Phillip Danault n’a pas simplement pris la défense de Kent Hughes et de Jeff Gorton.
En quelques réponses données jeudi, l’ancien centre du Canadien a surtout livré une lecture beaucoup plus nuancée de la situation actuelle du Tricolore… une lecture qui risque de faire réfléchir ceux qui réclament déjà une grosse transaction.
Depuis la fin du parcours en séries, une partie des partisans répète pratiquement le même scénario : Montréal était tellement près du but qu’il faut maintenant profiter de cette fenêtre et ajouter rapidement un défenseur robuste, un deuxième centre ou une autre pièce importante.
L’idée se défend. Après deux matchs no 7 et une finale de l’Est, pourquoi ne pas accélérer?
Danault, lui, ne voit pas les choses de cette façon.
« Ce n’est pas si facile de poser des gestes comme ça. Les autres équipes savent qu’on a de bons jeunes joueurs et ils veulent tirer avantage de ça », a-t-il expliqué en marge du Pro-Am Sun Life.
Une phrase qui en dit beaucoup sur la façon dont les joueurs perçoivent actuellement le travail de Hughes. Dans le vestiaire, on ne semble pas vivre cette urgence qui existe à l’extérieur.
Danault va même jusqu’à expliquer que le directeur général et Jeff Gorton ne ressentent pas la pression de conclure une grosse transaction simplement pour satisfaire les attentes du public.
« C’est dur de réaliser des échanges dans la LNH. Kent et Jeff ne sentent pas la pression de faire une grosse transaction maintenant. Si l’occasion se présente, je ne doute pas qu’ils vont essayer d’améliorer l’équipe comme ils l’ont fait au cours des cinq dernières années. C’est une étape à la fois », a ajouté Danault.
Et c’est précisément cette dernière phrase qui mérite d’être regardée de plus près.
Danault connaît maintenant très bien le rôle qu’il occupe à Montréal.

Lorsqu’il est revenu avec le Canadien, son arrivée ne représentait pas seulement celle d’un ancien joueur apprécié qui retrouvait son ancienne équipe.
Le centre de 33 ans devait aussi devenir une présence capable d’aider une jeune formation à franchir certaines étapes.
Mission accomplie jusqu’ici.
Au fil de la saison, Danault a trouvé sa place au sein du groupe.
Son expérience, sa compréhension du jeu et son vécu en séries ont fait de lui un vétéran précieux pour une équipe remplie de jeunes joueurs qui découvraient encore les exigences d’un long parcours éliminatoire. Puis, au printemps, son influence a pris encore plus de valeur.
C’est probablement ce qui rend ses commentaires aussi intéressants aujourd’hui.
Danault ne parle pas comme quelqu’un qui cherche à protéger la direction par principe. Il parle comme un joueur qui vient de vivre de l’intérieur ce que représente réellement une course vers la Coupe Stanley.
« On dit qu’on n’est pas loin, mais en même temps, on a vécu deux matchs 7, dont un où on n’a pas eu beaucoup de lancers », a-t-il rappelé.
Voilà peut-être la mise au point la plus importante.
Oui, le Canadien est proche. Mais être proche ne signifie pas qu’il suffit d’ajouter un joueur et de considérer le travail terminé.
Montréal a dû se battre jusqu’à la dernière minute de deux séries, et son parcours a aussi montré certaines limites que Hughes et Gorton doivent maintenant analyser sans précipitation.
Danault l’a d’ailleurs résumé avec une réalité que les partisans connaissent, mais qu’il est facile d’oublier après un printemps aussi excitant.
« Il y a 32 équipes et il y en a juste une qui gagne. »
Cette phrase explique probablement mieux que n’importe quelle rumeur pourquoi le Canadien n’a pas encore procédé au grand coup que plusieurs attendaient.
La direction a construit un noyau jeune, elle a protégé ses ressources et elle ne semble pas vouloir sacrifier une partie de ce plan simplement pour donner l’impression d’être active.
Pour Danault, le chemin est clair. « C’est une question que les étoiles soient alignées au bon moment », a-t-il lancé.
Et pendant que certains réclament déjà la prochaine pièce du casse-tête, le vétéran qui a retrouvé Montréal semble parfaitement confortable avec l’idée de laisser Hughes continuer à placer les morceaux un à un.
Ironiquement, son retour pourrait lui-même être l’un des meilleurs coups effectués par l’organisation récemment. Montréal a récupéré un joueur qui connaît la pression du marché, qui sait ce que représente une série éliminatoire et qui peut maintenant transmettre cette expérience à une génération qui en aura encore besoin.
Danault n’est donc pas simplement revenu à Montréal pour terminer sa carrière avec le Canadien.
Il est devenu une partie de l’identité de cette nouvelle équipe… et son message sur la patience pourrait être beaucoup plus important qu’il n’en a l’air.
AMEN
