Carey Price avait pourtant été clair : Montréal n’a jamais oublié Chris Kreider

Carey Price avait pourtant été clair : Montréal n’a jamais oublié Chris Kreider

André Soueidan
Le 2026-09-13

Carey Price avait pourtant tenté de calmer le jeu.

Plus d’une décennie après la collision qui a marqué sa carrière, l’ancien gardien du Canadien avait expliqué qu’il ne nourrissait aucune animosité envers Chris Kreider.

Aujourd’hui, l’attaquant américain porte le chandail de Montréal, et toute la ville se retrouve devant une situation pour le moins particulière… presque inconfortable.

La signature de Kreider, annoncée samedi, a été accueillie comme une excellente nouvelle sur le plan sportif.

Kent Hughes n’a cédé aucun choix au repêchage, aucun espoir et aucun joueur pour mettre la main sur un vétéran de 35 ans capable d’ajouter du poids, du leadership et une présence offensive au sein du top six.

Le contrat d’un an évalué à 2,15 millions de dollars représente une occasion difficile à refuser pour une équipe qui souhaite franchir une autre étape en séries.

Pourtant, depuis que la nouvelle est tombée, les discussions à Montréal tournent presque autant autour de Carey Price que de Chris Kreider.

Les médias ont rapidement ressorti la séquence de la finale de l’Est de 2014, lorsque Kreider, alors avec les Rangers de New York, avait percuté Price devant son filet au premier match de la série.

Le gardien avait subi une blessure au genou qui l’avait empêché de poursuivre la confrontation, remportée par New York en cinq rencontres.

Cette collision est devenue l’une des images les plus douloureuses de l’histoire récente du Canadien.

Dans l’esprit de plusieurs partisans, elle représente même le moment où la carrière de Price a commencé à prendre une direction différente.

Son genou n’a jamais complètement retrouvé sa forme, et les blessures ont fini par limiter l’un des meilleurs gardiens de sa génération. Kreider, lui, a continué sa route, marqué des buts, gagné en importance et bâti une longue carrière dans la LNH.

Mais Carey Price lui-même avait apporté une nuance importante à cette histoire.

Dans une entrevue accordée à The Gazette en janvier 2025, l’ancien gardien avait été questionné sur Kreider et sur la collision de 2014.

Price avait alors expliqué qu’il ne nourrissait aucune animosité envers l’attaquant.

« Je ne nourris aucune animosité envers lui », avait-il déclaré, avant de reconnaître qu’il s’agissait d’une séquence de hockey survenue à grande vitesse, dans un match de séries où chaque joueur fonce vers le filet avec une intensité particulière.

Price avait toutefois ajouté une phrase qui continue de résonner aujourd’hui :

« Je ne pense pas qu’il l’ait fait exprès, mais je ne pense pas non plus qu’il ait essayé de m’éviter. »

Difficile de faire plus clair sans tomber dans la rancune ouverte.

Price ne disait pas que Kreider avait volontairement détruit sa carrière, mais il ne prétendait pas non plus que l’attaquant avait tout fait pour éviter le contact.

Cette distinction est importante, surtout maintenant que Kreider s’amène à Montréal et que cette vieille histoire revient au premier plan.

Dans son article publié samedi, Stu Cowan rappelle justement cette déclaration de Price.

Le journaliste de The Gazette estime que les partisans montréalais devraient être capables de pardonner à Kreider, surtout lorsqu’on considère ce qu’il peut apporter au Canadien.

Sur le plan sportif, l’addition est difficile à critiquer : 22 buts et 50 points en 75 matchs la saison dernière, une imposante présence devant le filet et une expérience considérable des séries éliminatoires.

Au cours des cinq dernières saisons, Kreider a marqué 171 buts dans la LNH.

Ses 66 buts en avantage numérique durant cette période le placent parmi les joueurs les plus productifs du circuit dans cette facette du jeu.

Son leadership avec les Rangers, son gabarit de 6 pieds 3 pouces et sa capacité à déranger les gardiens peuvent donner au Canadien une dimension qui lui manquait.

Jeff Gorton connaissait déjà Kreider pour l’avoir côtoyé à New York. Martin St-Louis a été son coéquipier durant les deux dernières saisons de la carrière du futur membre du Temple de la renommée.

Jim Ramsay, thérapeute sportif du Canadien, entretient également une relation de longue date avec lui. Kreider n’a donc pas choisi Montréal au hasard.

C’est ici que le double standard devient intéressant.

Pendant des années, les partisans ont hué Kreider chaque fois qu’il revenait au Centre Bell.

Certains le considéraient comme l’ennemi public numéro un, un joueur associé à une blessure qui avait changé la trajectoire de leur idole.

Maintenant que le même homme arrive avec le Canadien, on demande à ces partisans de modifier leur perception presque instantanément.

Hier, Kreider était celui qu’on détestait.

Aujourd’hui, il doit devenir celui qu’on applaudit lorsqu’il marque un but important en avantage numérique ou qu’il se plante devant le filet en séries.

La mémoire collective du hockey fonctionne ainsi : elle peut être très sélective lorsqu’un joueur devient utile à notre équipe.

Certains lui pardonneront. D’autres ne seront jamais capables de le faire.

Plusieurs devront maintenant composer avec une drôle de contradiction : continuer de considérer Carey Price comme une légende intouchable tout en encourageant Chris Kreider, celui qui demeure associé à l’un des moments les plus pénibles de sa carrière.

Price avait tenté de calmer le jeu en 2025.

Montréal, elle, n’a jamais complètement tourné la page. Et maintenant, le Canadien demande à ses partisans d’aimer celui qu’ils ont longtemps détesté.

Ouch…