Ça commence sérieusement à chauffer entre Zachary Bolduc et le Canadien de Montréal. Le dossier traîne, les deux camps ne semblent toujours pas proches d’une entente et, surtout, le clan du jeune Québécois continue de brandir "l'argument Mavrik Bourque" et son contrat de 6 ans à 5,5 millions de dollars par saison.
Pour Bolduc et son agent Pat Brisson, ce contrat devient immédiatement un comparable important. Et ce n’est pas tout : certains modèles statistiques qui tentent de projeter la valeur des prochains contrats des jeunes joueurs évaluent même Bolduc autour de six millions par année sur une entente à long terme.
Le clan Bolduc ne négocie certainement pas comme si son client devait se contenter d’un petit contrat de transition. Il regarde l’explosion du marché, regarde les contrats qui sortent partout dans la LNH et veut sa part du gâteau.
Bolduc l’a d’ailleurs dit lui-même à La Presse, avec une déclaration qui en dit beaucoup plus qu’elle n’en a l’air :
« Je vois les contrats sortir partout et les gars signent de bons contrats. C’est bon pour nous, les joueurs. Tout est une question d'argent ».
Il sait que le plafond salarial explose et que les équipes sont beaucoup plus disposées à investir massivement dans des joueurs de 20 à 23 ans.
Son agent connaît parfaitement cette réalité. Pat Brisson n’est certainement pas assis à la table pour demander à Kent Hughes de faire un cadeau au Canadien. Il veut maximiser la valeur de son client, et chaque nouveau contrat important devient une munition supplémentaire dans la négociation.
Le problème, c’est que Kent Hughes ne voit pas du tout Zachary Bolduc avec les mêmes yeux. Le DG du Canadien ne négocie pas avec le joueur que Bolduc pense pouvoir devenir. Il négocie avec le joueur qu’il est aujourd’hui.
Douze buts, 30 points et une saison où Martin St-Louis l’a régulièrement utilisé dans un rôle secondaire, parfois même sur le quatrième trio.
Le Canadien peut donc argumenter que Bolduc n’a pas encore démontré qu’il méritait un salaire de 5 ou 6 millions de dollars. Le potentiel est là, personne ne le nie, mais le potentiel n’est pas encore devenu une production constante dans un rôle offensif important.
C’est exactement le genre de dossier dans lequel les deux parties peuvent avoir des arguments parfaitement légitimes tout en étant complètement incapables de s’entendre sur le chiffre.
Les projections de CapWages vont même encore plus loin en évaluant Bolduc à 6,0632 millions de dollars par saison sur sept ans, soit plus de 42 millions au total.
Pour un agent requin qui négocie, tout chiffre qui permet de démontrer que le joueur possède une valeur supérieure à l’offre du club peut servir.
Le Canadien possède toutefois une arme extrêmement importante : Bolduc est joueur autonome avec compensation.Il ne peut pas simplement décider de partir et signer ailleurs.
Montréal contrôle ses droits et peut prendre son temps au point de le faire sécher s'il n'est pas signé avant le camp d'entrainement.
Et c’est probablement ce qui rend le clan Bolduc nerveux... et furieux : plus la saison approche, plus Bolduc perd du pouvoir.
Il y a aussi une énorme inconnue dans cette négociation : personne ne sait encore quel rôle Martin St-Louis compte réellement donner à Bolduc.
C’est le facteur le plus important de tout le dossier. Si Bolduc devient un membre régulier du top-6, reçoit des responsabilités offensives, joue avec des joueurs comme Nick Suzuki ou Ivan Demidov et obtient du temps sur les unités spéciales, sa valeur peut exploser en quelques mois.
Mais si St-Louis continue de le considérer comme un plombier qui doit d’abord démontrer qu’il peut défendre, gagner ses batailles et être fiable sans la rondelle, alors il doit être payé comme un joueur de soutien.
Mavrik Bourque s'est vu promettre un rôle sur le top-6 des Predators. Bolduc, lui, est pratiquement assuré de jouer sur le bottom-6 alors que le 1er trio du CH est figé et que tout le monde voit un 2e trio composé de Demidov, Newhook et Kapanen.
Voilà pourquoi Pat Brisson considère qu’un contrat-pont représente un risque. Signer deux ans à un salaire relativement modeste estune mauvaise affaire si Bplduc est traité comme un moins que rien.
Dans deux ans, le marché pourrait être encore plus élevé, mais Bolduc n'aura rien fait pour augmenter sa valeur.
À l’inverse, une entente de cinq ou six ans pourrait lui garantir une sécurité financière énorme immédiatement, même si Martin St-Louis continue de le mépriser.
Bolduc sait que son utilisation par Martin St-Louis a limité ses chiffres offensifs. Son clan peut très bien soutenir qu’on ne peut pas regarder uniquement ses 12 buts et ses 30 points sans tenir compte des responsabilités qui lui ont été confiées.
Si le joueur avait bénéficié de plus de temps de glace, de meilleurs partenaires et de véritables responsabilités offensives, ses statistiques auraient peut-être été différentes. Le Canadien peut répondre que s’il n’a pas reçu ces responsabilités, c’est justement parce qu’il n’avait pas encore démontré qu’il les méritait. Voilà le cercle vicieux dans lequel les négociations sont enfermées.
Le dossier est en train de mal tourner.
