Dylan Larkin est arrivé devant les médias jeudi dans une situation complètement différente de celle dans laquelle on l’avait toujours connu.
Plus de « C » sur son chandail. Une demande de transaction qui demeure au-dessus de sa tête. Une blessure au haut du corps qui l’empêche de commencer le camp sur la glace. Et surtout, un joueur visiblement ébranlé par tout ce qui vient de se passer.
À plusieurs reprises, Larkin avait les yeux remplis d’émotion. Il a parlé de choses personnelles qu’il n’est pas prêt à révéler, d’une décision extrêmement difficile et de son désir de retrouver la confiance de ses coéquipiers et des partisans.
Pour un joueur qui a passé toute sa carrière à Detroit, qui a été capitaine pendant six saisons et qui a toujours été associé à cette organisation, le voir dans cet état représente un moment de vulnérabilité assez exceptionnel.
Et c’est précisément pour cette raison que Derek Lalonde a décroché son téléphone pour convaincre Larkin d’accepter Montréal comme sa nouvelle maison.
L’ancien entraîneur des Red Wings, aujourd’hui entraîneur adjoint du Canadien, connaît Larkin. Il connaît son caractère. Il connaît Detroit. Il connaît les frustrations qui peuvent exister dans cette organisation.
Et si Montréal veut réellement convaincre Larkin d’ajouter le Canadien à sa liste d’équipes auxquelles il accepterait de lever sa clause de non-échange, le moment est parfaitement choisi.
Larkin vient d’ouvrir la porte lui-même à Montréal.
« Je vous parle aujourd’hui parce que vous méritez des réponses. Les partisans méritent des réponses. Je ne veux pas de cette distraction. Je ne veux pas qu’un de mes coéquipiers ait à répondre avant que vous m’entendiez. J’essaie d’être professionnel dans tout ça. »
Puis est arrivée la question que tout le monde attendait : qu’est-ce qui a provoqué sa demande de transaction?
Larkin a visiblement eu du mal à répondre.
« Il y a beaucoup de choses là-dedans. Beaucoup de choses personnelles. Pour être honnête avec vous, je vais essayer de l’être aujourd’hui. Et c’est aussi loin que j’irai là-dessus. »
Puis il a ajouté quelque chose qui en dit probablement encore davantage sur son état d’esprit.
« Je comprends qu’il y a des réponses que les partisans et les gens qui tiennent à cette organisation partout dans le monde veulent connaître. Mais je ne suis vraiment pas prêt à en parler. C’est peut-être quelque chose que je ne serai jamais prêt à aborder. Et ce n’était pas facile d’en arriver à cette décision. C’était très difficile. Ce n’est pas quelque chose que j’ai décidé sur un coup de tête. Je ne prends pas ce que j’ai fait à la légère. J’en suis arrivé à ce point et, vous savez, je ne suis pas encore prêt à en parler. »
Cet extrait vidéo nous donne les larmes aux yeux juste à voir à quel point il est troublé:
@bardown Dylan Larkin on why he requested a trade from the Detroit Red Wings.
♬ original sound - BarDown
Ce n’est pas un joueur qui vient devant les médias pour provoquer son organisation.
C’est un joueur qui a énormément de difficulté à gérer la situation.
Larkin n’a d’ailleurs pas voulu confirmer si sa demande de transaction était toujours active.
« Je préfère garder ça entre l’organisation et moi. »
Mais lorsqu’on lui a demandé comment ses coéquipiers avaient réagi, il a tenu à les protéger.
« Je leur ai parlé. Et je leur ai parlé honnêtement. Vous savez, ils méritaient ça. Je vous dirais que ce n’était pas à cause d’eux. Et c’est aussi loin que j’irai là-dessus. »
Puis son discours est devenu encore plus émotif.
« J’ai essayé de leur donner de l’espace pour leur permettre d’assimiler tout ça. Je donnerais tellement cher pour être sur la glace. Je travaille fort pour retrouver la santé et je veux être là. Le moment est vraiment malheureux, et j’aimerais pouvoir montrer par mes actions comment reconstruire la confiance avec mes coéquipiers et avec les partisans. »
Larkin sait qu’il a perdu une partie de cette confiance à Detroit. Il sait que sa décision a laissé des traces. Et il sait également que les partisans pourraient ne pas lui réserver un accueil chaleureux lorsqu’il reviendra au Little Caesars Arena.
Il ne se fait aucune illusion.
« Je ne peux pas vraiment contrôler ça. Ce sont des partisans passionnés. Il y a de la frustration. Je suis frustré moi aussi. J’espère simplement qu’il y aura 22 autres gars dans le vestiaire. C’est à propos d’eux, pas d’un seul joueur. On va, je l’espère, passer à autre chose. Je pense que c’est tout ce que je dirais là-dessus. »
Et maintenant, imaginez Derek Lalonde qui lui parle.
Un homme qui peut lui expliquer ce que serait son rôle avec le Canadien.
Et surtout, un homme qui peut lui parler d’un vestiaire qui vient de connaître une progression spectaculaire.
Le timing est presque trop parfait.
Quelques jours avant cette conférence de presse, Detroit avait annoncé que Larkin ne serait plus le capitaine de l’équipe. Il l’a accepté.
« Nous en avons discuté avec l’organisation. Je comprends. J’ai demandé une transaction aux Red Wings de Detroit alors que j’étais le capitaine. Les gestes ont des conséquences. Je comprends pourquoi cette décision a été prise. Je vais être professionnel là-dedans. »
« Je suis heureux de faire partie de cette équipe et, vous savez, de revenir au bas de la pyramide, ce qui est peut-être plutôt agréable. »
Avec ses larmes, on ne le croit pas.
Larkin a demandé à être échangé après une dixième exclusion consécutive des Red Wings des séries éliminatoires. Steve Yzerman a confirmé en juin que l’agent de Larkin avait transmis une courte liste d’équipes que son client accepterait de rejoindre en levant sa clause de non-échange. (Floride, Vegas, Minnesota, Dallas)
Montréal ne fait toujours pas partie de la liste. Mais le CH est persuadé de pouvoir lui faire changer d’idée.
Derek Lalonde n’est évidemment pas un directeur général et il ne peut pas décider de la transaction. Mais il possède quelque chose que Kent Hughes n’a pas : une relation professionnelle avec Larkin et une connaissance directe de Detroit.
Oliver Kapanen est maintenant placé sur le deuxième trio avec Ivan Demidov et Juraj Slafkovský. C’est exactement le genre de vitrine qui pourrait augmenter sa valeur aux yeux d’une autre organisation. Alexander Zharovsky, Adam Engström et un (ou deux) choix de première ronde pourraient également faire partie de la conversation selon la structure d’une éventuelle offre.
Larkin est détruit mentalement.
Montréal devient une option où il ne serait plus obligé de porter le poids d’une décennie de frustrations à Detroit.
Aujourd’hui, le pauvre ne ressemblait pas à un capitaine qui avait envie de se battre pour sauver sa situation.
Il ressemblait à un joueur qui cherche une façon de sortir d’un cauchemar.
Aujourd’hui, ses larmes étaient le message ultime pour le Canadien de Montréal.
À Kent Hughes et Derek Lalonde de profiter de sa détresse.
