L’entrevue accordée à La Presse par le coach mental de Jakub Dobeš, Pete Fry, donne des frissons dans le dos quand on comprend enfin ce qui est réellement en train de se passer avec Jakub Dobeš.
Depuis des semaines, tout le monde regarde les arrêts spectaculaires, le calme retrouvé, cette capacité presque irréelle à rebondir après des débuts difficiles, comme jeudi soir à Buffalo après trois buts accordés sur quatre tirs.
Mais derrière tout ça, il y a un travail colossal qui explique peut-être pourquoi Dobeš semble aujourd’hui bâti différemment mentalement.
Cette histoire mérite qu’on s’y attarde.
Car ce n’est pas seulement une question de talent.
Ce n’est pas seulement une question de technique.
C’est une question de cerveau.
À 1 h 20 du matin vendredi, pendant que la majorité des gens dormaient, Pete Fry parlait avec assurance de son travail avec le gardien tchèque des Canadiens de Montréal.
Fry n’est pas un simple motivateur de coin de gym. Ancien gardien lui-même, repêché autrefois par les Devils du New Jersey, il s’est spécialisé dans un domaine que plusieurs sous-estiment encore : la préparation mentale spécifique aux gardiens de but.
Et ce qu’il raconte sur Dobeš donne une idée du niveau d’engagement du jeune gardien.
Le travail commence parfois par des exercices qui ressemblent presque à de l’hypnose.
« Imagine que tu es dans ton demi-cercle. Tu lis bien le jeu. La rondelle paraît grosse. Le jeu ralentit. Tes coéquipiers t’applaudissent. Tu es un mur. »
Fry ne cache même pas ce qu’il essaie de faire.
« Je veux me rendre dans le subconscient. C’est comme si j’aimantais le gardien. »
L’image peut sembler étrange à première vue, mais quand on regarde la façon dont Dobeš a rebondi jeudi soir à Buffalo, difficile de ne pas voir un lien.
Après un départ cauchemardesque, plusieurs gardiens se seraient écroulés. La foule du KeyBank Center explosait. Les Sabres semblaient sur le point d’écraser le Canadien de Montréal. Martin St-Louis regardait Trevor Letowski avec ce regard qui disait presque : “On fait quoi avec lui?”
Puis Dobeš s’est replacé.
32 arrêts de suite.
Un arrêt monumental sur Tage Thompson en échappée.
Un calme presque troublant pour un gardien aussi jeune dans un environnement aussi hostile.
Et soudainement, ce que raconte Fry prend tout son sens.
L’objectif n’est pas d’empêcher un gardien de vivre des émotions. L’objectif est de le ramener rapidement au bon endroit mentalement avant la mise au jeu suivante.
« Il doit se dire : “Je suis un mur. Je suis puissant. Je suis Jakub freakin’ Dobeš.” »
Wow. Avez-vous la chair de poule en entendant cela?
Depuis son arrivée chez les professionnels, Dobeš traite sa préparation mentale avec un sérieux presque obsessionnel.
Veille de match sur la route? Il refuse d’aller souper avec ses coéquipiers afin de protéger sa routine. Fry raconte en riant qu’à Vancouver (là où le coach habite), le gardien ne voulait même pas aller manger avec lui la veille d’un départ.
Pour certains, ça peut sembler excessif.
Pour un gardien à Montréal?
Ça ressemble plutôt à de la survie... positive.
Le poste de gardien chez les Canadiens de Montréal détruit mentalement des joueurs depuis des décennies. La pression est permanente. La critique est constante. Le moindre but accordé devient un débat de province.
Même Carey Price, pourtant un homme qu'on pensait imperturbable, est tombé dans un grave problème de dépendance, tellement sa santé mentale était affectée.
Quelle belle histoire... jusqu'à ce qu'on entende le nom de Samuel Montembeault.
Selon nos informations, Montembeault a lui aussi eu accès à ce type d’accompagnement mental. On lui a offert Pete Fry sur un plateau d'argent.
Mais contrairement à Dobeš, Montembeault n’a jamais embarqué dans cette démarche.
Selon le Québécois, il n'en avait tout simplement pas besoin.
Ouch.
Aujourd'hui, la comparaison donne mal au coeur.
D’un côté, un gardien qui semble investir dans chaque détail mental, qui fait des Zooms hebdomadaires, qui protège ses routines comme si sa carrière en dépendait, qui accepte même de se joindre à des appels avec des jeunes de 13 ou 14 ans lorsque son horaire ne fonctionne pas.
« Je suis Jakub Dobeš du Canadien de Montréal! », lance-t-il parfois en rejoignant le groupe tellement il est humble.
De l’autre, un gardien qui a refusé les services de Pete Fry, alors qu'il est un gardien connu pour s'écrouler émotionnellement dès que les choses deviennent plus lourdes émotionnellement.
La question devient inévitable.
Pourquoi refuser cette aide?
Par choix car il ne croit pas aux techniques d'hyptnose de Fry?
Par orgueil?
Par économie, car les services de Fry sont extrêmement chers?
On sent que c'est l'option du "cash". Mais avec un salaire garanti de 3,15 M$ par année étalés sur 3 ans, a-t-il vraiment une excuse, alors que Jakub Dobeš empoche 925 000 dollars par année sur deux ans?
Montembeault a-t-il peur de ne plus jamais recevoir d'offre de contrat après celui-ci? (agent libre à l'été 2027)
Le Québécois sera échangé cet été. Mais s'il veut que sa carrière ne se termine pas en queue de poisson, il est mieux de marcher sur son ego et d'accepter enfin les services de Fry.
Quand on regarde Dobeš aujourd’hui, il devient difficile de nier une chose : son travail mental semble complètement transformer son jeu.
Nick Suzuki lui-même l’a résumé après la victoire de jeudi :
« Il est très confiant. Il fait énormément de travail hors glace pour être prêt mentalement. »
Voilà le détail qui change tout.
À Montréal, le poste de gardien ne se gagne pas seulement avec les jambières.
Il se gagne avec la tête.
Jakub Dobeš l'a compris avant Montembeault.
Souvent, investir dans ton mental... ça paye...
Même si au départ, ça te coûte de l'argent. Parions que le tchèque retrouvera son investissement dans son prochain contrat.
Belle leçon de vie pour Samuel Montembeault. À lui de la retenir...
