Un vote qui dérange : François Gagnon sous le feu des critiques

Un vote qui dérange : François Gagnon sous le feu des critiques

William Petit Lemay
Le 2026-06-06

Le trophée Selke remporté par Nick Suzuki a été accueilli avec enthousiasme partout à Montréal. Après tout, le capitaine du Canadien vient de compléter la meilleure saison de sa carrière avec une récolte de 101 points, un différentiel de +37 et une présence constante dans toutes les situations importantes.

Pour plusieurs partisans, il ne faisait aucun doute qu’il méritait cette reconnaissance.

Mais comme chaque année lorsqu’un trophée est décerné, les détails du scrutin finissent par sortir. Et cette fois, un vote en particulier attire énormément l’attention.

Celui de François Gagnon.

Lors de son passage à BPM Sports, le journaliste a confirmé qu’il avait placé Anthony Cirelli au premier rang sur son bulletin de vote, devant Nick Suzuki.

Une décision qui n’a pas tardé à faire réagir.

Dans l’imaginaire collectif montréalais, plusieurs s’attendaient naturellement à voir un journaliste québécois placer le capitaine du Canadien au sommet de sa liste. Surtout après une saison qui lui a permis de récolter 151 votes de première place et de remporter le trophée avec une avance écrasante.

François Gagnon savait très bien que sa décision ferait parler.

D’ailleurs, il a pris le temps d’expliquer son raisonnement en détail.

Selon lui, Anthony Cirelli demeure le meilleur centre défensif de toute la Ligue nationale. Il a rappelé l’importance du travail effectué par l’attaquant du Lightning en désavantage numérique ainsi que son rôle constant contre les meilleurs joueurs adverses.

À ses yeux, cet aspect du jeu faisait pencher la balance.

Le raisonnement peut être débattu.

Mais il est loin d’être improvisé.

Gagnon a expliqué qu’il bâtit ses listes durant toute la saison, qu’il échange avec des entraîneurs, des dépisteurs et différents intervenants du milieu avant de remettre son bulletin officiel.

On peut être en désaccord avec son choix.

On peut même considérer que Suzuki méritait davantage ce vote de première place.

Cependant, il est difficile de prétendre que cette décision a été prise à la légère.

Le malaise provient surtout d’ailleurs.

François Gagnon couvre le Canadien depuis des décennies. Il analyse quotidiennement l’équipe, suit ses joueurs et connaît parfaitement l’environnement montréalais.

Voir un observateur aussi proche de l’organisation choisir un autre joueur que Nick Suzuki provoque forcément des réactions.

Certains y voient une forme de sévérité excessive.

D’autres considèrent au contraire que cette approche démontre une volonté d’éviter tout favoritisme envers le club local.

Gagnon lui-même a d’ailleurs reconnu qu’il fait constamment attention à cet aspect lorsqu’il vote.

Il ne veut pas être perçu comme quelqu’un qui favorise automatiquement les joueurs du Canadien simplement parce qu’il travaille à Montréal.

Cette réalité influence inévitablement sa réflexion.

La situation devient encore plus intéressante lorsqu’on regarde les résultats finaux.

Suzuki n’a pas seulement gagné le Selke.

Il l’a remporté de façon convaincante.

Avec 1726 points contre 467 pour Cirelli, le capitaine du Canadien a obtenu l’appui massif des journalistes à travers la Ligue nationale.

Le résultat final laisse donc peu de place au doute concernant le gagnant.

Pourtant, le vote de François Gagnon continue de faire jaser davantage que plusieurs autres bulletins.

Pourquoi?

Parce qu’il touche directement la fibre émotionnelle des partisans.

Nick Suzuki représente aujourd’hui le visage du Canadien de Montréal. Il est le capitaine, le leader offensif et l’un des joueurs les plus appréciés de l’organisation.

Lorsqu’un journaliste québécois choisit un autre candidat devant lui, la discussion devient automatiquement plus intense.

Au final, cette controverse démontre surtout une chose.

Les trophées individuels demeurent des questions d’opinion.

François Gagnon a exercé son jugement.

La majorité des votants ont exercé le leur.

Cette fois-ci, l’histoire a donné raison à Nick Suzuki.

Mais le débat entourant ce fameux bulletin de vote risque de continuer à alimenter les discussions encore longtemps chez les partisans du Canadien.

Une chose est certaine, peu importe que l’on soit d’accord ou non avec son bulletin de vote, François Gagnon a pris le temps d’expliquer sa réflexion avec transparence et rigueur. Les trophées individuels reposent sur des opinions, et chaque votant a le droit d’interpréter les critères à sa façon.

Il ne s’agit pas de juger son choix, mais plutôt de comprendre le raisonnement qui l’a mené à privilégier Anthony Cirelli devant Nick Suzuki.

D’ailleurs, Gagnon lui-même a proposé une piste intéressante en suggérant que le trophée Selke soit éventuellement attribué par les 32 entraîneurs de la LNH, une façon selon lui d’ajouter encore plus de poids et de crédibilité au processus.

Son vote continuera certainement de faire réagir à Montréal, mais il témoigne aussi d’une volonté d’exercer son rôle avec indépendance plutôt que de suivre le courant populaire.