Martin St-Louis rattrapé par cinq mots : Daniel Jacob vient de tout relancer

Martin St-Louis rattrapé par cinq mots : Daniel Jacob vient de tout relancer

André Soueidan
Le 2026-07-13

Martin St-Louis rattrapé par cinq mots : Daniel Jacob vient de tout relancer

Cinq mots viennent de ramener Martin St-Louis devant une vieille question qu’on avait presque fini par ranger dans un tiroir à Montréal.

« J’ai été un bon soldat. »

Daniel Jacob parlait de lui-même, de son parcours et de toutes ces années passées à travailler dans l’ombre avant d’obtenir enfin sa première véritable occasion comme entraîneur-chef chez les professionnels.

Pourtant, sans viser personne et sans lancer la moindre flèche, le nouvel homme fort du Rocket de Laval vient de remettre en lumière le chemin complètement hors norme emprunté par Martin St-Louis pour atteindre le banc du Canadien de Montréal.

« Le timing était bon. Je connais l’organisation, elle me connaît. Je connais les joueurs », a expliqué Jacob lors de sa conférence de presse virtuelle.

Le timing, justement. Voilà un mot qui prend une drôle de couleur lorsqu’on compare les deux hommes.

Daniel Jacob a passé une bonne partie de sa vie à apprendre le métier d’entraîneur.

McGill, l’Armada de Blainville-Boisbriand, Syracuse, San Diego, puis Laval.

Des années comme adjoint, à préparer des séances, travailler avec les joueurs, décortiquer des systèmes et accepter que le visage devant les caméras soit celui d’un autre.

Son « étiquette d’assistant », comme il l’appelle lui-même, ne l’embarrasse pas.

Au contraire, il croit aujourd’hui que ces cinq saisons comme adjoint avec le Rocket vont lui servir dans ses nouvelles fonctions.

« Je me considère comme un enseignant. J’aime enseigner et expliquer aux joueurs pourquoi on fait quelque chose », a soutenu le diplômé en kinésiologie de l’Université McGill.

Puis on revient à Martin St-Louis.

Le contraste est presque impossible à éviter.

Avant de prendre les commandes du Canadien en février 2022, St-Louis n’avait jamais dirigé une équipe dans la Ligue américaine.

Il n’avait jamais été adjoint dans la LNH.

Son expérience derrière un banc se trouvait essentiellement dans le hockey mineur, notamment auprès des jeunes.

Quelques années plus tard, il dirigeait le Canadien de Montréal.

Daniel Jacob, lui, vient d’obtenir le Rocket après plus de quinze années passées dans le métier d’entraîneur, principalement comme adjoint.

Un homme a gravi les marches une par une.

L’autre a reçu une occasion que très peu d’entraîneurs auraient pu obtenir avec un curriculum vitae comparable.

C’est précisément pour cette raison que les mots « j’ai été un bon soldat » risquent de relancer une discussion qu’on croyait derrière nous.

Personne ne peut enlever à Martin St-Louis ce qu’il a accompli depuis son arrivée à Montréal.

Son lien avec les jeunes joueurs est réel, son approche a permis à plusieurs membres du noyau de progresser et le Canadien a franchi une étape importante en retrouvant les séries éliminatoires.

Mais son parcours demeure une exception spectaculaire dans le monde du hockey professionnel.

Pendant que des entraîneurs comme Daniel Jacob passent des années à accepter des rôles secondaires pour apprendre chaque détail du métier, St-Louis a été propulsé directement sur l’une des scènes les plus exigeantes du hockey.

La situation devient encore plus intéressante lorsqu’on se rappelle le départ de Pascal Vincent.

Vincent avait dirigé dans la LHJMQ, travaillé dans la Ligue américaine, occupé un poste d’adjoint dans la LNH et même été entraîneur-chef des Blue Jackets de Columbus.

Malgré toute cette expérience, aucune véritable place ne s’est ouverte pour lui derrière le banc du Canadien pendant ses deux saisons à Laval.

Seattle lui a finalement offert un rôle de premier adjoint avec des responsabilités importantes sur le plan offensif.

Aujourd’hui, Daniel Jacob prend sa place et raconte avec une certaine fierté tout ce qu’il a dû accepter avant d’obtenir sa chance.

« Pour le développement des jeunes, il y a l’impact du coaching, mais l’impact des vétérans dans la Ligue américaine est très important », a-t-il également expliqué.

Même dans sa façon de parler, Jacob revient constamment à l’apprentissage, au processus et au développement. Il veut comprendre comment aller chercher la « version 2.0 » de chacun de ses joueurs.

Son vocabulaire ressemble à celui d’un homme qui a passé des années à observer le métier de très près avant de finalement obtenir son propre banc.

Martin St-Louis, de son côté, a dû apprendre une grande partie de ce métier directement sous les projecteurs du Centre Bell.

Voilà pourquoi les critiques tactiques à son endroit reviennent aussi rapidement lorsque le Canadien traverse une période difficile ou lorsqu’un entraîneur comme Rod Brind’Amour réussit à prendre le dessus dans une série.

Le passé de St-Louis revient toujours dans la discussion, même quatre ans après son embauche.

Daniel Jacob ne cherchait certainement pas à relancer ce débat lundi. Ses commentaires portaient sur sa propre carrière et sur la fierté d’avoir attendu son tour.

Mais cinq mots ont suffi.

« J’ai été un bon soldat. »

À Laval, Daniel Jacob vient enfin d’être récompensé pour toutes les années passées à monter les échelons.

À Montréal, Martin St-Louis demeure l’homme qui a prouvé qu’on pouvait parfois les sauter presque tous.

Deux chemins complètement opposés dans la même organisation… et une comparaison qui risque de revenir au premier mauvais ajustement derrière le banc du Canadien.

Ouch..