Le décès de Claude Lemieux a frappé tout un peuple.
Mais il a surtout détruit une famille de l’intérieur.
Et à entendre Enrico Ciccone parler vendredi matin, une chose devient claire : la famille Lemieux traverse actuellement un cauchemar impossible à imaginer.
Au-delà du choc ressenti partout dans le hockey, au-delà des hommages, des souvenirs et des images de Claude Lemieux portant fièrement le flambeau au Centre Bell il y a seulement quelques jours, il y a aujourd’hui une famille complètement démolie.
Un frère brisé.
Quatre enfants en deuil.
Des proches qui tentent simplement de survivre à l’impensable.
Et peut-être que ce qui rend la douleur entourant Jocelyn Lemieux encore plus bouleversante aujourd’hui, c’est son propre passé.
Parce que les Québécois connaissent Jocelyn Lemieux comme ancien joueur des Canadiens de Montréal, vedette du Titan de Laval, ancien attaquant ayant disputé près de 600 matchs dans la LNH avec sept organisations, puis comme analyste apprécié à RDS.
Mais il existe une autre histoire beaucoup plus triste dont Jocelyn Lemieux lui-même avait parlé avec une franchise désarmante il y a quelques années.
Une histoire... de survie.
Après sa retraite du hockey, alors qu’il croyait enfin retrouver une vie stable après des années passées à voyager entre les villes de hockey, Montréal, Calgary, Hartford, Phoenix, New Jersey et bien d’autres, tout s’est écroulé rapidement.
Son mariage s’est effondré.
Sa femme avait rencontré quelqu’un d’autre.
“Dans un sens, c’est comme si j’avais encore été échangé, mais là c’était ma femme qui m’échangeait. C’est un peu plus dur à prendre.”
Puis tout a déboulé.
L’éclatement de la bulle technologique lui avait déjà coûté une partie importante de ses économies. Ensuite, la crise financière de 2008 a détruit ce qu’il lui restait, notamment un investissement immobilier en Arizona qu’il voyait comme sa planche de salut.
À un moment donné, Jocelyn Lemieux a raconté avoir dû faire quelque chose d’impensable pour un ancien joueur de la LNH.
Expliquer à son fils de 12 ans qu’il n’y avait même plus 10 dollars dans le compte bancaire.
Qu’il n’y avait plus de lait dans le réfrigérateur.
Une humiliation immense, mais surtout une douleur profonde.
Sa sœur Carole racontait qu’il souffrait énormément.
Qu’il vivait dans une immense insécurité.
Et graduellement, Jocelyn Lemieux s’est réfugié dans les antidouleurs.
“Ma façon de m’évader était de prendre une bonne quantité d’antidouleurs pour m’engourdir la tête un peu, pour arrêter de penser au cauchemar que je vivais.”
La douleur devenait trop intense, le vide trop immense.
Jusqu’au jour où sa sœur Carole a compris qu’il fallait agir.
“Il me semble que tu prends beaucoup de pilules. Avec de la boisson en plus.”
Cette intervention allait probablement lui sauver la vie.
Jocelyn Lemieux lui-même l’a reconnu : il avait atteint un point extrêmement dangereux.
Il s’est retrouvé à l’hôpital. Il a changé sa vie. Il est revenu vivre au Québec. Il a tout recommencé. Et surtout, il s’est accroché à son rôle de père.
Pourquoi raconter cette histoire aujourd’hui ?
Parce qu’elle donne un poids encore plus immense à ce qu’Enrico Ciccone raconte sur l’état de Jocelyn Lemieux depuis le décès de Claude.
Quand Ciccone a appris la nouvelle jeudi, il dit avoir immédiatement ressenti le besoin de prendre son téléphone pour appeler son ami.
“Tout de suite, j’ai pris le téléphone et je me suis senti obligé d’appeler Jocelyn, son frère.”
“Il était démoli, pauvre gars.”
Difficile d’imaginer ce qu’un homme ayant lui-même traversé autant d’épreuves peut ressentir en perdant son frère de cette façon.
Encore vendredi matin, Ciccone lui parlait.
Et ce que Jocelyn Lemieux lui aurait confié est profondément bouleversant.
“On va avoir besoin de beaucoup, beaucoup de support.”
Une famille tente de tenir debout malgré une douleur inimaginable.
Derrière les trophées, derrière les souvenirs de hockey, derrière les vidéos du Centre Bell et les hommages partout dans la LNH, il y a surtout des êtres humains qui ont le cœur complètement brisé.
Ciccone a aussi abordé un sujet extrêmement délicat, mais impossible à ignorer dans le monde du hockey : les blessures répétées à la tête et leurs conséquences possibles.
Très émotif, l’ancien joueur de la LNH a expliqué que sa première pensée en apprenant la nouvelle avait été de se demander si cela pouvait être relié à l’encéphalopathie traumatique chronique, une maladie neurologique étudiée chez certains anciens athlètes ayant subi de nombreux impacts à la tête.
“La première chose qui m’est venue à l’idée, surtout quand on regarde l’histoire d’autres joueurs qui ont vécu des moments extrêmement difficiles, je me suis demandé si ça pouvait être relié à l’encéphalopathie traumatique chronique.”
Ciccone dit avoir vu trop d’anciens coéquipiers changer brutalement après leur carrière.
“J’ai des chums, des gars les plus doux de la planète, des gars de famille… puis un jour, tu apprends qu’ils ne sont plus les mêmes.”
À l’heure actuelle, cette maladie ne peut être confirmée qu’après le décès.
“C’est pour cette raison-là que beaucoup de mes coéquipiers et moi-même, on laisse notre cerveau à la science.”
Pour comprendre, prévenir et peut-être éviter que d’autres familles vivent un jour une douleur semblable.
Mais aujourd’hui, avant toutes les hypothèses, avant toutes les analyses et avant toutes les questions, il reste surtout une vérité difficile à regarder en face.
La famille Lemieux est détruite.
Un frère est démoli.
Et selon les propres mots de Jocelyn Lemieux, ils auront besoin de beaucoup, beaucoup de soutien pour traverser cette tragédie.
Avant d’être une icône du hockey, Claude Lemieux était d’abord un frère.
Et pour Jocelyn, ce vide semble aujourd’hui impossible à mesurer.
