Congédiement, divorce, pilules: le cauchemar de Jocelyn Lemieux à RDS

Congédiement, divorce, pilules: le cauchemar de Jocelyn Lemieux à RDS

David Garel
Le 2026-08-13

RDS coupe Jocelyn Lemieux au pire moment possible.

Ok, ça peut être expliqué par les chiffres, les budgets et la réalité économique d’un réseau de télévision.

Mais ça laisse un goût particulièrement amer.

Après 15 années à analyser les matchs des Sénateurs d’Ottawa à RDS, l’ancien joueur du Canadien ne sera pas de retour derrière le micro. Son poste disparaît dans le contexte des compressions et de la nouvelle répartition des matchs du Canadien, alors que RDS présentera seulement 45 rencontres régionales plutôt que les 60 qu’elle diffusait auparavant.

Lemieux l’a lui-même résumé avec une phrase qui en dit long :

« Je dois maintenant céder mon siège d’analyste des Sénateurs pour permettre aux analystes du Canadien d’avoir plus de temps d’antenne. » (voir la suite de l'article après son message):

Sur le plan strictement professionnel, RDS peut évidemment défendre sa décision. Moins de matchs signifie moins d’assignations, moins de contenu à produire et une pression supplémentaire sur le budget.

Le problème, c’est que derrière cette logique comptable, il y a un homme qui vient de traverser l’une des périodes les plus difficiles de sa vie. Et le moment choisi rend forcément cette histoire beaucoup plus triste.

Jocelyn Lemieux a perdu son frère Claude à la fin du mois de mai. Ce n’était pas simplement la perte d’un ancien joueur de la LNH ou d’une figure connue du hockey québécois. C’était la perte de son frère.

Enrico Ciccone a raconté à quel point Jocelyn était démoli lorsqu’il lui a parlé après la tragédie. Il a expliqué avoir immédiatement ressenti le besoin de l’appeler et a rapporté cette phrase de Lemieux :

« On va avoir besoin de beaucoup, beaucoup de support. »

Derrière toute la couverture médiatique du décès de Claude, il y avait donc une famille qui essayait simplement de comprendre comment continuer à avancer.

Et aujourd’hui, alors que Jocelyn traverse ce deuil, il apprend également qu’il doit céder son siège à RDS après 15 ans.

C’est difficile de ne pas ressentir une immense tristesse pour lui.

D’autant plus que son histoire personnelle est loin d’avoir été un long fleuve tranquille depuis qu’il a quitté la LNH. Lemieux a déjà raconté publiquement les années extrêmement difficiles qui ont suivi sa carrière de hockeyeur.

Après sa carrière dans la LNH, l’ancien attaquant du Canadien a traversé une période personnelle et financière extrêmement difficile. Il avait connu le hockey professionnel, les contrats, les voyages et la vie de joueur de la LNH. Puis, une fois la carrière terminée, son monde s’est progressivement écroulé.

Son mariage a notamment pris fin après que sa femme soit partie avec un autre homme. Lemieux avait lui-même raconté cette période avec une formule particulièrement douloureuse :

« Dans un sens, c’est comme si j’avais encore été échangé, mais là c’était ma femme qui m’échangeait. C’est un peu plus dur à prendre. »

Puis les problèmes financiers sont arrivés

Le divorce n’était toutefois qu’une partie du problème.

Lemieux a aussi été frappé de plein fouet par des difficultés financières. L’éclatement de la bulle technologique lui avait déjà fait perdre une partie importante de ses économies. Puis la crise financière de 2008 est venue empirer considérablement la situation.

Un investissement immobilier en Arizona, qu’il considérait comme une façon de retrouver une certaine stabilité financière, s’est également transformé en cauchemar.

À un moment donné, Lemieux s’est retrouvé dans une situation qu’un ancien joueur de la LNH aurait probablement eu beaucoup de difficulté à imaginer quelques années auparavant.

Il a raconté avoir dû expliquer à son fils, qui avait alors 12 ans, qu’il n’y avait pratiquement plus d’argent dans le compte bancaire.

Il restait moins de 10 $.

Et il n’y avait même plus de lait dans le réfrigérateur.

Ce n’était pas simplement une mauvaise période financière. Pour lui, c’était une véritable perte de contrôle sur sa vie.

« Ma façon de m’évader… »

C’est à partir de cette période que la situation est devenue encore plus inquiétante.

Lemieux a raconté qu’il cherchait une façon de ne plus penser à tout ce qui lui arrivait. Les problèmes financiers, la séparation, l’incertitude, la pression familiale : tout s’accumulait.

Et il s’est tourné vers les antidouleurs.

Sa propre description est particulièrement troublante :

« Ma façon de m’évader était de prendre une bonne quantité d’antidouleurs pour m’engourdir la tête un peu, pour arrêter de penser au cauchemar que je vivais. »

Ce n’était donc pas simplement une question de prendre des médicaments. Il expliquait clairement qu’il cherchait à s’anesthésier psychologiquement pour échapper à ce qu’il vivait.

Sa sœur Carole a d’ailleurs fini par remarquer que quelque chose n’allait vraiment pas.

Elle lui aurait dit :

« Il me semble que tu prends beaucoup de pilules. Avec de la boisson en plus. »

Cette intervention a été déterminante. Lemieux a éventuellement obtenu de l’aide, s’est retrouvé à l’hôpital et a entrepris une reconstruction complète de sa vie.

Il avait déjà dû tout recommencer

Lemieux est finalement revenu au Québec et a reconstruit sa vie autour de sa famille et de son rôle de père.

C’est important, parce que lorsqu’on regarde aujourd’hui son départ de RDS, on ne parle pas simplement d’un ancien hockeyeur qui perd une job d’analyste.

RDS était devenue une partie de cette nouvelle vie.

Pendant 15 ans, RDS lui avait offert cette stabilité et cette tribune.

Et maintenant, cette porte se ferme.

C’est le froid calcul du monde médiatique.

Et pourtant, humainement, ça fait mal.

Il y a quelque chose de profondément triste à voir un ancien joueur de la LNH qui a connu les grandes foules, les voyages, les vestiaires et les séries éliminatoires devoir maintenant annoncer publiquement qu’il n’a plus de siège derrière le micro.

Et dans son cas, la coïncidence avec le décès de son frère rend le tout encore plus difficile à encaisser.

Derrière le choix comptable, il y a un homme qui a déjà connu suffisamment de tempêtes personnelles pour remplir une vie.

Nos pensées sont avec lui et sa famille.