Zachary Bolduc recommence à parler… et le Canadien est tanné
Il y a une règle qui ne semble toujours pas avoir été comprise par Zachary Bolduc : les négociations de contrat se font derrière des portes closes.
Le Canadien de Montréal a toujours voulu éviter que ses discussions salariales deviennent un spectacle public. Kent Hughes et Jeff Gorton ont répété à plusieurs reprises leur préférence pour régler ces dossiers directement avec les agents des joueurs, sans négocier par l’intermédiaire des médias.
Bolduc, lui, vient encore une fois de faire exactement le contraire.
Après avoir déjà lancé publiquement que « tout est une question d’argent » et après avoir clairement utilisé les nouveaux contrats de la LNH pour mettre de la pression sur le Canadien, le jeune attaquant revient maintenant avec des commentaires qui ramènent son dossier contractuel au premier plan.
« Il reste encore quelques détails à régler au cours des prochaines semaines, mais si tout se déroule comme prévu, nous devrions être coéquipiers cette année. » a-t-i affirmé au micro de TVA Sports en compagnie d'Alex Carrier.
À ce stade-ci, ce n’est plus une maladresse isolée. C’est devenu une façon de gérer sa négociation.
Et franchement, le Canadien va sauter une coche.
Personne ne reproche à Bolduc de vouloir maximiser son salaire. C’est son droit le plus élémentaire. Il est joueur autonome avec compensation, il vient d’atteindre une nouvelle étape de sa carrière et son agent est payé précisément pour aller chercher le meilleur contrat possible.
Le problème n’est pas l’argent. Le problème, c’est de transformer chaque entrevue en levier de négociation.
Le Canadien lui avait pourtant envoyé le message. On ne veut pas négocier dans les journaux. On ne veut pas que chaque déclaration d’un joueur devienne une nouvelle manche dans une négociation avec Kent Hughes. Et malgré ça, Bolduc continue de parler du marché, des contrats qui sortent et de la valeur qu’il croit avoir.
Son fameux « tout est une question d’argent » avait déjà fait sourciller. Maintenant, il recommence.
C’est particulièrement malhabile parce que Bolduc n’est pas encore dans une position où il possède énormément de pouvoir. Il a connu une première saison complète à Montréal avec 12 buts et 30 points, il a connu des passages intéressants, mais il a également terminé la saison dans un rôle limité.
Son utilisation par Martin St-Louis demeure justement l’un des gros points d’interrogation de son dossier. Le Canadien peut donc facilement répondre : prouve-nous d’abord que tu mérites le rôle et le salaire que tu réclames.
Et pendant ce temps, chaque nouvelle déclaration publique donne exactement les munitions dont Kent Hughes a besoin.
Mavrik Bourque signe pour 5,5 millions sur 6 ans? Bolduc le regarde.
Les jeunes attaquants voient leurs salaires exploser? Bolduc le commente.
Le plafond salarial augmente? Bolduc applaudit.
Mais Kent Hughes regarde autre chose : les performances du joueur.
C’est là que les deux camps ne parlent manifestement pas le même langage.
Le clan Bolduc veut négocier en fonction du marché futur et du potentiel du joueur. Le Canadien veut probablement négocier en fonction de ce qu’il a réellement démontré jusqu’ici. Les deux positions sont parfaitement légitimes. Ce qui l’est beaucoup moins, c’est de faire la négociation devant tout le monde après avoir été averti de ne pas le faire.
Et c’est justement ce qui risque de compliquer inutilement le dossier.
Parce que lorsqu’un DG ferme la porte de son bureau après avoir vu une nouvelle déclaration dans les médias, il ne se dit pas nécessairement : bon, il a raison, donnons-lui plus d’argent.
Il peut aussi se dire : « Si tu veux jouer à ce jeu-là, on va prendre notre temps. »
Le Canadien n’a aucune urgence. Bolduc ne peut pas simplement partir et signer ailleurs comme joueur autonome sans compensation. Montréal possède ses droits. Kent Hughes peut attendre, comparer les contrats, regarder les performances des autres joueurs de la ligue et laisser le marché déterminer progressivement la valeur de son jeune attaquant.
Bolduc, de son côté, aimerait évidemment que chaque nouveau contrat serve à faire monter son prix.
C’est son travail.
Mais le travail de son agent, c’est justement de faire ça sans que son client ait besoin de négocier publiquement avec son propre employeur.
C’est ici que le jeune Québécois doit apprendre quelque chose d’important : dans la LNH, avoir du talent ne signifie pas nécessairement avoir le dernier mot à la table de négociation. La meilleure façon de faire monter sa valeur n’est pas de répéter devant les journalistes qu’on mérite plus d’argent.
C’est de donner à Kent Hughes une raison de ne plus pouvoir dire non.
Et après avoir été averti de garder les négociations privées, revenir publiquement sur le sujet n’aide absolument pas sa cause.
Le Canadien doit être exaspéré de voir cette négociation se jouer sur la place publique.
Bolduc voulait envoyer un message.
Kent Hughes vient peut-être d’en recevoir un autre : celui qu’il devra négocier avec beaucoup plus de patience.
