Brendan Gallagher vient de livrer l’entrevue la plus honnête de toute sa carrière.
Pendant des années, il a encaissé les coups. Il a accepté les blessures. Il a affronté les critiques. Il a accepté de voir son rôle diminuer tranquillement avec l’arrivée d’une nouvelle génération.
Mais pour la première fois depuis qu’il porte un uniforme de hockey, Gallagher admet publiquement quelque chose qu’il n’avait jamais laissé paraître auparavant : il avait perdu sa raison de jouer.
Quand on lit attentivement ses propos lors de son entrevue avec The Athletic, on comprend rapidement que cette demande de transaction ne concerne pas un simple caprice, mais quelque chose de beaucoup plus profond.
Gallagher ne se sentait plus utile.
Pendant toute sa carrière, son identité a été simple. Il n’a jamais prétendu être le joueur le plus talentueux de la LNH. Il n’a jamais cherché les trophées individuels. Il n’a jamais parlé de statistiques personnelles.
Depuis son adolescence en Colombie-Britannique, il poursuit toujours le même objectif : convaincre son entraîneur qu’il peut aider son équipe à gagner.
Cette mission a défini toute sa carrière.
Lorsqu’il raconte qu’à 15 ans il avait marqué dix buts lors de ses trois premiers matchs d’évaluation avant même de ne pas être sélectionné immédiatement sur son équipe, on comprend rapidement pourquoi il est devenu Brendan Gallagher. Toute sa carrière a été construite sur le refus d’abandonner lorsqu’on doute de lui.
Cette fois, toutefois, il n’a pas réussi à changer la perception de son entraîneur. Martin St-Louis a été sans pitié.
C’est probablement le passage le plus important de toute son entrevue.
Gallagher explique qu’il a compris vers la mi-saison que l’organisation regardait ailleurs. Ses responsabilités lui étaient retirées une à une. Même les rôles les plus obscurs étaient confiés à d’autres joueurs. Il a vite compris que le Canadien préparait déjà l’avenir sans lui.
Ce n’est pas un divorce explosif mais bien un divorce triste.
C’est l’histoire d’un vétéran qui a compris avant tout le monde que sa place dans le projet n’était plus la même.
Son commentaire concernant Martin St-Louis mérite aussi une attention particulière.
Gallagher explique que l’arrivée de St-Louis l’a forcé à modifier complètement sa façon de jouer. Il affirme même que cette adaptation lui a probablement permis d’allonger sa carrière de quelques années puisque ce style demandait moins de sacrifices physiques.
Mais il ajoute également quelque chose de cruel. Martin St-Louis lui a aussi fait perdre son identité.
Il veut la retrouver.
Il veut recommencer à lancer davantage au filet.
Il veut retourner devant le filet.
Il veut redevenir le joueur qui dérange.
Il laisse comprendre qu’il n’était plus vraiment Brendan Gallagher dans le système actuel.
C'est une critique directe à Martin St-Louis. Il clame que le coach voulait qu'il devienne un autre joueur pour survivre dans son système.
Aujourd’hui, il cherche une organisation qui lui permettra de redevenir celui qu’il a toujours été.
Les commentaires concernant sa future destination sont tout aussi cinglants.
Gallagher ferme la porte à une bonne partie de la ligue.
Sa priorité numéro un n’est pas le hockey.
Sa priorité numéro un est sa famille.
Sa femme Emma Fortin s’apprête à donner naissance à leur deuxième enfant. Leur fille n’a même pas encore deux ans. Gallagher explique clairement qu’il refuse de placer sa conjointe dans une situation où elle devrait tout gérer seule.
Voilà pourquoi il insiste autant sur la proximité familiale.
Il affirme que sa prochaine destination devra être près de Montréal ou près de Vancouver pour qu'Emma soit aidé par sa famille ou la sienne.
Lorsqu’on entend depuis des semaines des rumeurs liant Gallagher à l’Utah si le CH ne s'entend pas avec les Canucks, ses propos viennent complètement refroidir cette possibilité.
Il rejette une transaction pour l'Utah les yeux fermés. Même si le Mammoth est l'équipe lui offrant la meilleure chance de gagner.
Depuis plusieurs semaines, l’organisation est associée à Brendan Gallagher comme plan B si les Canucks ne fonctionnent pas.
Son profil plaît énormément au Mammoth et au coach André Tourigny : un vétéran respecté, capable d’amener du leadership, de la culture et une éthique de travail irréprochable dans un jeune vestiaire. Sur papier, l’Utah cochait plusieurs cases, mais le vétéran du Canadien a été limpide lorsqu’il a expliqué ses priorités pour la suite de sa carrière.
« Avant toute chose, la priorité, c’est ma famille. C’est toujours le numéro un. J’ai une fille qui n’a même pas encore deux ans et un nouveau bébé qui arrive. Ma femme ne peut pas traverser ça toute seule. Nous devons être dans une situation où nous sommes généralement près de notre famille afin d’avoir de l’aide. »
Même logique pour plusieurs marchés américains éloignés.
À l’inverse, Vancouver devient une option naturelle. Seattle se retrouve soudainement dans la conversation. Calgary peut également faire du sens compte tenu de sa proximité avec la Colombie-Britannique. Dans l’Est, certaines équipes situées à quelques heures seulement de Montréal pourraient aussi être considérées.
Lorsqu’on relit chacune de ses réponses, on comprend rapidement que Gallagher ne cherche pas simplement une nouvelle équipe. Il cherche un endroit où sa famille pourra traverser les prochaines années avec un réseau de soutien à proximité.
Cette réalité explique pourquoi certaines destinations qui semblaient logiques sur le plan hockey risquent finalement d’être éliminées avant même que les négociations sérieuses commencent.
L’Utah avait de l’intérêt.
Gallagher, lui, a d’autres priorités.
Tout le monde sait que ce sera Vancouver pour Gallagher. Mais sinon...
Seattle devient soudainement logique si le Kraken veut un vétéran pour leader le vestiaire.
Calgary devient logique.
Même certaines équipes de l’Est situées beaucoup plus près du Québec pourraient entrer dans la discussion, que ce soit Toronto, Boston ou les trois équipes de New York (Rangers, Devils, Islanders)
Mais les destinations éloignées de ses réseaux familiaux deviennent beaucoup plus compliquées.
Gallagher est rendu à une étape différente de sa vie.
Le joueur de hockey n’est plus seul dans l’équation.
Le père de famille dicte désormais les règles.
Une autre déclaration mérite qu’on s’y attarde.
« Montréal sera toujours notre maison. »
Gallagher affirme clairement que même s’il quitte le Canadien, il conservera une résidence à Montréal et qu’il reviendra régulièrement dans la métropole québécoise.
Combien d’anciens joueurs du Canadien disent cela avec autant de conviction?
Très peu.
On sent dans chacune de ses réponses un attachement sincère envers la ville.
Un attachement qui dépasse largement le hockey.
Puis arrive le passage le plus émouvant de toute l’entrevue.
Lorsque Gallagher raconte les derniers mois de sa mère, Della.
Pendant près de quatre ans, sa famille a vécu au rythme des traitements, des opérations et des mauvaises nouvelles.
Il explique qu’à l’été 2021, lorsque sa mère a dû subir une chirurgie au cerveau à Los Angeles, il n’avait même plus la tête à l’entraînement.
Pour la première fois de sa vie, le hockey était passé au second plan.
Lorsque sa mère est décédée la veille d’un match à Calgary, il a tout de même joué le lendemain.
Fidèle à lui-même.
Comme toujours.
Mais ce qui l’a marqué pour le reste de sa vie est arrivé quelques jours plus tard à Vancouver.
Sa famille lui avait préparé une réunion à la maison.
Puis soudainement, il a aperçu un autobus arriver.
À l’intérieur se trouvaient tous ses coéquipiers.
Tous.
Pas seulement quelques-uns.
L’équipe entière.
Nick Suzuki et Jake Evans avaient organisé la surprise avec sa sœur.
Les joueurs avaient traversé Vancouver simplement pour être présents auprès de lui.
Gallagher affirme que ce fut le premier véritable moment de bonheur qu’il a ressenti depuis le décès de sa mère.
Parmi tous ses buts.
Parmi toutes ses séries éliminatoires.
Parmi toutes ses victoires.
C’est ce souvenir qu’il place au sommet de sa carrière montréalaise.
Cette réponse résume probablement mieux que n’importe quelle statistique ce qu’a représenté Brendan Gallagher pour le Canadien de Montréal.
Son héritage ne se mesure pas en buts.
Il se mesure dans la culture qu’il a contribué à bâtir.
Dans le respect qu’il a gagné auprès de ses coéquipiers.
Dans la loyauté qu’il a inspirée à un vestiaire entier.
Aujourd’hui, il cherche une nouvelle équipe... et met das bâtons dans les roues de son DG... au nom de sa famille et de l'objectif de faciliter la vie de sa femme.
Lorsqu’on entend chacune de ses déclarations, on comprend rapidement qu’il ne cherche pas seulement un nouveau chandail.
Il cherche une raison de se lever le matin avec le même feu qu’il avait lorsqu’il était adolescent.
Il veut un entraîneur qui lui fera sentir qu’il peut encore aider une équipe à gagner et une organisation qui lui donnera un rôle réel.
Il exige un endroit où sa famille pourra être heureuse.
Et surtout, il cherche à retrouver ce mot qui revient constamment dans chacune de ses réponses: un propos.
Un but.
Une mission.
Une raison d’être.
Gallagher l’a perdu à Montréal.
Maintenant, il tente de le retrouver ailleurs.
