Michel Bergeron avait beau avoir annoncé sa retraite, le hockey québécois refuse visiblement de le laisser partir tranquillement.
Le Tigre vient à peine de quitter les ondes que son passé refait surface, cette fois à Trois-Rivières, dans une ville qui occupe une place immense dans son histoire.
Les Lions de Trois-Rivières ont annoncé jeudi qu’ils rendront hommage à Michel Bergeron lors d’un match thématique présenté le 6 février prochain au Colisée Vidéotron.
L’organisation veut souligner sa contribution au hockey québécois et, plus particulièrement, l’empreinte qu’il a laissée dans l’histoire du hockey trifluvien.
Pour un homme qui a commencé sa carrière derrière un banc à Trois-Rivières en 1974, le symbole est puissant.
Bergeron avait 26 ans lorsqu’il a accepté de devenir entraîneur, sans savoir qu’il venait d’ouvrir la porte à une carrière de plus d’un demi-siècle.
Les souvenirs remontent donc à la surface.
Avec les Draveurs, Bergeron a connu six saisons marquantes, remportant deux championnats des séries de la LHJMQ et terminant deux fois au premier rang de la saison régulière.
De Trois-Rivières, il a ensuite pris le chemin de la LNH pour diriger les Nordiques de Québec, puis les Rangers de New York, avant de revenir au Québec et de devenir l’une des figures les plus reconnaissables du hockey québécois.
Ce nouvel hommage arrive surtout à un moment particulier de sa vie. En février dernier, Bergeron avait annoncé qu’il mettait fin à sa carrière professionnelle après des années à la télévision.
La décision n’avait pas été facile. Il expliquait y avoir réfléchi pendant plusieurs années et en avoir longuement discuté avec son épouse Michèle et ses enfants.
« Ça n’a pas été facile », avait-il reconnu, avant d’ajouter qu’il était désormais « en paix avec ma décision ».
Toute la difficulté se trouve probablement là. Pour Bergeron, prendre sa retraite ne signifiait pas seulement quitter un emploi.
C’était mettre un point final à une existence organisée autour du hockey depuis 1974.
Lui-même résumait le poids de ces années avec une phrase qui en disait long :
« La route a été longue avec tout ce que ça comporte, les victoires et les défaites, les joies et les peines. Me semble que je n’ai jamais arrêté. »
Après autant de temps passé à vivre au rythme des saisons, des matchs, des décisions et des controverses, le silence qui suit peut être étrange.
Bergeron savait d’ailleurs que le véritable choc pourrait arriver après son départ de TVA Sports, lorsque le hockey recommencerait sans lui.
Il prévoyait déjà qu’il allait s’ennuyer et espérait trouver d’autres activités pour rester actif.
Il comptait aussi suivre le Canadien avec intérêt, lui qui disait être emballé par la nouvelle génération menée notamment par Nick Suzuki et Juraj Slafkovsky.
Puis arrive cette invitation des Lions. Encore Trois-Rivières.
Encore le hockey. Encore ce nom de Michel Bergeron affiché dans une aréna. Après avoir passé des décennies à essayer de s’éloigner du passé pour regarder devant, voilà que son ancienne vie vient lui faire un clin d’œil en plein visage.
Et ce n’est probablement pas un hasard si l’hommage se déroule précisément à Trois-Rivières.
C’est ici que tout a commencé, dans un endroit où Bergeron est passé de jeune entraîneur contesté à véritable figure du hockey trifluvien.
À son arrivée chez les Draveurs, certains joueurs avaient même fait la grève parce qu’ils ne voulaient pas de lui. Quelques années plus tard, le même homme était devenu le roi de la ville, avec une équipe gagnante et une aréna pleine.
Voilà pourquoi cette histoire dépasse largement un simple hommage protocolaire.
Le Tigre n’est plus derrière un banc, n’est plus installé devant une caméra chaque soir et n’a plus besoin de préparer sa prochaine saison.
Pourtant, son histoire continue de revenir vers lui.
Le hockey québécois lui rappelle qu’il fait partie de son patrimoine, même s’il avait finalement accepté de fermer le livre.
Le 6 février, Michel Bergeron sera de nouveau dans une aréna, entouré de hockey.
Pour un homme qui disait avoir « jamais arrêté », la scène risque d’avoir une drôle de résonance. Cette fois, personne ne lui demandera de gagner une série ou de préparer une équipe.
On lui demandera simplement de regarder tout ce qu’il a laissé derrière lui.
Et pour quelqu’un qui vient tout juste de quitter le hockey professionnel, ce genre de rappel peut être beaucoup plus difficile à encaisser qu’une simple soirée d’hommage.
Ouch…
