C'est fini pour Jonathan Drouin

C'est fini pour Jonathan Drouin

David Garel
Le 2026-09-11

Pauvre Jonathan Drouin. Il faut commencer par là, parce que derrière le joueur de hockey se trouve un homme qui a traversé énormément de choses et qui se retrouve aujourd’hui devant une réalité tellement difficile à accepter : à 31 ans, un ancien troisième choix au total qui possède encore du talent offensif n’a toujours pas de contrat dans la Ligue nationale.

Les camps approchent, les postes disponibles diminuent et, pendant que les autres joueurs se préparent à reprendre leur emploi, Drouin attend toujours le téléphone qui pourrait lui offrir une dernière chance.

Sauf qu’à mesure que les jours passent, cette chance ressemble de moins en moins à un véritable retour et de plus en plus à un essai professionnel, une invitation à démontrer qu’il mérite encore une place. Et franchement, ça sent la retraite à plein nez.

Un recruteur de l'est n'a pas été tendre: "C'est fini pour Jonathan Drouin".

C’est justement ce qui rend le texte de Mathias Brunet dans La Presse aussi cinglant. Brunet ne parle pas directement de Drouin dans le titre de son texte, mais il le ramène au cœur de sa réflexion lorsqu’il dénonce l’emballement autour de joueurs qui brillent dans des séances estivales ou des matchs simulés sans que cela signifie nécessairement qu’ils vont devenir soudainement les joueurs qu’on espérait.

Son exemple est Jesperi Kotkaniemi, mais il ramène immédiatement les souvenirs de Drouin et de Patrik Laine.

« On est souvent tombé dans le panneau à Montréal. Pendant plusieurs années au cours de cette même période, on a cru à la résurrection de Jonathan Drouin, puis de Patrik Laine. Ils se présentaient au complexe de Brossard bien bronzés, reposés, patinaient comme le vent devant des défenseurs bienveillants, et ils disaient avoir connu le meilleur été d’entraînement de leur carrière. »

Ouch.

Brunet met exactement le doigt sur le problème. Chaque été, le scénario recommençait. Drouin arrivait en forme. Drouin patinait bien. Drouin était souriant. Drouin connaissait supposément le meilleur été d’entraînement de sa vie. Puis le vrai hockey commençait et, quelques semaines plus tard, on retrouvait le même joueur qu’avant.

« Ils continuaient d’impressionner dans les matchs intraéquipes au camp d’entraînement, dans les rencontres préparatoires, la saison commençait, puis rien ne changeait, on retrouvait le Drouin et le Laine de février et mars de la saison précédente. »

C’est une phrase qui fait particulièrement mal lorsqu’on sait que sa carrière est... terminée...

Drouin est maintenant rendu exactement au moment où toutes ces belles promesses estivales ne peuvent plus rien changer. Il n’y a plus de temps à perdre. Il n’y a plus de nouvelle reconstruction personnelle à vendre. Il n’y a plus de « meilleur été de sa carrière » qui peut convaincre les 32 directeurs généraux de lui offrir un poste important.

Le talent, personne ne l’a jamais nié.

Le problème, c’est que le talent seul ne suffit plus.

Drouin a été le troisième choix du repêchage de 2013. Il devait devenir une vedette. Il devait être l’un des visages de la Ligue nationale.

Montréal l’avait acquis avec l’espoir de bâtir une partie de son attaque autour de lui. Colorado lui a donné une autre chance, notamment aux côtés de son grand ami Nathan MacKinnon. Long Island lui a ensuite offert une nouvelle porte lorsque Patrick Roy croyait pouvoir rallumer la flamme. Puis Saint-Louis a encore tenté le coup.

À chaque fois, on pouvait raconter une nouvelle histoire.

« Cette fois, ça va fonctionner. »

Et lorsque les Blues ont finalement décidé de racheter la dernière année de son contrat de quatre millions de dollars, le message est devenu beaucoup plus difficile à ignorer.

Une organisation préfère payer un joueur pour qu’il ne fasse plus partie de son équipe plutôt que de lui offrir une autre saison. C'est une condamnation définitive d’une carrière, et surtout, un signal extrêmement négatif envoyé au reste de la ligue.

Depuis, Drouin attend.

Et pendant qu’il attend, le marché continue de se fermer.

C’est ici que l’analyse de Brunet devient encore plus pertinente. Le journaliste explique que les amateurs et les médias doivent se méfier des conclusions tirées à partir de quelques bonnes présences estivales. Il cite même Arber Xhekaj pour illustrer jusqu’où peut aller l’emballement.

« Arber Xhekaj ne deviendra pas le prochain Sheldon Souray parce qu’il a marqué d’un tir foudroyant de la pointe un jeudi 3 septembre à 11 h 42. »

C’est exactement le même principe avec Drouin, mais dans l’autre direction : on ne peut pas non plus reconstruire une carrière entière à partir de quelques belles séquences. Et malheureusement pour lui, les directeurs généraux ne regardent plus seulement ce qu’il est capable de faire lorsqu’il est à son meilleur.

Ils regardent l’ensemble du dossier.

Et l’ensemble du dossier fait peur.

C’est peut-être pour cette raison que l’idée d’un essai professionnel est aussi crédible.

Mais toujours selon le même recruteur, Drouin aura beau obtenir un essai, il va encore se faire rejeter comme un moins que rien.

Il faut aussi penser à l’humain derrière tout ça. Drouin a déjà parlé publiquement de ses difficultés et de sa santé mentale. Il a vécu une immense pression à Montréal, sous les projecteurs, avec des attentes démesurées.

Au point de quitter l'équipe après un épisode grave où il allait tellement mal... qu'il a voulu se faire du mal...

Il a dû se reconstruire publiquement à plusieurs reprises. Il a changé d’environnement, changé d’équipe, changé de rôle, changé de façon de jouer.

Et aujourd’hui, il se retrouve encore à devoir convaincre... qu’il est toujours un joueur de la LNH.

À un certain moment, il faut peut-être se demander si la bonne décision pour Jonathan Drouin est réellement de s’acharner à rester dans la meilleure ligue du monde.

C'est fini dans la LNH, mais la retraite n’est pas nécessairement la seule alternative.

L’Europe existe.

Et elle pourrait même lui offrir quelque chose que la LNH ne lui garantit plus : la stabilité.

Regardez le cas de Jeff Skinner. Un joueur qui compte 379 buts et plus de 1100 matchs dans la LNH a lui aussi dû regarder ailleurs et a choisi de poursuivre sa carrière en Suisse.

Cela démontre à quel point le marché nord-américain peut devenir impitoyable pour les vétérans qui ne correspondent plus exactement aux besoins des équipes.

Drouin pourrait encore jouer au hockey à un très bon niveau en Europe. Il pourrait avoir un rôle offensif majeur. Il pourrait être une vedette. Il pourrait être accueilli dans une organisation qui veut réellement lui donner la rondelle et lui permettre de jouer son style.

Et surtout, il pourrait arrêter de vivre dans l’ombre du troisième choix de 2013.

Personne en Europe ne lui demanderait chaque semaine pourquoi il n’est pas devenu la vedette qu’on imaginait à 18 ans ou pourquoi il a connu des épisodes de dépression majeure.

Il pourrait simplement être Jonathan Drouin.

Un joueur de hockey, même s'il est un flop historique de la LNH.

Et si même cette porte européenne ne s’ouvre pas?

Alors il faudra enfin accepter ce que personne ne voulait entendre depuis quelques années.

Jonathan Drouin n’est plus un joueur de la LNH.

Parce qu’après toutes ces années ratées, après tous ces échecs, après tous ces nouveaux départs et toutes ces déceptions, le prochain chapitre de Jonathan Drouin ne devrait plus être une tentative de convaincre quelqu’un qu’il mérite encore d’être là.

Il devrait être une tentative de retrouver la paix.