Douche froide à Montréal.
Depuis quatre ans, Jeff Gorton, Kent Hughes et Martin St-Louis répètent le même message. Ils parlent de culture. Ils parlent d’environnement. Ils parlent d’une organisation qui a retrouvé sa crédibilité auprès des joueurs de la LNH. Ils parlent d’un vestiaire sain, d’un noyau jeune, d’une équipe en ascension et d’une destination qui redevient attirante.
Mais Jean-Luc Grand-Pierre vient de ramasser les deux dirigeants du CH... et la province en entier...
Ouch.
L’ancien défenseur de la LNH, qui a disputé 269 matchs dans le circuit Bettman et qui couvre aujourd’hui les activités des Blue Jackets de Columbus, n’a pas tourné autour du pot sur les ondes de BPM Sports.
Selon lui, les joueurs adorent Montréal.
Comme ville de visite.
Comme destination pour un week-end.
Comme endroit où l’ambiance est exceptionnelle lorsqu’ils viennent jouer un match sur la route.
Mais lorsqu’on leur demande s’ils veulent réellement y vivre douze mois par année et porter le chandail des Canadiens de Montréal, la réponse serait complètement différente.
“Les joueurs adorent Montréal. Mais quand tu leur demandes s’ils veulent jouer à Montréal, ils répondent : ‘Es-tu malade?’”
C’est exactement le genre de phrase que personne ne veut entendre au sein de l’organisation montréalaise.
Surtout après tous les efforts déployés pour changer cette perception.
Depuis l’arrivée de Hughes et Gorton, le message est clair. Le Canadien veut tourner la page sur les années de turbulence. L’organisation veut être reconnue pour son professionnalisme. Elle veut être perçue comme une équipe moderne. Elle veut attirer les joueurs au lieu de constamment devoir les convaincre.
Or, quand un ancien joueur de la LNH affirme publiquement que les joueurs fuient encore Montréal lorsqu’il est question d’y passer toute leur carrière, cela vient directement contredire le travail de reconstruction d’image entrepris depuis plusieurs années.
Le plus inquiétant, c’est que Grand-Pierre ne parlait pas d’un joueur en particulier.
Il parlait d’une perception générale selon laquelle la pression est trop forte et la vie privée est inexistante.
Une perception selon laquelle jouer à Montréal demeure plus compliqué qu’ailleurs.
Clairement, les rumeurs qui ont circulé autour de la blonde de Juraj Slafkovsky, Angélie Bourgeois-Pelletier, sur leur vie nocturne agitée, ou les rumeurs sur Cole Caufield et les fêtes qu'il organisait dans son "penthouse" de Griffintown, ont circulé en masse.
C’est précisément pourquoi Dylan Larkin refuse de jouer à Montréal. Car il ne veut pas qu'il y ait une intrusion dans sa vie privée.
Montréal n’est pas la Floride, Vegas ou le Minnesota, même si on parle du "Hockey state".
Les trois endroits voulus par Larkin, sans oublier Tampa Bay et Dallas, sont des ville où tu passes incognito.
À Montréal, les joueurs deviennent des vedettes publiques. Ils sont reconnus partout. Ils sont analysés quotidiennement. Chaque mauvaise séquence devient un sujet de débat national.
Mais entendre qu’encore aujourd’hui des joueurs répondraient spontanément “es-tu malade?” lorsqu’on évoque la possibilité de jouer pour les Canadiens de Montréal, c’est une claque au visage.
Surtout quand on regarde les efforts déployés pour bâtir quelque chose de différent.
Le plus ironique dans tout ça, c’est que les résultats commencent pourtant à parler.
Noah Dobson a accepté de venir à Montréal. Mais il s'est fait surpayer à 9,5 M$ par année.
Ivan Demidov rêve de jouer ici pour l'éternité.
Lane Hutson adore l’environnement et a accepté d'être sous-payé.
Nick Suzuki a choisi de s’engager à long terme, tout comme Cole Caufield et Juraj Slafkovsky.
Le noyau du Canadien semble plus solide que jamais.
Pourtant, malgré tous ces signes positifs, la majorité des joueurs à travers la ligue continue visiblement de voir Montréal comme un endroit à éviter.
Tellement frustrant
Le Canadien peut changer sa culture.
Le Canadien peut changer sa direction.
Le Canadien peut changer son vestiaire.
Mais changer une réputation bâtie sur plusieurs décennies demeure un combat beaucoup plus long.
Les propos de Jean-Luc Grand-Pierre ne devraient pas être ignorés.
Ils ne devraient pas être balayés du revers de la main.
Ils rappellent plutôt à quel point le travail de Jeff Gorton et Kent Hughes est loin d’être terminé.
Car tant qu’un ancien joueur de la LNH pourra affirmer publiquement que personne ne veut venir jouer à Montréal sans provoquer de surprise à travers le hockey, cela voudra dire qu’une partie du problème est encore bien réelle.
Et pour une organisation qui tente justement de convaincre les vedettes de demain que Montréal est redevenu une destination de premier choix, ce genre de déclaration fait très mal.
