Triste histoire pour la famille Xhekaj: Kent Hughes traité de sans-coeur

Triste histoire pour la famille Xhekaj: Kent Hughes traité de sans-coeur

David Garel
Le 2026-08-05

Pauvre Kent Hughes.

Il y a des négociations qui ne ressemblent à aucune autre car elles dépassent les statistiques, les comparables, les projections sous le plafond salarial et les modèles d’analyse avancée.

Le dossier Arber Xhekaj est devenu exactement ce genre de négociation.

Depuis des semaines, les partisans réclament que Kent Hughes fasse un effort supplémentaire pour conserver le Shérif à Montréal.

Certains ne parlent même plus de hockey. Ils parlent d’une famille. D’un père. D’un parcours qui bouleverse encore aujourd’hui tous ceux qui prennent le temps de le découvrir.

Et on comprend pourquoi.

Derrière Arber Xhekaj se cache l’une des histoires les plus extraordinaires de tout le hockey professionnel.

Son père, Jack Xhekaj, n’a pas grandi dans le confort. Il a grandi au Kosovo, à Drenas, en pleine période de répression contre la population albanaise. Dans les années 1990, sous le régime de Slobodan Milošević, les Albanais du Kosovo vivaient dans la peur permanente. Arrestations arbitraires, disparitions, emprisonnements, violences quotidiennes… la famille Xhekaj a tout connu.

Le propre père de Jack a passé dix-neuf mois dans une prison serbe uniquement parce qu’il était Albanais et qu’il défendait ses convictions. Amnesty International documentait à l’époque des traitements d’une brutalité inimaginable envers les prisonniers politiques. La famille Xhekaj, comme tant d’autres, vivait dans un climat où chaque journée pouvait être la dernière.

Puis est arrivée la guerre.

Les souvenirs racontés par Jack donnent encore des frissons. Ses sœurs, comme de nombreuses jeunes femmes albanaises, s’enduisaient volontairement de boue avant de quitter la maison afin d’être moins attirantes et d’échapper aux violences sexuelles qui accompagnaient le conflit. Pendant ce temps, Jack avait déjà réussi à trouver refuge au Canada, mais il vivait chaque journée avec l’angoisse d’apprendre que sa famille avait disparu.

Lorsqu’on connaît cette histoire, on comprend beaucoup mieux pourquoi les frères Xhekaj jouent avec autant de rage, de détermination et de fierté.

Cette intensité ne vient pas seulement du hockey.

Elle est familiale.

Elle est générationnelle.

Elle est gravée dans leur ADN.

Mais Jack Xhekaj n’a jamais voulu vivre dans la haine.

Une fois installé au Canada, il est arrivé avec une seule petite valise. Absolument rien d’autre. Il est passé par l’Armée du Salut, a accepté un emploi dans une usine automobile et a commencé sa nouvelle vie à partir de zéro. Puis il a rencontré Simona, son épouse d’origine tchèque. Ensemble, ils ont construit une famille en travaillant sans relâche pour offrir à leurs enfants des possibilités qu’eux-mêmes n’avaient jamais eues.

Pendant la crise du Kosovo, Jack a même choisi d’aider d’autres réfugiés plutôt que de penser uniquement à lui-même. Comme interprète auprès de la Croix-Rouge canadienne durant l’Opération Parasol, il traduisait les témoignages de familles qui arrivaient complètement traumatisées. Des histoires de guerre, de séparation, de mort et de survie qu’il devait transmettre mot à mot. Il a souvent raconté que ces témoignages continuaient de le hanter longtemps après.

La famille Xhekaj parcourait ensuite des centaines de kilomètres pour les tournois de hockey. Les parents dormaient parfois dans la voiture afin d’économiser chaque dollar. Tout l’argent disponible servait aux rêves de leurs enfants.

Aujourd’hui, Arber joue dans la LNH.

Florian poursuit son développement professionnel.

Leurs deux sœurs ont elles aussi construit leur propre carrière, l’une comme pompière combattant les feux de forêt, l’autre dans son domaine professionnel.

Cette histoire est devenue tellement inspirante que le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés au Canada en a même fait une bande dessinée afin d’illustrer le parcours de la famille Xhekaj et de démontrer ce que peut représenter l’accueil des réfugiés lorsqu’une société leur offre une véritable deuxième chance.


Voilà pourquoi cette négociation dépasse largement le hockey.

Beaucoup de partisans regardent aujourd’hui Kent Hughes en disant :

« Comment peux-tu te montrer aussi dur avec une famille qui a traversé autant d’épreuves? »

Le contexte ajoute encore davantage de pression.

L’agent d’Arber, Brian Bartlett, n’a jamais caché que les discussions étaient particulièrement difficiles. Il a même qualifié Kent Hughes de négociateur extrêmement dur... trop dur...

Rappelons que le clan Xhekaj demande entre 2,5 et 3 M$ par année alors que le CH lui offre entre 1,7 et 2,1 M$ par année.

Au point que le public traite maintenant le DG du CH de sans-coeur.

Une réputation que le directeur général du Canadien assume pleinement depuis son arrivée à Montréal, même si la famille Xhekaj est sous le choc de voir la Hughes rejeter les demandes du pauvre Arber.

Mais justement.

C’est là que le véritable défi commence.

Un directeur général ne peut pas négocier avec son cœur.

Il négocie avec un plafond salarial.

Avec des comparables.

Avec des projections.

Avec des risques.

Oui, l’histoire des Xhekaj touche profondément tout le monde.

Oui, elle donne envie de voir Arber réussir à Montréal pendant encore très longtemps.

Oui, elle rappelle pourquoi les partisans se sont autant attachés au Shérif.

Mais Kent Hughes ne peut pas signer un contrat en récompense d’un parcours de vie, aussi bouleversant soit-il.

Il doit signer un joueur de hockey.

Le dossier est tellement rendu délicat.

D’un côté, une famille qui représente l’une des plus belles histoires d’immigration, de courage et de résilience du sport canadien.

De l’autre, un directeur général dont le travail consiste à protéger chaque dollar de sa masse salariale, peu importe le nom inscrit au dos du chandail.

Personne ne peut reprocher aux partisans d’espérer une entente.

Personne ne peut leur reprocher d’être émus lorsqu’ils découvrent le parcours de Jack Xhekaj.

Mais si Kent Hughes se laisse guider uniquement par l’émotion, il cesse d’agir comme directeur général.

Et dans la LNH, les contrats accordés avec le cœur finissent souvent par coûter très cher à une organisation.