Signature surprise à Montréal: un Québécois revient de l'enfer

Signature surprise à Montréal: un Québécois revient de l'enfer

David Garel
Le 2026-07-01

Signature surprise à Montréal.

Le Canadien de Montréal vient d’ajouter un nom de plus à son organisation en offrant un contrat d’un an à deux volets à Samuel Poulin.

Sur papier, plusieurs verront simplement une signature de profondeur. Un attaquant qui viendra prêter main-forte au Rocket de Laval et qui ne jouera jamais à Montréal.

Certains qualifient la signature d'une entente de la pitié.

Mais cette histoire dépasse largement le hockey.

Pour Samuel Poulin, ce retour au Québec ressemble presque à un nouveau départ.

Originaire de Blainville, l’ancien choix de première ronde des Penguins de Pittsburgh (21e au total en 2019) revient enfin près de sa famille, de ses amis et de son réseau de soutien. Après tout ce qu’il a traversé, difficile de ne pas croire que ce changement d’environnement peut lui faire énormément de bien.

Il y a quelques années, Poulin avait eu le courage de mettre sa carrière sur pause afin de prendre soin de sa santé mentale.

Il avait raconté avoir complètement perdu le goût de jouer au hockey. Après avoir réalisé son rêve en disputant ses premiers matchs dans la LNH, tout s’était écroulé.

L’anxiété, la pression liée à son statut de choix de première ronde, les longues périodes d’isolement pendant la pandémie, des épreuves personnelles et une crise de panique avaient fini par le rattraper.

« Le 4 décembre 2022, ma vie a changé à jamais. Cette journée est devenu le point de bascule de ma vie. C’est le moment où j’ai compris que je ne pouvais plus continuer à faire semblant que tout allait bien. ».

« Quelques semaines auparavant, j’avais enfin réalisé le rêve que je poursuivais depuis que j’étais enfant en jouant mes premiers matchs dans la LNH. J’avais travaillé toute ma vie pour atteindre ce moment. Mais lorsque je suis redescendu dans la Ligue américaine, j’ai senti que quelque chose avait changé. »

« La passion n’était plus la même. Chaque matin, il me fallait une énergie énorme simplement pour sortir du lit et me rendre à l’aréna. Je ne retrouvais plus le plaisir de jouer et, honnêtement, tout ce que je voulais, c’était rester seul, dormir et m’éloigner de tout ce qui m’entourait. »

Plutôt que de continuer à souffrir en silence, il avait demandé de l’aide.

Une décision extrêmement difficile… mais probablement la plus importante de sa vie.

« Je n’avais jamais vraiment développé les outils pour faire face à ce que je vivais. Au lieu d’en parler, je gardais tout en dedans. Je me convainquais que si j’avouais à mes entraîneurs ou à mes coéquipiers que je n’avais plus envie d’aller à l’aréna, ils allaient penser que je n’étais pas assez fort mentalement ou que j’abandonnais.

« Je me créais toutes sortes de scénarios dans ma tête et je continuais à souffrir en silence. Jusqu’au jour où mon corps et mon esprit ont simplement refusé d’aller plus loin. »

« Pendant ce match, je sentais que quelque chose se passait en moi. Au premier entracte, j’ai quitté le vestiaire parce que j’avais besoin de prendre l’air. Je savais que je ne pouvais plus continuer comme si de rien n’était. Je suis allé voir le thérapeute de l’équipe et je lui ai expliqué que je me sentais complètement perdu, comme si je n’étais plus moi-même. »

« J’avais l’impression d’être dans un brouillard, tout semblait au ralenti, j’étais étourdi et j’avais même mal au cœur. On m’a conduit dans une autre pièce pour discuter. Dès qu’on m’a demandé ce qui se passait réellement, je me suis complètement effondré. J’ai pleuré pendant de longues minutes. C’est à ce moment-là que j’ai compris que je venais de vivre ma première véritable crise de panique. »

" Mon corps a fait un burn-out du hockey. "

Depuis, Poulin est devenu un exemple de courage en parlant ouvertement de santé mentale. Il a expliqué comment la psychothérapie, la méditation, les antidépresseurs et le soutien de ses proches lui avaient permis de retrouver un certain équilibre.

Sur la glace, il a tranquillement relancé sa carrière.

La saison dernière, il a récolté 49 points dans la Ligue américaine, répartis entre les clubs-écoles de Pittsburgh et de Bakersfield, démontrant qu’il pouvait encore contribuer offensivement.

Est-ce qu’il deviendra un joueur régulier dans la Ligue nationale?

Honnêtement, le défi demeure immense.

Le Canadien possède déjà énormément de profondeur à l’attaque et Poulin devra probablement faire ses preuves avec le Rocket de Laval.

Mais, pour une fois, ce n’est peut-être pas l’essentiel.

L’important, c’est de voir un jeune homme qui a traversé une période extrêmement sombre retrouver le sourire, revenir chez lui et poursuivre son rêve dans un environnement qui lui est familier.

Parfois, une signature ne change pas le visage d’une équipe.

Elle peut simplement changer la vie d’une personne.

Et dans le cas de Samuel Poulin, c’est déjà une très belle victoire.