Le Shérif avait une occasion parfaite de reprendre le contrôle de son histoire en parlant aux journalistes pour la première fois depuis qu'il s'est fait flouer par Kent Hughes.
Après un été de négociations interminables, Arber Xhekaj aurait pu arriver devant les caméras en affirmant qu'il était fâché, mais qu'il allait utiliser sa colère pour convaicre le CH qu'il méritait un contrat à long terme l'été prochain.
Il aurait pu imposer sa valeur, exiger une reconnaissance financière à la hauteur de son rôle et rappeler qu’il n’est pas un simple défenseur interchangeable.
Au lieu de ça, il s'est couché devant les caméras.
« Je ne voulais pas faire la grève, je voulais être avec les gars. C’était important pour moi »
Le plus surprenant n’est même plus le montant ridicule du contrat (1,5 M$). C’est jusqu’où Xhekaj semble maintenant prêt à aller pour conserver sa place de porteur d'eau.
Son entrevue est troublante. (voir la vidéo plus loin dans l'article)
Le Shérif n’a pas seulement perdu de l’argent dans cette négociation.
Il a perdu sa dignité devant les caméras.
« J’étais évidemment impliqué dans tout ça, et c’est certain que l’été a été plus long. J’attendais que ça se règle, mais je ne me suis pas vraiment inquiété. Je suis simplement resté avec les gars, j’ai gardé une attitude positive et j’ai laissé les choses se régler comme elles allaient se régler. »
C’est bien beau. Mais lorsqu’on lui demande pourquoi les négociations ont duré aussi longtemps, sa réponse est pour le moins vague.
« Je ne sais pas. Certaines choses prennent plus de temps que d’autres. Je ne suis pas certain. »
Xhekaj affirme qu’il aurait aimé signer à long terme, mais qu’il voit maintenant ce contrat d’un an comme une occasion de travailler pour obtenir le prochain.
« Évidemment, j’aimerais rester pour une plus longue période, mais ça me donne en quelque sorte une chance de travailler pour le prochain contrat. J’aimerais signer à long terme ici, ou pour une plus longue période, et je pense que je peux y arriver. »
Voilà donc le Shérif qui accepte de remettre son avenir entre les mains du Canadien pour une année supplémentaire.
Il ne réclame plus de sécurité. Il ne réclame plus une reconnaissance financière correspondant à son statut. Il accepte de retourner sur la glace avec un contrat d’un an à 1,5 million de dollars et de recommencer à faire ses preuves.
Le problème n’est plus seulement l’argent.
Le Shérif a perdu le respect... de lui-même...
Parce que pendant des mois, son clan voulait davantage. Xhekaj voulait 2,5 millions de dollars par saison. Il croyait avoir suffisamment d’arguments pour obtenir un contrat plus important. Il avait son expérience, son physique, ses mises en échec, son rôle particulier et sa popularité.
Aujourd’hui, il accepte d'être sous-payé et explique qu’il va travailler pour obtenir mieux plus tard.
C’est exactement ce que le Canadien voulait entendre.
Et pendant ce temps, Martin St-Louis lui a clairement ouvert une autre porte : celle de l’attaque.
Le défenseur a reconnu que lui et son entraîneur avaient discuté de cette possibilité à la fin de la dernière saison et durant l’été.
« Nous avons eu quelques discussions à ce sujet vers la fin de l’année et pendant l’été. Comme tu l’as dit, nous n’avons pas peur d’essayer. Et je ne sais pas… qui sait? Peut-être que je pourrais être un bon attaquant à un moment donné. »
Peut-être un bon attaquant?? Cet extrait vidéo est honteux:
Voilà où nous en sommes avec le Shérif.
Le défenseur qui devait imposer son style, qui devait être le policier du Canadien, qui devait représenter une présence physique unique dans l’alignement, est maintenant prêt à changer complètement de position simplement pour trouver une façon de rester dans la formation.
Il a même raconté son expérience lorsqu’il a été utilisé à l’attaque contre la Caroline.
« C’est une équipe et un amphithéâtre difficiles pour essayer l’attaque pour la première fois, c’est certain. Mais c’était correct. Je pense que j’ai réussi quelques mises en échec en échec avant et que je commençais à comprendre comment ça fonctionnait. Mais c’est certainement une adaptation. »
« J’ai d’assez bonnes mains et un assez bon tir alors je n’ai pas peur de tenter des jeux. J’ai regardé mes coéquipiers plus costauds comme Slaf et j’ai appris des choses. Je crois que je serais à l’aise de jouer en attaque si c’est nécessaire. »
Et il ne s’arrête pas là. Xhekaj explique qu’il s’est préparé durant l’été sans nécessairement savoir à quelle position il allait jouer.
« La majorité de mon entraînement estival n’est pas vraiment spécifique à la défense ou à l’attaque. C’est simplement… même dans les entraînements que nous avons eus au cours des quatre dernières années, c’est du hockey sans position précise et tout le monde joue un peu partout. C’est probablement pour ça que j’étais prêt lorsque j’ai été appelé l’an dernier. »
Misère. Il est prêt à tout.
Prêt à se plier à genoux devant Martin St-Louis.
Défenseur. Attaquant. Neuvième défenseur. Joueur de rotation. Ce qu’on lui demandera, il semble maintenant prêt à l’accepter.
Et c’est exactement ce qui rend cette histoire aussi triste pour le Shérif.
« Je me sentais vraiment bien durant les séries l’an dernier. Je pensais avoir été assez solide. J’étais à l’aise avec mes lectures et avec tout ce que je faisais. Donc, si je peux jouer comme ça à chaque match, je vais être correct. »
Il croit donc toujours en son jeu.
Il croit toujours pouvoir être un bon défenseur.
Mais il accepte maintenant de se transformer en joueur polyvalent simplement pour rester dans les bonnes grâces de l’organisation.
Avec son salaire de 1,5 million de dollars, Xhekaj sera pratiquement au plancher salarial de la formation montréalaise. Parmi les joueurs qui ne sont pas encore sur leur contrat d’entrée, il est le deuxième moins bien payé du Canadien, derrière Jayden Struble et son salaire de 1,4125 million.
Même l’indésirable Kirby Dach gagne 3,6 millions.
Xhekaj?
Et le portrait devient encore plus troublant lorsqu’on sort de Montréal.
Selon les chiffres rapportés par Maxime Truman, 165 défenseurs de la LNH gagneront davantage que Xhekaj cette saison. Cela signifie qu’en moyenne, cinq à six défenseurs par équipe toucheront plus d’argent que lui.
Et ce n’est pas tout.
En incluant les attaquants et les gardiens, 534 joueurs de la LNH gagneront plus que Xhekaj.
Dans une ligue où chaque équipe habille normalement 20 joueurs, cela signifie qu’environ 17 joueurs par formation gagneront davantage que le Shérif.
Il y a donc quelque chose qui ne colle pas lorsqu’on nous explique que Xhekaj est un élément important de l’organisation, que tout le monde l’adore et que son contrat d’un an représente simplement une décision stratégique prise de son plein gré.
Lorsqu’on lui demande pourquoi il aime autant cette ville, sa réponse est sans équivoque.
« Qu’est-ce qu’il n’y a pas à aimer? C’est un endroit incroyable où jouer. »
Voilà probablement le cœur du problème.
Xhekaj veut tellement rester à Montréal qu’il est maintenant prêt à sacrifier son estime de soi.
« Nous n’avons pas peur d’essayer. Je serai un bon attaquant. »
Il aime trop Montréal pour partir.
Au point de sacrifier son honneur personnel.
