Martin St-Louis n’a pas pu retenir l’émotion.
Pendant des années, il a bâti une image presque impénétrable. Le coach méthodique. Le compétiteur. L’homme qui répète sans cesse qu’il faut séparer les émotions des décisions. Celui qui protège ses joueurs, qui refuse les excuses, qui parle de standards, de processus et d’identité.
Mais lundi soir à Buffalo, après le but d’Alex Newhook qui a envoyé les Canadiens de Montréal en finale d’association, une scène silencieuse a tout dit.
Pendant que ses joueurs sautaient sur Newhook au bout de la patinoire, Martin St-Louis s’est éloigné. Seul. Lentement. Il a marché vers le filet où le but venait d’être marqué. Il a regardé vers le ciel pendant quelques secondes.
Comme s’il parlait à quelqu’un.
Comme s’il partageait ce moment avec quelqu’un qui n’était plus là.
Et quand François Gagnon lui a demandé ce qu’il faisait exactement à ce moment-là, le masque est tombé.
“Je parlais à ma mère beaucoup en prolongation. Je l’ai remerciée.”
Ses yeux se sont remplis d’eau.
Voici l'extrait vidéo qui nous a touché droit au coeur:
Pour comprendre ce moment, il faut revenir en arrière.
Mai 2014.
Martin St-Louis vit probablement la période la plus douloureuse de sa vie. En pleine série éliminatoire avec les Rangers de New York, alors qu’il perd la série de première ronde 1-3 contre les Penguins de Pittsburgh en deuxième ronde, sa mère, France St-Louis, meurt subitement d’un infarctus.
Un choc brutal.
Un drame inimaginable.
St-Louis quitte temporairement son équipe, retourne au Québec, vit son deuil dans l’urgence… puis revient jouer sans manquer un seul match.
Parce qu’il est Martin St-Louis.
Parce qu’il a toujours été construit comme ça.
Quelques jours plus tard, dans une scène qui avait bouleversé tout le monde du hockey, il marque un but crucial et aide les Rangers à éviter l’élimination. Son équipe atteindra ensuite la finale de l’Est après avoir remonté la pente… puis la finale de la Coupe Stanley après avoir éliminé... le Canadien de Montréal justement...
Mais il n’a jamais cessé de parler de sa mère.
Jamais.
Même aujourd'hui, autour de la fête des Mères, alors que la douleur était encore vive, il avait confié une phrase qui frappe encore aujourd’hui :
“C’est dur de ne pas être capable d’envoyer des fleurs à ta maman.”
Et il avait ajouté :
“Je sais que ma mère sera avec moi aujourd’hui pour m’aider à rebondir.”
Voilà pourquoi la scène de lundi soir était si forte.
Voilà pourquoi elle dépassait le hockey.
Parce qu’au moment où les Canadiens de Montréal viennent de franchir une étape immense en éliminant les Sabres de Buffalo au terme d’un septième match exténuant, Martin St-Louis ne pense pas aux critiques. Il ne pense pas aux journalistes qui l’ont accusé d’avoir été outcoaché par Lindy Ruff pendant la série. Il ne pense pas aux doutes des derniers jours.
Il pense à sa mère.
À la personne qui a probablement tout sacrifié pour lui avant que le reste du monde connaisse son nom.
Et il la remercie.
Il faut aussi dire une chose : ce parcours des Canadiens de Montréal semble profondément le toucher.
Quand il parle de ses joueurs, on sent un entraîneur sincèrement heureux.
Un entraîneur fier, presque paternel.
“On s’amuse à travers une expérience formidable pour nos jeunes joueurs.”
“Je suis tellement content pour eux autres.”
“De vivre ça, des matchs sept… de voir Newhook marquer un but gagnant en prolongation dans un match sept… il n’y a pas un feeling que tu peux décrire.”
Puis cette phrase, lourde de sens :
“Je suis content qu’on continue pour eux autres.”
Il a même admis que même dans une défaite, cette expérience aurait été inestimable.
“Même si on n’avait pas gagné ce match-là, cette expérience-là, tu ne peux pas acheter ça.”
Et ce qu’il a dit sur son groupe en dit long sur ce vestiaire.
“C’est la qualité des personnes qui rend ce groupe spécial.”
“On a de bons joueurs de hockey, mais on est encore de meilleures personnes.”
On peut critiquer Martin St-Louis quand il est bête comme ses pieds.
On peut parfois trouver qu’il est sec ou méprisant avec les médias.
Mais lundi soir, on a vu quelque chose de différent.
On a vu l’humain.
Un fils.
Un homme encore marqué par une perte immense.
Un coach qui, dans le plus grand moment de sa carrière derrière le banc des Canadiens de Montréal, a levé les yeux vers le ciel pour partager la victoire avec sa mère.
Au fond, le hockey est parfois beaucoup plus grand que le hockey.
