Geoff Molson n’a aucune pitié pour les partisans : « Ça ne m’inquiète pas de perdre des gens »
Pardon? Le propriétaire blague? Pourquoi tenir des propos aussi cinglants envers les fans du CH lors de la journée la plus importante pour eux, soit le tournoi de golf?
Le début d’une nouvelle ère est officiellement arrivé à Montréal, mais Geoff Molson n’est aucunement préoccupé par ce que cette nouvelle réalité va coûter aux partisans du Canadien.
À compter de cette saison, suivre le Tricolore au complet au Québec demandera davantage d’abonnements. 45 matchs seront présentés à RDS, 32 à TVA Sports et 7 sur Prime Video.
Pour le partisan qui veut absolument voir les 84 rencontres, il faudra donc ajouter Prime Video à la facture, alors que ceux qui ont déjà abandonné le câble devront jongler avec plusieurs abonnements différents pour suivre leur équipe.
La facture peut rapidement grimper. Selon les estimations rapportées par La Presse, elle peut atteindre environ 600 $ par année, voire davantage, pour un partisan qui veut avoir accès à l’ensemble des matchs.
Et pour ceux qui sont déjà abonnés à RDS et TVA Sports, il faut quand même ajouter une dizaine de dollars par mois pour Prime Video.
Et qu’en pense le propriétaire?
Honnêtement, on aurait pu s’attendre à beaucoup plus d’empathie. Il montre même un sourire arrogant quand vient le temps d’aborder le sujet :
On ne s’attendait pas à un tel manque de respect.
Le propriétaire du Canadien a été questionné directement sur cette nouvelle réalité et sa réponse est difficile à manquer.
« Je pense que le Canadien est très, très populaire et ça ne m’inquiète pas de perdre des gens à cause de ça. C’est une réalité du marché. »
Des partisans vont devoir payer davantage?
Des familles devront sacrifier le pain sur la table pour ajouter un abonnement?
Le propriétaire s’en contre-fout. Pour lui, chaque dollar compte et il n’en a rien à cirer du portefeuille de Monsieur et Madame tout le monde.
Des amateurs occasionnels pourraient décider qu’ils ne veulent plus payer pour suivre tous les matchs. Mais ce n’est apparemment pas une grande source d’inquiétude pour le propriétaire du Canadien.
« On a signé avec RDS notre contrat local et la ligue négocie les droits nationaux. Elle a choisi de négocier avec deux réseaux, Prime et TVA Sports. Je pense que c’est la tendance. C’est sûr que c’est moins abordable de faire ça, mais ce n’est pas une chose sous notre contrôle. Pour diffuser tous les matchs en français pour les dix prochaines années, ça prend trois réseaux au lieu de deux. »
Encore une fois, le message est cinglant.
Ce n’est pas son problème.
Il aurait pu montrer de l’empathie et dire qu’il comprenait l’inquiétude des gens qui vont devoir payer de leur poche pour continuer de suivre leur équipe chérie.
Mais Geoff Molson regarde la situation comme un propriétaire qui constate l’évolution du marché et qui veut “cash in”.
Il comprend que les droits de diffusion coûtent de plus en plus cher, que les plateformes numériques veulent leur part du gâteau et que Prime Video débarque maintenant dans l’univers du Canadien puisque cela le rend plus riche.
Mais du point de vue du consommateur, le résultat est beaucoup moins sympathique, voire catastrophique.
Et le propriétaire du Canadien n’est aucunement désolé.
Pourtant, l’organisation tient depuis des années le même discours sur son rapport avec ses partisans. Le Canadien parle constamment de sa communauté, de la passion des Québécois, de cette relation unique entre le Tricolore et son public. Geoff Molson vient encore de rappeler à quel point le Canadien est populaire.
Mais lorsque cette popularité est utilisée pour justifier une fragmentation qui fait grimper la facture, le partisan peut légitimement se demander où se trouve le cœur du propriétaire.
Car le partisan, lui, n’a pas signé le contrat de 11 milliards $ avec la LNH.
Il reçoit simplement la facture.
Et pendant ce temps, le Canadien continue de profiter d’un marché où la demande est presque garantie.
Molson le dit lui-même : « le Canadien est très, très populaire ».
Le partisan extrêmement engagé va probablement faire l’effort. Le partisan occasionnel, lui, pourrait finir par décrocher.
Et les plus grands perdants pourraient être les grands amateurs qui ne sont pas les plus riches.
C’est là que le discours de Molson nous pue au nez.
Le Canadien n’est pas une simple équipe sportive pour le Québec. C’est un symbole culturel. C’est une institution. Pendant des décennies, le partisan pouvait allumer sa télévision et regarder son équipe sans devoir réfléchir à quelle plateforme il devait ouvrir.
Cette époque est terminée.
Mais la phrase qui lève le cœur… il faut la répéter.
« Ça ne m’inquiète pas de perdre des gens à cause de ça. C’est une réalité du marché. »
Pendant que les partisans calculent leurs dépenses, le propriétaire calcule le marché et son argent qui coule dans ses veines.
Pendant que les familles se demandent combien coûtera la saison, l’organisation regarde la popularité de son produit.
Alors pourquoi s’excuser?
Pourquoi offrir une compensation?
Pourquoi chercher une solution?
Quand ce n’est pas payant, quand c’est humain, Molson abandonne ses fans.
Pourtant, Molson avait aussi un message beaucoup plus positif lorsqu’il a parlé de son équipe. Il affirme que le noyau veut rester ensemble, que les joueurs ont une vision commune et que Kent Hughes, Jeff Gorton et Martin St-Louis sont appréciés par les joueurs.
« Je pense que nous avons un noyau de jeunes joueurs qui voulaient être ensemble. Et nous avons, en Jeff, Kent et Martin, trois leaders qui sont très appréciés par les joueurs. Je pense que nos joueurs ont une vision ensemble et ça explique pourquoi on est rendus à ce point. »
Il est également très optimiste pour la saison.
« Je n’ai aucun doute que l’équipe va essayer d’être encore meilleure cette année. »
Et lorsqu’on lui parle des attentes, il refuse même d’utiliser ce mot.
« Je n’aime pas utiliser le terme “attentes”. Je pense que notre équipe est affamée. On l’a vu l’année dernière, on va continuer de le voir. »
Pour Martin St-Louis, même discours.
« On est très contents que Martin soit de retour. Il est très apprécié par moi, mais aussi par les joueurs, les autres coachs et les médias. On est chanceux de l’avoir. Il va continuer à construire une bonne équipe. »
Puis, lorsqu’on lui demande si St-Louis a changé depuis son arrivée, pour devenir un vrai coach de la LNH et non un entraîneur pee-wee, Molson répond :
« Peut-être qu’il a fait des ajustements ici et là, mais c’est la personne qu’on aime. »
Mais des ajustements pour aider le fan moyen?
Molson ne veut rien savoir.
Quelle réaction décevante. Le respect, ça ne se paye pas en dollars, mais en montrant de l’humanité.
Le propriétaire du CH a perdu beaucoup de notre respect.
