Malaise à Laval-sur-le-lac: Chris Kreider piégé par un journaliste

Malaise à Laval-sur-le-lac: Chris Kreider piégé par un journaliste

David Garel
Le 2026-09-14

Chris Kreider est maintenant un membre du Canadien de Montréal. Et ce matin, en marge du tournoi de golf, il a parlé aux médias montréalais pour la première fois depuis son arrivée.

Évidemment, il était très attendu. Pour son arrivée avec le CH, pour son passé avec les Rangers, pour sa relation avec Martin St-Louis, mais surtout pour une raison bien précise : Carey Price.

Impossible de parler de Chris Kreider à Montréal sans revenir à 2014. Impossible de faire comme si cette histoire n’existait pas.

C’est Kreider qui avait foncé dans Carey Price lors de cette série entre les Rangers et le Canadien, un incident qui avait mis fin aux séries du gardien montréalais et qui avait fini par briser sa carrière.

Des années plus tard, l’événement demeure profondément ancré dans la mémoire des partisans.

Kreider savait donc parfaitement qu’il allait devoir répondre à des questions sur le sujet.

Et sa réponse a été très claire : il ne veut pas vraiment en parler.

L’attaquant a insisté sur le fait que ce n’était pas intentionnel.

« Ce n’était pas intentionnel. J’étais un jeune homme avec un mauvais patin à l’époque. J’essayais de marquer et les choses sont arrivées. Ça se passe vite. On passe à autre chose et je suis heureux d’être ici. »

Voilà. Pour Kreider, l’histoire appartient au passé.

Il affirme qu’il était simplement un jeune joueur qui tentait de marquer, que la séquence s’est déroulée très rapidement et qu’il n’avait aucune intention de blesser Price. Il préfère maintenant regarder vers l’avant plutôt que de revenir constamment sur cette soirée de 2014.

Et jusque-là, rien de particulièrement surprenant.

Sauf que le malaise est devenu beaucoup plus évident lorsqu’une question est venue toucher directement l’ironie de la situation.

Kreider a expliqué qu’il n’avait pas recroisé Carey Price depuis l’incident.

Et lorsqu’on lui a demandé, en anglais, s’il avait « bump into Price », il a répondu non.

Le problème, c’est que tout le monde sait ce que cette expression signifie dans ce contexte.

Il a justement déjà « bumpé » dans Carey Price.

Et Kreider a compris qu'il avait été piégé par le journaliste au moment où il prononçait la réponse.

Le malaise était énorme (à voir dans l'extrait vidéo suivant).

@rds.ca

Moment cocasse entre les journalistes et Chris Kreider! Un journaliste lui demande s’il avait déjà « Bumped into him » en parlant de Carey Price, à savoir s’il l'avait croisé dans les dernières années. Ce à quoi Kreider répond « No, i’ve never bumped into him. » 😂😂😂 #nhl #lnh #hockey #canadiens

♬ son original - RDS

Pauvre gars. Kreider ne voulait clairement pas transformer son arrivée avec le Canadien en conférence de presse consacrée à Carey Price. Il a répondu à la question, il a répété que ce n’était pas volontaire, puis il a voulu passer à autre chose.

Mais il ne s'attendait pas à ce qu'un journaliste en manque d'attention veuille le ridiculiser.

Et il faut reconnaître une chose : il ne pouvait pas vraiment donner une réponse différente sans risquer de s’enfoncer.

S’il avait commencé à expliquer la séquence pendant plusieurs minutes, il aurait ravivé une vieille histoire. S’il avait tenté de justifier chacun de ses mouvements, les partisans auraient probablement décortiqué chaque mot.

Il a donc choisi la voie la plus simple : ce n’était pas volontaire, il était jeune, il essayait de marquer et il veut maintenant tourner la page.

Mais à Montréal, tourner la page ne sera pas aussi simple.

Les partisans ont la mémoire longue et Kreider le sait parfaitement.

Il l’a même reconnu lui-même.

« Les partisans sont passionnés et ont la mémoire longue. Je vais aller sur la patinoire et faire de mon mieux pour nous aider à gagner des matchs. »

Car le numéro 22 du Canadien de Montréal, qui avait autrefois fait vivre un cauchemar aux partisans du Canadien, porte maintenant le chandail tricolore.

Le public va forcément lui rappeler son passé. Mais s’il marque, s’il dérange les adversaires, s’il gagne des batailles devant le filet et s’il devient important dans les séries, cette histoire va disparaître.

Kreider est très conscient de la mission qui l’attend.

« La chose la plus importante, quand tu rejoins une équipe, c’est de gagner la confiance de tes coéquipiers en jouant de la bonne manière, en travaillant chaque jour. »

Et son arrivée à Montréal n’est clairement pas le résultat d’une décision prise à la dernière seconde.

Kreider a expliqué que le Canadien s’était montré agressif dès le début du processus et que ses nombreux liens avec Montréal avaient facilité les choses.

« Montréal a été agressive dès le début. Il y a différents liens avec mes années à New York, donc ça a certainement aidé. Tout ce qu’ils font ici, la culture qu’ils ont bâtie, le groupe qu’ils ont… C’est une ville de hockey. »

Il a également confirmé que Kent Hughes et Jeff Gorton avaient été très agressifs dans les discussions.

« Je préfère ne pas parler de chiffres abordés avec les autres équipes. Gorton et Kent étaient très agressifs, donc ça s’est réglé assez rapidement. »

Kreider voulait réellement venir à Montréal.

Et lorsqu’on lui demande pourquoi, Martin St-Louis revient évidemment au centre de la conversation.

Les deux hommes ont été coéquipiers à New York et Kreider ne tarit pas d’éloges envers son nouvel entraîneur.

« Même à l’époque, il était comme un joueur-entraîneur. L’intensité, la ténacité, les choses qu’il faisait à la patinoire chaque jour… C’est la personne dont j’ai le plus appris à l’époque. »

Encore plus révélateur : Kreider affirme qu’il considérait déjà St-Louis comme un entraîneur lorsqu’ils étaient coéquipiers.

« Je l’ai comme toujours placé dans la catégorie des entraîneurs. Même quand on était coéquipiers, c’était un coach. »

Voilà pourquoi St-Louis a joué un rôle aussi important dans sa décision.

Kreider arrive également avec une volonté claire de contribuer dans toutes les situations de jeu. Avec la qualité du jeu de puissance du Canadien, il s’attend même à être davantage utilisé en désavantage numérique.

« Je vais faire ce que je peux, jouer le rôle qu’ils veulent que je joue. Je peux jouer en avantage numérique et en désavantage numérique. Évidemment, ils ont un avantage numérique incroyable ici, donc je vais sans doute plus jouer sur le désavantage numérique. »

Il faudra donc regarder attentivement comment St-Louis l’utilisera.

Mais pour l’instant, il y a surtout une chose à retenir : Chris Kreider est arrivé à Montréal et il sait parfaitement qu’il traîne une vieille histoire derrière lui.

Maintenant, Kreider n’a plus qu’une seule façon de faire disparaître le malaise : jouer au hockey.

Et s’il devient le joueur que Kent Hughes espère avoir ajouté pour les séries, les partisans finiront peut-être par lui pardonner.

Mais pour l’instant?

Disons que son premier passage devant les médias montréalais avait un petit parfum de 2014.