La conquête de la Coupe Stanley par les Hurricanes de la Caroline risque de faire réfléchir bien du monde à travers la Ligue nationale. À Montréal, elle devrait surtout faire réfléchir Martin St-Louis.
Pendant plusieurs années, le hockey a vendu l’idée que le talent finit toujours par triompher. Pourtant, ce printemps vient de rappeler une réalité beaucoup moins glamour.
Les grandes équipes ne gagnent pas seulement grâce à leurs vedettes. Elles gagnent grâce à leur capacité d’adaptation, leur discipline et surtout grâce à des entraîneurs capables de reconnaître qu’une décision ne fonctionne plus et qui ont assez d’humilité pour corriger le tir avant qu’il soit trop tard.
C’est exactement ce que Rod Brind’Amour a fait durant ce parcours éliminatoire.
Lorsqu’il a senti que Frederik Andersen ne donnait plus les réponses nécessaires, il n’a pas protégé son orgueil. Il n’a pas tenté de justifier ses décisions devant les médias. Il n’a pas transformé le dossier en débat philosophique. Il a simplement effectué un changement.
Brandon Bussi s’est retrouvé devant le filet et l’équipe a poursuivi sa marche vers la Coupe Stanley sans que le système ne s’écroule.
De l’autre côté, John Tortorella a offert le portrait inverse. Malgré les difficultés évidentes de Carter Hart, malgré les ballons de plage accordés match après match, malgré les signaux qui s’accumulaient, il a continué d’avancer dans la même direction.
Cette confiance absolue s’est transformée en obstination. Vegas possédait pourtant une autre option avec Adin Hill, un gardien qui avait déjà gagné la Coupe Stanley avec cette organisation. Tortorella n’a jamais dévié de sa trajectoire et la facture a fini par arriver.
Martin St-Louis... sors de ce corps...
Depuis son arrivée à Montréal, le coach du CH a réalisé un travail remarquable auprès de ses jeunes joueurs. Personne ne peut lui enlever le développement de Nick Suzuki, Cole Caufield, Juraj Slafkovsky ou Lane Hutson. Toutefois, la série contre les Hurricanes a soulevé des questions qui n’ont toujours pas trouvé de réponse.
Pendant que Brind’Amour ajustait constamment sa recette, Montréal donnait souvent l’impression de subir les événements.
Les mêmes solutions revenaient continuellement. Les mêmes combinaisons demeuraient en place. Les mêmes problèmes persistaient d’un match à l’autre. Plus la série avançait, plus les Hurricanes contrôlaient le rythme, les sorties de zone, les batailles le long des rampes et la possession de rondelle.
Au point de voir St-Louis en panique totale derrière le banc.
La finale vient de démontrer que ce n’était pas uniquement une question de talent.
Le club qui vient de soulever la Coupe Stanley n’est pas composé d’une collection de supervedettes.
Pourtant, elle a balayé les Sénateurs d’Ottawa, balayé les Flyers de Philadelphie, dominé les Canadiens de Montréal en cinq matchs et terminé le travail contre les Golden Knights de Vegas avec une fiche éliminatoire qui rappelle les grandes dynasties.
La raison est simple. Tout le monde patine dans la même direction, respecte la même structure et accepte de sacrifier une partie de sa liberté offensive au profit d’un objectif collectif.
Vegas n’a obtenu que trois tirs au but durant toute une période en finale (2e période).
Dans la Ligue nationale moderne, ce genre de statistique ne s’explique pas par le hasard. C’est le résultat d’une organisation capable d’étouffer progressivement son adversaire jusqu’à lui enlever toute marge de manœuvre.
Montréal a vécu exactement la même expérience quelques semaines plus tôt.
La véritable leçon pour Martin St-Louis n’est donc pas tactique. Elle est philosophique.
Le hockey des séries éliminatoires récompense rarement les équipes les plus spectaculaires. Il récompense les équipes les plus rigoureuses et les entraîneurs qui acceptent de modifier leurs plans lorsque la situation l’exige.
Brind’Amour vient de prouver qu’un entraîneur peut rester fidèle à son identité sans devenir prisonnier de ses convictions. Tortorella a démontré le contraire. Martin St-Louis est pareil que son ancien coach.
Sans parler de l'attitude. Derrière le banc, Brind’Amour n’a jamais donné l’impression d’être en guerre contre les journalistes.
Même lorsque les questions deviennent répétitives, même après une défaite difficile, même lorsqu’une décision controversée lui est présentée, il répond, explique son raisonnement et passe au suivant.
Cette capacité à garder son calme n’est pas un détail. Elle reflète souvent une confiance profonde dans son travail.
À l’inverse, on a souvent reproché à Martin St-Louis une certaine impatience devant les médias, particulièrement lorsque les questions touchent ses décisions ou ses choix d’alignement.
John Tortorella a traîné cette réputation toute sa carrière et les deux hommes ont souvent donné l’impression de fonctionner selon le même réflexe : considérer certaines questions comme une attaque plutôt que comme une partie normale du métier. Tomber dans la mépris au lieu de l'empathie.
Pourtant, les entraîneurs qui durent le plus longtemps au sommet sont souvent ceux qui comprennent que les médias ne sont pas l’ennemi. Brind’Amour vient de remporter la Coupe Stanley sans jamais transformer ses conférences de presse en attaque envers les médias.
La prochaine étape de l'évolution de Martin St-Louis passera peut-être par cette prise de conscience.
Développer une équipe permet d’atteindre les séries éliminatoires.
Apprendre à s’adapter permet de gagner la Coupe Stanley.
Surtout si tu acceptes de marcher sur ton énorme ego et de ne pas mépriser les autres.
