Décision honteuse des Sénateurs à Gatineau: un conflit entre Michael Andlauer et Geoff Molson

Décision honteuse des Sénateurs à Gatineau: un conflit entre Michael Andlauer et Geoff Molson

David Garel
Le 2026-05-21

Ce qui se passe à Gatineau dépasse largement une simple histoire de paperasse ou de règlement territorial. Plus on creuse, plus cette affaire-là sent le malaise politique, la guerre d’influence et, surtout, un profond manque de respect envers les partisans des Canadiens de Montréal en Outaouais.

Il faut appeler un chat un chat.

Annuler à la dernière minute une diffusion communautaire du match des Canadiens de Montréal, dans une salle de 4000 places, alors que les billets étaient déjà vendus, que l’autorisation de TVA Sports avait été obtenue et que les profits devaient aller à des organismes communautaires? Ça passe mal.

Et ce qui rend l’histoire encore plus gênante, c’est la raison invoquée : le fameux « territoire » des Sénateurs d’Ottawa.

En pleine frénésie des séries, pendant que tout le Québec respire au rythme des Canadiens de Montréal, une projection au Centre Slush Puppie de Gatineau a été annulée parce qu’on juge que l’événement tombait dans une zone d’influence des Sénateurs d’Ottawa.

Selon les règles de la LNH, chaque équipe possède un territoire exclusif d’environ 80 kilomètres autour de sa ville. Gatineau, coincée dans cette géographie particulière de l’Outaouais, tombe donc techniquement dans la cour des Sénateurs.

Le résultat est tellement triste. Des partisans frustrés. Des billets remboursés. Une initiative communautaire torpillée. Et un sentiment immense qu’on vient encore de dire aux fans du CH : « Pas ici. »

Pour plusieurs, ça ressemble à un "shadow ban déguisé des partisans montréalais.

Parce qu’on ne parle pas ici d’un événement commercial agressif visant à voler des revenus aux Sénateurs. On parle d’une projection collective organisée par les Grands Feux du Casino Lac-Leamy, le Festival Outaouais en fête et Vision Multisports Outaouais. Une soirée où les profits de billets à 13 dollars devaient être remis à des organismes communautaires.

Officiellement, personne ne veut pointer Ottawa du doigt. Le porte-parole des Sénateurs a insisté sur le fait que leur implication aurait été « très minime ».

Les organisateurs eux-mêmes ont choisi la prudence, expliquant vouloir continuer les discussions avec la LNH, TVA Sports et les Sénateurs afin qu’un futur événement puisse voir le jour.

Mais soyons sérieux deux minutes.

Quand une équipe possède un droit territorial et qu’un événement tombe précisément dans sa zone protégée, il devient difficile de croire qu’elle n’avait absolument rien à voir avec le dossier.

Depuis son arrivée à Ottawa, Michael Andlauer n’a jamais caché son intention de conquérir Gatineau.

Entraînement des Sénateurs au Centre Slush Puppie. Efforts marketing agressifs. Entente avec Hockey Outaouais pour rebaptiser les équipes AAA masculines sous la bannière des Sénateurs de l’Outaouais.

Chaque apparition publique du propriétaire insiste sur le marché « Ottawa-Gatineau », comme s’il cherchait constamment à redessiner la carte émotionnelle du hockey dans la région.

Et ça, à Montréal, plusieurs ne l’avalent pas. Gatineau a toujours été la part du gâteau de Molson, qui n'a jamais voulu partager.

Surtout quand on connaît l’historique entre Andlauer et Geoff Molson.

Il faut le rappeler : ces deux hommes ne s’aiment pas.

Surtout, ils ne se sont jamais vraiment aimés.

Andlauer l’a dit lui-même sans détour : « Geoff et moi, nous n’avons jamais été très proches. »

Pire encore, il a publiquement remis en question les compétences de Geoff Molson comme gestionnaire hockey.

« Je ne pense pas que ce soit un bon gestionnaire dans le monde du hockey. Je voulais qu’il nomme quelqu’un d’autre comme président des Canadiens. Souvent, je n’étais pas d’accord avec ses décisions. »

Ouch.

C’est un règlement de comptes public.

Et plusieurs ont vu derrière ces déclarations une vieille rancœur qui n’a jamais disparu.

Avant de devenir propriétaire des Sénateurs d’Ottawa en 2023, Andlauer était actionnaire minoritaire des Canadiens de Montréal pendant plus d’une décennie.

Il détenait environ 10 % du club, faisait partie du cercle rapproché de propriété et assistait aux décisions stratégiques les plus importantes de l’organisation.

Il n’était pas un investisseur silencieux. Il était impliqué, vocal et reconnu comme quelqu’un qui n’avait jamais peur de dire ce qu’il pensait, même quand ça dérangeait Geoff Molson.

Andlauer était aussi propriétaire des Bulldogs de Hamilton dans la Ligue américaine, le club-école des Canadiens pendant plusieurs années. Il travaillait donc directement avec l’organisation montréalaise au quotidien, voyait les espoirs passer, observait les décisions hockey de près et développait ses propres convictions sur la manière de gérer un club de la LNH.

C’est aussi ce qui rend les tensions entre les deux hommes si intenses aujourd’hui : Andlauer ne critique pas le Canadien de l’extérieur comme un rival ordinaire. Il critique une organisation qu’il connaît intimement, de l’intérieur.

Les relations entre les deux hommes ont toujours été tendues.. Andlauer a toujours remis en question les décisions de Geoff Molson, notamment la structure de pouvoir du CH, le maintien de Marc Bergevin trop longtemps et la façon dont l’organisation était dirigée.

Lui militait pour une structure plus traditionnelle, avec un vrai président hockey indépendant, pendant que Molson gardait le contrôle direct.

Andlauer avait poussé pour Patrick Roy comme coach dès 2012. Il voulait Julien BriseBois comme directeur général, Patrick Roy derrière le banc et non Marc Bergevin comme DG. Encore moins Michel Therrien comme coach.

Plus tard, au moment de la grande restructuration post-Marc Bergevin, il espérait encore voir Roy impliqué dans le projet montréalais.

Finalement?

Jeff Gorton est arrivé. Kent Hughes aussi. Martin St-Louis derrière le banc.

Et depuis, les tensions ont pris une autre dimension.

Alors quand un événement pro-Canadiens à Gatineau tombe mystérieusement à l’eau à cause d’une question territoriale liée aux Sénateurs, forcément, les soupçons explosent.

Encore plus quand tout ça touche des organismes communautaires.

Au fond, c’est peut-être ça qui dérange le plus dans toute cette histoire.

Le hockey est supposé rassembler.

Créer des souvenirs.

Faire vibrer une région entière.

Dans une région où une énorme partie de la population respire pour les Canadiens de Montréal.

Le timing est désastreux.

Tout ça pour un conflit entre deux hommes qui se détesteront... à vie...