Quand Michel Bergeron commence à parler de ses amis qui ne sont plus là.
La voix change.
Le rythme ralentit.
Le regard aussi.
Rodger Brulotte,
Mike Bossy.
Guy Lafleur.
Yvon Pedneault.
Pierre Rinfret.
René Angélil.
« Ça, c’est dur. Ça, c’est terrible. »
On sent le vide.
On sent le choc du temps qui passe.
« Roger me disait toujours : “Moi, j’ai jamais été à l’hôpital, j’ai jamais pris une pilule.” »
Et puis six mois plus tard, il n’était plus là.
Bergeron en parle avec une tristesse qui donne froid dans le dos.
Parce qu’à 80 ans presque, les absences deviennent plus nombreuses que les retrouvailles.
Et c’est aussi ça qui a pesé dans sa décision.
Comprendre qu’il reste peut-être moins de temps devant que derrière.
Un homme qui voulait encore être utile
Dans les dernières années, le public a parfois été cruel.
Très cruel.
On lui reprochait ses anecdotes répétées.
Ses colères.
Ses analyses controversées.
Son obsession des Nordiques.
Ses sorties contre Martin St-Louis.
Ses interventions parfois confuses.
Et pourtant, lui continuait.
Parce qu’il aimait encore ça.
« Ça me garde alerte. »
Il ne voulait pas devenir le vieux monsieur qu’on invite cinq minutes par politesse.
« Je ne voulais pas m’accrocher non plus. »
Alors il a choisi de partir.
Debout.
À sa manière.
Le dernier rugissement
Michel Bergeron ne sera jamais parfait.
Il a été excessif.
Bouillant.
Parfois injuste.
Parfois fatigant.
Mais il a aussi été passionné comme peu de gens le sont.
Un ancien camionneur devenu entraîneur dans la LNH.
Un homme qui rêvait de gagner la Coupe Stanley sur la Grande Allée de Québec.
« J’ai souvent rêvé à ça. »
Il ne l’a jamais eue.
Mais il a eu autre chose.
L’amour... et la haine d’un peuple...
Aujourd’hui, il quitte avec ses regrets, ses blessures, ses souvenirs.
Et au fond, ce qui frappe le plus, ce n’est pas le coach.
Ni l’analyste.
C’est l’homme.
Un homme qui regarde derrière lui et semble se dire :
J’aurais peut-être aimé faire certaines choses autrement.
Une vie de fou... avec mille regrets...
