Zachary Bolduc n’est plus un projet. Il n’est plus un pari. Il n’est plus un passager sur le premier trio.
Il est devenu un joueur qui change des matchs, qui impose des chiffres, et qui oblige soudainement Kent Hughes à réévaluer son plan de route beaucoup plus vite que prévu.
Une autre soirée offensivement monstrueuse vient d’allumer toutes les lumières au rouge.
Un but, une passe, encore.
Quatre matchs, six points. Et surtout une impression : Bolduc commence à prendre exactement la place qu’on donnait automatiquement à Juraj Slavkovsky l’an dernier.
Les gestes parlent plus fort que sa voix, mais ses mots après le match en disent long.
On l’a senti calme, fier, mais lucide.
« Je veux juste aider l’équipe, jouer mon rôle, être constant. Les deux gars facilitent tout, alors je fais ma part », a-t-il lancé, sans forcer le ton, comme un joueur qui sait très bien que son jeu le porte.
Ce qui rend tout ça explosif, c’est le timing.
Bolduc arrive dans sa fenêtre contractuelle.
Agent libre avec compensation cet été. Âgé de 22 ans.
Le profil exact du joueur qui peut renverser la table si la production grimpe trop vite.
Et voilà qu’il sort de quatre matchs où il joue comme un choix top-5, sans avoir eu le statut qui vient avec.
Si on est dans le bureau de l’agent présentement, on n’est pas en train de parler d’un contrat minimum.
On est en train de sortir la comparaison avec Slavkovsky, de souligner les points, les minutes, les responsabilités, la contribution directe aux victoires, et de demander pourquoi l’écart salarial serait si grand entre deux joueurs d’impact sur le même trio.
Pendant ce temps, Bolduc, lui, joue comme quelqu’un qui veut montrer sa loyauté à l’équipe.
Son discours d’après-match ne ressemblait pas à celui d’un joueur qui cherche à se mettre sur un piédestal.
Au contraire. C’est presque ça le problème pour Kent Hughes : son comportement est humble, mais ses performances, elles, commencent à ressembler à celles d’un joueur qui se crée du levier contractuel à une vitesse affolante.
La pire équation possible pour un DG qui doit gérer un plafond salarial et une culture où tout le monde accepte une cote sur sa paye pour construire une vraie équipe gagnante.
La question est devenue immense.
Est-ce que Zachary Bolduc va adhérer à la philosophie de l’organisation, celle où tout le monde laisse un peu d’argent sur la table pour bâtir quelque chose de durable?
Ou est-ce qu’il va se regarder jouer présentement, voir les points s’accumuler, voir les comparaisons avec Slavkovsky devenir de plus en plus valides, et décider qu’un long terme à gros dollars est maintenant justifié?
Il joue sur le premier trio, il produit comme un premier trio, il finit les matchs comme un premier trio.
Un gars qui peut sortir de son banc, aller chercher un but, une passe, et influencer le résultat comme il vient encore de le faire à Vegas ne se vendra jamais au rabais sans réfléchir.
Et Kent Hughes le sait très bien.
La montée de Bolduc n’est pas un cadeau. C’est un ultimatum déguisé.
Ce n’est plus une discussion de développement. C’est un bras de fer de timing.
Le DG doit maintenant décider entre deux scénarios très différents : sécuriser un contrat pont immédiatement pour geler les chiffres avant l’explosion définitive, ou attendre l’été et se retrouver à négocier avec un joueur qui pourrait très bien frôler les statistiques d’un jeune ailier top-6 établi.
Dans le second scénario, le portefeuille va pleurer.
Zachary Bolduc est en train de changer son propre statut, et il le fait à travers son trio, sa constance, et cette sérénité étrange qu’on remarque dans ses réponses d’après-match.
Il ne joue pas comme quelqu’un qui tente de survivre. Il joue comme quelqu’un qui est exactement où il devait être depuis le jour un.
Et chaque fois que Suzuki le trouve sur la palette, chaque fois que Caufield attire une couverture et lui laisse un corridor, Bolduc transforme ces touches de rondelle en valeur contractuelle.
Le test de loyauté vient de commencer.
S’il accepte un contrat dans l’esprit de celui de Matheson, de celui de Caufield, de celui de Suzuki, il deviendra un pilier de la culture que Kent Hughes bâtit depuis quatre ans.
S’il décide de capitaliser sur sa production actuelle pour maximiser son salaire dès maintenant, personne ne pourra lui reprocher.
C’est la business.
Mais ça changera tout pour le Canadien, qui doit déjà gérer les prochaines extensions et la montée de Demidov dans l’équation salariale.
Une chose est certaine : à force de marquer, de faire marquer, de stabiliser un premier trio et de répondre après les matchs comme un gars qui sait qu’il fait partie de la solution, Zachary Bolduc a sorti Kent Hughes de sa zone de confort.
Le joueur est en train d’imposer sa valeur. L’organisation, elle, est maintenant forcée de trancher entre protéger sa culture ou protéger son portefeuille.
Et pour une fois, ce n’est pas une mauvaise nouvelle.
C’est simplement le prix à payer quand un jeune talent devient soudainement un vrai joueur d’impact.
AMEN
