Il y a quelque chose de profondément inquiétant dans le silence prolongé du Canadien de Montréal autour de David Reinbacher.
À mesure que les jours passent, le flou s’épaissit, et l’excuse officielle selon laquelle on “veut simplement le ménager” commence à perdre toute crédibilité.
Ce qui ressemblait au départ à une précaution médicale raisonnable prend maintenant les allures d’une dissimulation maladroite, voire d’un problème bien plus grave qu’on ne veut admettre.
Même les observateurs les plus modérés commencent à perdre patience. Le très informé Marc-Olivier Beaudoin, qui adopte généralement un ton mesuré, a publié une remarque sarcastique qui résume parfaitement la frustration ambiante :
« Est-ce qu’on est supposé d’avoir une mise à jour dans le dossier Reinbacher bientôt ou on doit attendre à demain pour savoir s’il va manquer un troisième match consécutif plus d’un mois après son retour ? Il fait partie du protocole depuis le début. Je demande pour un ami. »
Ce ton ironique ne trompe personne. Même les voix les plus conciliantes ne croient plus à l’histoire. Parce que l’on ne parle plus d’un jeune homme qu’on veut protéger.
On parle maintenant d’un défenseur traité comme un joueur pré-retraité, comme si son genou appartenait à un homme de 37 ans et non à un athlète de 20 ans. On croirait entendre les derniers bulletins médicaux sur Shea Weber. C’est louche. Très louche.
Et pendant que le Canadien continue de noyer le poisson, le monde autour de David Reinbacher continue d’avancer à toute vitesse.
Comme si les comparaisons avec Matvei Michkov, qui enchaîne les performances étincelantes depuis le congédiement de John Tortorella, ne suffisaient pas, voilà que Ryan Leonard — un autre joueur que le Canadien convoitait sérieusement au repêchage 2023 — vient de signer son contrat d’entrée avec les Capitals de Washington.
Leonard, repêché huitième, juste derrière Michkov (7e) et trois rangs après Reinbacher (5e), était, selon plusieurs sources, dans la mire de Kent Hughes.
Le duel ne se jouait pas entre Michkov et Reinbacher, mais bien entre Leonard et Reinbacher. Et le Canadien a tranché en faveur du défenseur autrichien.
Aujourd’hui, Leonard est prêt pour la LNH, après avoir connu une saison dominante à Boston College, où il a été comparé à Brady Tkachuk pour son intensité, sa robustesse et son flair offensif.
Et pendant qu’il signe son contrat à Washington, prêt à sauter dans la mêlée avec les Capitals, Reinbacher est assis sur la galerie de presse à Laval, géré comme un patient post-opératoire fragile.
La réalité est cinglante : Kent Hughes et Jeff Gorton sont maintenant cernés par leurs propres décisions. D’un côté, Michkov est en train de se transformer en joueur de concession.
De l’autre, Ryan Leonard est prêt à faire ses débuts dans la LNH avec le feu dans les yeux. Et le choix de Reinbacher, censé représenter la prudence, l’équilibre, la sécurité, commence à ressembler à une erreur de casting monumentale.
La stratégie de gestion conservatrice ne fait plus illusion. Parce que même si on nous répète en boucle que “le genou est structurellement intact”, les faits parlent d’eux-mêmes : le joueur ne joue pas. Il n’enchaîne pas les matchs. Il est invisible. Et les partisans, eux, sont de moins en moins patients.
Le malaise s’installe. On commence à se demander si David Reinbacher va vraiment finir par se développer comme prévu, ou s’il ne deviendra pas un autre nom à ajouter à la longue liste des espoirs étouffés par le marché montréalais.
La gestion actuelle de la situation Reinbacher est un test de leadership pour Kent Hughes. S’obstiner dans un narratif de façade, tenter de calmer les esprits par des déclarations creuses et rassurantes, ne suffira plus. Les comparaisons avec Michkov et Leonard ne sont pas seulement inévitables : elles sont déjà omniprésentes.
Et si Reinbacher continue d’être traité comme un vétéran au bout du rouleau, pendant que les autres brillent, la pression populaire va devenir insoutenable.
La seule chose qui pourrait vraiment apaiser cette tempête? L’honnêteté. La transparence. L’humilité.
Qu’un jour, Kent Hughes ait le courage de dire : « Oui, on a peut-être mal évalué la situation. Oui, ça ne se passe pas comme prévu. Mais on assume. »
Ce jour-là, peut-être que les partisans seront prêts à passer à autre chose.
Mais tant que le silence, les demi-vérités et les comparaisons destructrices continueront de s’accumuler, le nom de David Reinbacher restera associé à l’un des plus grands points d’interrogation de l’ère Hughes-Gorton.
Et plus le temps passe, plus ce point d’interrogation prend la forme d’un aveu d’échec.
La réalité a rattrapé Kent Hughes, Jeff Gorton et Nick Bobrov, et elle est sans pitié. À force de vouloir jouer la prudence, ils se sont plantés.
Le nom de David Reinbacher, qui devait incarner la stabilité défensive, est désormais associé au regret. On ne parle plus seulement de sa blessure ou de son développement ralenti, mais d’un choix fait par défaut, dans un contexte de peur, dans une structure interne où les voix discordantes ont été étouffées pour préserver l’unité organisationnelle.
Kent Hughes, on le sait maintenant, connaissait intimement Ryan Leonard. Il avait vu son caractère, sa fougue, sa combativité, sa proximité naturelle avec Martin St-Louis.
Il savait que Leonard aurait été adoré à Montréal. Mais il a accepté de céder. Il a accepté que ses instincts soient supplantés par ceux de Bobrov, le "spécialiste des espoirs" qui s’est royalement trompé. Encore.
Ce qui rend la situation encore plus toxique, c’est le mutisme de l’organisation. On ne dit rien. On cache. On esquive. On protège un narratif qui ne tient plus la route, et chaque jour où le nom de Reinbacher est accompagné d’une mention "protocole", la colère des partisans monte d’un cran.
Les gens ne sont pas idiots. Ils savent lire entre les lignes. Et ils n’oublieront pas.
Il fallait frapper un coup de circuit. Le CH avait besoin d’un marqueur d’élite ou d’un leader émotif pour redéfinir son identité. Ils ont opté pour un joueur prudent, qu’on pensait solide, fiable, « safe ».
Et aujourd’hui, ce choix prudent est en train de devenir leur plus grand risque.
Ryan Leonard s’en va à Washington. Matvei Michkov brûle la LNH. David Reinbacher reste dans l’ombre.
Le passé ne peut pas être réécrit. Mais le futur, lui, dépendra de la capacité du trio dirigeant à regarder la vérité en face, à apprendre de leurs erreurs, et à cesser de protéger l’indéfendable.
Parce que le peuple du Québec, lui, n’oubliera jamais le top 5 de 2023.