Le silence commence à faire mal.
Depuis le début des séries éliminatoires, un détail intrigue de plus en plus de téléspectateurs : où est passé Stéphane Auger?
L’ancien arbitre de la LNH, omniprésent à TVA Sports lorsqu’il faut commenter les décisions controversées en saison régulière, brille soudainement par son absence au moment où, ironiquement, son expertise devrait être la plus utile.
On va se le dire : les séries, c’est précisément le moment où les décisions arbitrales deviennent explosives, où chaque pénalité change une série, où le Québec au complet crie après l’écran.
Et pourtant, Stéphane Auger n’est plus là. Pas de longues analyses insupportables à écouter, pas de décorticage des coups douteux, pas de défense des officiels en plein prime time. Étrange coïncidence… ou choix calculé?
Il faut dire que le climat autour d’Auger était devenu extrêmement lourd. Depuis des mois, chaque présence à TVA Sports déclenchait une tempête sur les réseaux sociaux.
Les critiques revenaient toujours au même point : il prenait systématiquement le bord des arbitres. Peu importe la controverse, peu importe le jeu litigieux, l’impression dominante chez une partie du public était toujours la même : la conclusion était écrite d’avance.
Plusieurs internautes le caricaturaient comme quelqu’un qui attend simplement la décision officielle avant d’expliquer pourquoi elle était la bonne.
D’autres rappelaient ses fameux : « C’est difficile à dire » ou « attendons la décision des officiels », devenus des running gags.
La Presse nous apprend ce matin via un reportage sur les arbitres de la LNH que les hommes rayés gagnent une fortune.
Un arbitre commence sa carrière à 240 237 $ et atteint 562 552 $ après 18 ans d’expérience.
Un arbitre qui est sélectionné en séries éliminatoires gagne 31 000 $ par ronde éliminatoire.
Du côté des juges de ligne, on parle d'un salaire de 155 867 $ pour commencer sa carrière et 340 670 $ après 18 ans d'expérience.
Ouch. La frustration populaire devient encore plus vive.
Surtout quand on sait que Stéphane Auger lui-même a connu une longue carrière dans la ligue (plus de 500 matchs arbitrés) avant de quitter en 2012 au milieu de spéculations voulant qu’il ait été poussé vers la sortie.
Oui, la LNH a congédié Stéphane Auger... comme TVA l'a tassé devant tout le monde?
Il faut dire que Stéphane Auger traîne une réputation controversée depuis longtemps dans le monde du hockey. Son nom reste associé à l’une des histoires les plus explosives impliquant un arbitre dans l’ère moderne de la LNH : le conflit avec Alexandre Burrows en 2010.
À l’époque, l’attaquant des Canucks de Vancouver avait accusé publiquement Auger d’avoir voulu régler un compte personnel.
Selon Burrows, l’arbitre lui aurait lancé avant un match :
« Tu m’as fait mal paraître, je vais me reprendre ce soir. »
Quelques heures plus tard, Burrows écopait de plusieurs pénalités dans une défaite contre les Predators de Nashville. La LNH n’avait jamais sanctionné Auger, affirmant ne pas pouvoir confirmer les accusations, mais le malaise était immense.
Au point où les joueurs des Canucks avaient temporairement boycotté les entrevues avec Hockey Night in Canada après que Ron MacLean eut pris la défense d’Auger à la télévision nationale.
Mais ce ne serait pas la seule raison qui explique pourquoi il a été congédié par la LNH.
Officiellement, la Ligue nationale a parlé d’une retraite en 2012. Officieusement, les spéculations n’ont jamais cessé.
Auger n’était plus apprécié à l’interne après plusieurs controverses, incluant le dossier Burrows, mais aussi d’autres tensions médiatisées.
En 2011, des joueurs des Islanders de New York avaient même accusé Auger et son équipe d’officiels de favoriser les Devils du New Jersey dans une course aux séries, dénonçant des décisions arbitrales jugées incompréhensibles.
La LNH avait ouvert une révision du dossier. Rien n’a jamais été prouvé, mais encore une fois, le nom de Stéphane Auger se retrouvait au cœur du bruit... comme s'il avait été payé par l'organisation des Devils.
16 ans plus tard, voilà maintenant que celui qui défendait constamment les arbitres à la télévision a disparu du plus grand théâtre de l’année : les séries éliminatoires.
À TVA Sports, on a peut-être compris une chose : parfois, le silence fait moins de bruit qu’une autre controverse.
En séries éliminatoires, les arbitres sont évalués sans pitié.
Un officiel qui accumule les erreurs, qui rate des séquences importantes ou qui ne performe pas sous pression est tout simplement être retiré du portrait.
Les meilleurs avancent. Les autres regardent la suite à la maison. La LNH ne fait pas dans les sentiments : elle récompense la performance et coupe le bruit.
TVA Sports... veut imiter la LNH...
Pendant des mois, Stéphane Auger a expliqué, justifié, parfois même défendu les décisions des arbitres devant un public québécois de plus en plus exaspéré.
La province n'était plus capable de supporter un analyste incapable de remettre les officiels en question, toujours prêt à expliquer pourquoi l’arbitre avait vu juste.
Dans un monde où les arbitres eux-mêmes sont évalués match après match, ronde après ronde, peut-être que les analystes finissent eux aussi par être jugés par le seul tribunal qui compte vraiment : le public qui les écoute.
Ou qui finit par ne plus les écouter du tout.
