Kirby Dach fait tellement pitié.
Même Martin St-Louis ne sait plus quoi dire.
Kirby Dach veut rester à Montréal. Il vient de le dire clairement. Il aime ses coéquipiers, il aime la culture qui s’est bâtie dans le vestiaire et il veut être là lorsque cette équipe franchira la prochaine étape.
Le problème, c’est que le Canadien ne semble pas lui offrir la même certitude.
Dach a signé un contrat d’un an à 3,6 millions de dollars après avoir reçu une offre qualificative à deux volets. Et aujourd’hui, à 25 ans, après quatre saisons marquées par les blessures, les périodes d’inconstance et une production qui n’a jamais répondu aux attentes placées en lui, il se retrouve exactement là où personne ne voulait le voir : à devoir prouver qu’il mérite encore une place à Montréal.
Et même Martin St-Louis ne semble pas savoir quoi faire avec lui.
Lorsqu’on lui demande directement quel rôle il compte donner à Dach, l’entraîneur ne sort pas une réponse claire. Il ne confirme pas qu’il sera deuxième centre. Il ne lui garantit pas une place dans le top-6. Il ne présente aucun plan précis.
Il répond simplement :
« Je ne sais pas encore. On va se faire diriger. »
Voilà.
Après quatre années à Montréal, le supposé deuxième centre de l’avenir est maintenant un joueur dont l’entraîneur ne sait même pas encore quel rôle il aura.
Et c’est probablement ça qui fait le plus mal dans cette histoire.
Parce que Dach, lui, veut rester.
« J’aime jouer ici. Je suis près de plusieurs de mes coéquipiers. On a bâti une belle culture ensemble. J’espère ressentir du plaisir cette saison et démontrer que je peux rester. »
Il ajoute qu’il veut voir le projet jusqu’au bout, parce que plusieurs des joueurs actuels ont construit cette équipe ensemble.
C’est humain.
C’est même touchant.
Mais le hockey professionnel n’est pas toujours sentimental.
Le Canadien doit regarder son effectif et déterminer où Dach se situe réellement dans la hiérarchie. Et actuellement, il se retrouve au centre d’un trio avec Alexandre Texier et Zachary Bolduc, alors qu’Oliver Kapanen semble obtenir une véritable occasion de s’emparer du poste de deuxième centre.
C’est là que tout devient clair comme de l'eau de roche: Kirby Dach... c'est fini...
S'il était réellement considéré comme une pièce importante de l’avenir, pourquoi lui offrir seulement un an? Pourquoi lui donner une situation où il doit pratiquement refaire ses preuves à zéro? Pourquoi Martin St-Louis est-il incapable de dire clairement où il le voit?
Et surtout : pourquoi le nom de Dach continue-t-il d’être pertinent dans les discussions de transactions?
Mais comme pièce d’un échange, Dach possède encore quelque chose d’intéressant : il est jeune, il possède du talent et son contrat est relativement facile à absorber.
Dans un dossier visant Kirill Marchenko à Columbus, par exemple, le Canadien pourrait avoir besoin d’offrir des actifs importants. Les noms de prospects (Alexander Zharovsky), de choix de première ronde et de jeunes joueurs circulent déjà dans les scénarios. Si Columbus insiste sur un joueur immédiat capable de jouer dans la LNH, Dach peut théoriquement entrer dans l’équation.
Même chose dans un scénario impliquant Dylan Larkin à Detroit, si jamais Montréal devenait éventuellement une destination acceptée par le joueur. Dach pourrait encore représenter une pièce secondaire intéressante dans une transaction plus importante.
C’est ça qui est cruel pour Dach.
Il veut rester.
Il dit qu’il veut rester.
Il veut prouver qu’il peut rester.
Mais il pourrait devenir exactement le genre de joueur qu’une équipe ajoute à une transaction pour compléter le prix demandé.
Un « complément » dans une transaction majeure.
Et pendant ce temps, Martin St-Louis regarde son joueur et répond : « On va se faire diriger. »
Difficile d’imaginer une phrase qui résume mieux la situation de Kirby Dach.
Il n’est pas officiellement condamné.
Il n’est pas officiellement sur le marché.
Mais tout le monde sait qu'il va débarrasser le plancher.
Et à Montréal, lorsqu’un joueur de 25 ans qui devait devenir une pièce importante de l’avenir se retrouve à devoir convaincre son propre entraîneur qu’il mérite un rôle, ça veut dire que quelque chose a profondément changé.
Dach veut terminer l’aventure à Montréal.
Le Canadien, lui, veut l'envoyer à Détroit, Columbus avant de le perdre pour rien l'été prochain.
Et c’est peut-être ça, la véritable croisée des chemins.
