À Pittsburgh, c'est la commotion.
Le DG Kyle Dubas a lancé une véritable bombe: il annonce la reconstruction. Enfin....
Depuis des années, les Penguins vivaient dans un étrange entre-deux, ce territoire dangereux où une organisation refuse d’accepter qu’une époque est terminée.
On bricolait. On colmatait les fissures. On ajoutait des vétérans ici et là dans l’espoir de soutirer une dernière danse à un noyau vieillissant.
On faisait semblant qu’avec Sidney Crosby, Evgeni Malkin et Kristopher Letang, le miracle pouvait encore arriver.
Après tout, ce trio avait bâti une dynastie. Trois Coupes Stanley. Une domination générationnelle. Une loyauté devenue presque romantique dans une LNH où les vedettes changent d’adresse à vitesse grand V.
Mais mardi, Kyle Dubas a pratiquement admis ce que tout le monde refusait encore de dire trop fort : la reconstruction s’en vient. Enfin.
« Je savais en acceptant ce poste qu’il serait spécial de compter sur un tel trio, uni depuis si longtemps, mais qu’il me faudrait aussi un jour rendre les partisans mécontents avec certaines de mes décisions. »
À Pittsburgh, tout le monde a compris ce que ça voulait dire.
Le premier qui sera sacrifié : Evgeni Malkin.
La légende russe aura bientôt 40 ans. Malgré encore 61 points en 56 matchs, malgré des flashs offensifs qui rappellent encore parfois le génie d’autrefois, la réalité demeure difficile à contourner. Les blessures s’accumulent. Le rythme devient plus difficile à suivre, surtout en fin de saison.
Une équipe qui aspire réellement à redevenir dominante ne laisse généralement pas son deuxième centre approcher la quarantaine tout en prétendant viser la Coupe Stanley à court terme.
Le problème, c’est qu’une fois que Malkin quitte, ou qu’on accepte de ne plus bâtir autour de lui, toute la structure émotionnelle du projet s’écroule. On ne sépare pas un trio aussi mythique... sans commencer une reconstruction douloureuse.
Dubas a essayé pendant deux ans de ménager l'orgueil de Sidney Crosby. Reconstruire sans le dire. Rester compétitif sans réellement avoir les jambes pour le faire. Préserver l’héritage tout en essayant d’éviter le mur.
Mais le mur finit toujours par arriver dans la LNH. Les Penguins n’ont pas franchi le premier tour depuis trop longtemps. Huit saisons de frustrations, de déceptions et de demi-mesures.
Le pire? La relève n’est pas là.
C’est probablement ça, la véritable catastrophe silencieuse à Pittsburgh. Quand Chicago a fini par exploser, Connor Bedard arrivait au bout du tunnel. Quand San Jose a finalement accepté de sombrer, Macklin Celebrini pointait à l’horizon. À Pittsburgh? Le bassin demeure mince. Ben Kindel intrigue. Sergei Murashov offre un peu d’espoir devant le filet. Mais globalement, le "pipeline" ne ressemble pas à celui d’une organisation prête à tourner la page rapidement.
Voilà pourquoi plusieurs observateurs commencent à comparer les Penguins aux Sharks de San Jose ou aux Blackhawks de Chicago : des organisations qui se sont accrochées beaucoup trop longtemps à leurs vedettes jusqu’à ce qu’il ne reste presque plus rien à échanger.
Chicago avait attendu la fin du cycle de Jonathan Toews, Patrick Kane, Duncan Keith et Brent Seabrook. Les retours furent atroce comparativement à la valeur réelle de ces joueurs à leur sommet.
Les Sharks ont vécu exactement le même cauchemar avec Joe Thornton, Patrick Marleau, Brent Burns et Logan Couture. On a attendu trop longtemps, puis la valeur s’est évaporée.
À Pittsburgh, Kyle Dubas ne veut pas revivre cette erreur, même si dans les faits, il est déjà trop tard.
Kristopher Letang demeure la preuve que les Penguins se sont accrochés trop longtemps. À bientôt 39 ans, le Québécois est fini à la corde.
Le problème est contractuel : encore deux saisons à six millions de dollars annuellement. Dans une ligue obsédée par le plafond salarial, déplacer ce contrat est mission impossible.
Et comme il a signé ce contrat passé 35 ans, le racheter ne sert à rien (la masse salariale de l'équipe ne sera pas soulagée).
Bryan Rust (34 ans) et Rickard Rakell (33 ans) pourraient quant à eux rapporter des actifs intéressants. Des joueurs encore productifs, signés pour encore deux ans, encore capables d’aider un club aspirant aux grands honneurs.
Mais la véritable bombe... est Sidney Crosby.
Il faut arrêter de contourner l’éléphant au milieu de la pièce : si Pittsburgh reconstruit vraiment, qu’est-ce que Sidney Crosby fait encore là?
L’idée de voir Crosby traverser une reconstruction à près de 39 ans est impossible à imaginer. On parle d’un des compétiteurs les plus féroces de l’histoire moderne du hockey. Un joueur obsédé par la victoire, incapable d’accepter la médiocrité. Le genre de vétéran qui déteste perdre un exercice à l’entraînement, encore moins une saison complète.
Avec un an de contrat restant, Crosby devient soudainement un sujet impossible à ignorer.
Et évidemment, dès que le mot « échange » flotte autour de Crosby, Montréal apparaît immédiatement dans le portrait.
Pendant des années, c’était pratiquement devenu une obsession collective. Le gars de Cole Harbour. Le joueur qui admirait les Canadiens de Montréal en grandissant. Le fait que Kent Hughes avait avoué publiquement qu'il voulait Crosby à Montréal. La possibilité romantique d’une dernière conquête au Centre Bell. Le scénario parfait. Hollywood au hockey.
Sauf qu’il y a quelque chose de différent aujourd’hui.
L’excitation semble moins forte.
Avant, Sidney Crosby représentait le sauveur. Aujourd’hui, les Canadiens de Montréal ne sont plus au même endroit dans leur développement.
Nick Suzuki est devenu un vrai premier centre et même si le CH a absolument besoin d'un 2e centre, le train Crosby... a passé...
Montréal n’est plus désespéré.
Car il faut aussi avoir une conversation difficile : Crosby vieillit. Même les plus grands ralentissent un jour. On le voit encore dominer par séquences, mais la vitesse du hockey moderne ne pardonne personne. Est-ce qu’un joueur de presque 39 ans cadre vraiment avec une équipe qui commence seulement à ouvrir sa fenêtre?
Tu veux donner quoi pour un an ou deux de Sidney Crosby?
Des espoirs? Des choix? Une partie du futur?
La question devient beaucoup moins simple qu’avant.
Et surtout, une autre idée commence tranquillement à prendre de la place dans l’imaginaire des partisans : Connor McDavid.
Le joueur générationnel encore dans son sommet, capable de transformer une franchise pendant une décennie complète.
Face à ce nouveau rêve, Crosby ressemble davantage à un dernier chapitre émotif qu’à une vision à long terme.
On est en train d’assister à la fin d’une époque à Pittsburgh et, en même temps, au moment exact où Montréal réalise qu’il n’a peut-être plus besoin d’être sauvé.
Pendant des années, tout le monde attendait Sidney Crosby comme une délivrance.
Aujourd’hui, la vraie question devient presque inconfortable :
Et si les Canadiens de Montréal étaient déjà passés à autre chose?
En attendant, Montréal ou non, la réalité devient clair pour Crosby à Pittsburgh: c'est terminé pour lui... et les Penguins...
