Dimanche matin, 8h.
Pas 20h. Pas 19h30 un samedi soir au Centre Bell.
8h. Café, toasts, chandail du Canada… et pour certains, peut-être une bière.
La grande finale olympique entre le Canada et les États-Unis ne sera pas un match comme les autres.
C’est une confrontation politique autant que sportive. Une revanche. Une guerre de symboles. Un duel de fierté nationale.
Et pendant que les joueurs se préparent à Milan, ici, au pays, les gouvernements, eux aussi, envoient des messages.
En Ontario, Doug Ford n’a pas hésité.
Règle normale : pas d’alcool avant 9h le matin. Exception spéciale pour la finale : ouverture dès 6h.
Trois heures plus tôt que d’habitude. Deux heures complètes avant la mise au jeu.
Message clair : on capitalise sur l’événement.
On laisse les bars respirer. On laisse les restaurateurs encaisser. On laisse les partisans célébrer.
Au Québec?
Silence.
La règle demeure la même : vente permise à partir de 8h. Exactement à l’heure du coup d’envoi.
Donc oui, techniquement, rien n’empêche un verre au Québec. Mais concrètement, aucun pré-match. Aucune ambiance avant la rondelle. Aucun coup d’envoi festif organisé par l’État.
Pendant que Toronto pourra voir des partisans débarquer à 6h, s’installer, déjeuner, consommer, créer un climat de fête, Montréal, Québec, Sherbrooke et les autres villes devront attendre le début officiel du match pour servir le premier verre.
Et là, il faut le dire franchement : être au bar à 6h du matin avec une bière dans les mains, ça prend un fan passionné. Un vrai. Un irréductible.
Mais ces irréductibles existent.
Les mêmes qui remplissent les terrasses en février.
Les mêmes qui regardent les matchs juniors à 4h du matin. Les mêmes qui vivent et respirent hockey.
L’Ontario a choisi de leur ouvrir la porte.
Le Québec, non.
François Legault, depuis qu’il a annoncé qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat, reste discret.
Peu d’apparitions. Peu de gestes spectaculaires. Une présence mesurée.
Vendredi, après la victoire du Canada contre la Finlande, il a tweeté :
« Quelle victoire de l’équipe canadienne en hockey masculin contre la Finlande. Les 2 meilleurs joueurs au monde, McDavid et MacKinnon ont une fois de plus démontré tout leur talent et leur sang-froid. Bonne chance pour la finale! »
C’est propre. C’est poli. C’est protocolaire.
Mais rien sur l’économie. Rien sur les restaurateurs. Rien sur l’engouement populaire.
Et c’est là que le débat devient intéressant.
Parce que la question n’est pas de savoir si tout le monde va courir au bar à 6h. Ce n’est pas ça l’enjeu.
L’enjeu, c’est le symbole.
L’Ontario envoie le signal suivant : on veut que ça brasse. On veut que ça vive. On veut que ça consomme.
Le Québec envoie un autre signal : on ne bouge pas les règles pour un match.
Certains diront que c’est raisonnable. D’autres diront que c’est une occasion manquée.
Il ne faut pas se mentir : une finale Canada–États-Unis aux Jeux olympiques, ça n’arrive pas tous les ans.
C’est un moment historique. Un événement rassembleur. Une vitrine internationale.
Les bars vont être pleins. Les écrans géants vont rouler. Les brunchs vont exploser.
Mais il y aura toujours cette comparaison.
À Toronto, on pourra dire : “On était là dès 6h, l’ambiance était électrique.”
À Montréal, on dira : “On a commencé quand la game a commencé.”
Ce n’est pas dramatique. Mais ce n’est pas neutre non plus.
Surtout dans un contexte où l’économie de la restauration a été fragilisée ces dernières années.
Est-ce que ça va changer l’issue du match? Évidemment non.
Est-ce que ça va influencer des milliers de partisans? Peut-être.
Et surtout, est-ce que ça envoie un message sur la vision politique de part et d’autre de la frontière provinciale?
Absolument.
Dimanche matin, pendant que Connor McDavid, Nathan MacKinnon et peut-être Nick Suzuki tenteront d’écrire l’histoire, une autre petite bataille se jouera ici.
Celle de l’ambiance.
Celle de la culture du hockey.
On peut penser ce qu’on veut de boire une bière à 6h du matin. C’est intense. C’est marginal. C’est extrême.
Mais dans le sport, ce sont souvent les extrêmes qui créent les moments mémorables.
Et en laissant filer ces deux heures symboliques, Québec prend le pari que l’engouement sera suffisant sans intervention.
François Legault joue gros, non pas sur le plan électoral, mais sur le plan de l’image.
Parce que dans une province où le hockey est presque une religion, chaque détail compte.
Dimanche, la rondelle tombera à 8h.
Et quelque part, la comparaison avec l’Ontario tombera elle aussi.
Ouin...
