Il fallait bien que ça arrive. Un soir de match contre les Hurricanes, alors que le retour au jeu de Kaiden Guhle était attendu comme une bonne nouvelle, Martin St-Louis a sorti la carte la plus facile de son paquet.
Plutôt que de trancher dans le vif, le coach du Canadien a préféré contourner l'évidence.
Résultat? On va jouer avec sept défenseurs. Et qui écope? Joshua Roy. Facile!
Mais la véritable histoire, ce n’est pas Roy. C’est ce que Martin St-Louis n’a pas fait. Ce qu’il a refusé d’assumer.
Ce qu’il a repoussé. Parce qu’à un moment donné, il va falloir qu’il tranche entre Arber Xhekaj et Jayden Struble.
Parce que faire du jonglage pour ne froisser personne, ça fonctionne un match ou deux. Mais à force de déplacer le problème plus loin, on finit par le faire exploser.
Et dans ce cas-ci, la bombe à retardement s’appelle Xhekaj.
Tout le monde dans le vestiaire le sait. Tout le monde sait qu'Arber Xhekaj, c'est une présence imposante.
Un gars que même les adversaires respectent. Juste son nom sur la feuille de match fait lever les sourcils. Quand il est là, on ose moins brasser le Canadien.
C'est un fait. Mais sur la glace? C'est autre chose.
Mardi contre les Flyers, il a passé 10 minutes sur la glace. Dix. Alors que Struble, lui, a joué près de 17 minutes, avec de la responsabilité, des missions clés, une vraie place dans la structure.
Martin St-Louis le sait. Il n’est pas aveugle. Il sait qu’Arber Xhekaj n’est pas le plus fiable en relance, qu’il peut être une machine à revirements sous pression.
Il sait que dans une équipe qui veut progresser, ce genre de défenseur peut vite devenir une ancre.
Mais il sait aussi que le sortir de l’alignement, c’est allumer une mèche. Parce que Xhekaj, c’est un chouchou des fans.
Un symbole. Un gars qui a mordu dans la LNH sans passer par le repêchage. Un "feel-good story" que personne ne veut voir éteinte.
Alors que fait Martin? Il ne tranche pas. Il temporise. Il joue avec sept défenseurs pour bénéficier de la présence de Guhle sans sortir personne.
Et il sacrifie Joshua Roy, un jeune attaquant en progression, qui ne mérite pas ça. Il fait le pari que personne ne remarquera. Mais on remarque.
Parce que c’est pas juste une question de minutes jouées. C’est une question de message. Et le message que Martin envoie, c’est que certains joueurs sont intouchables, peu importe leur rendement.
C’est que l’on peut être moyen sur la glace, mais tant qu'on a le bon aura, on reste habillé. Et ça, dans un vestiaire, ça finit toujours par grincer.
Ce qui est encore plus fascinant, c’est de voir comment cette dynamique entre St-Louis et Xhekaj a évolué.
Rappelle-toi, l’an dernier, quand Arber a été renvoyé à Laval. St-Louis avait justifié sa décision en disant que c’était pour "retrouver son jeu".
Mais ce n’était pas juste une décision hockey. C’était une décision de vestiaire.
Et ça, Martin St-Louis l’a appris à ses dépens.
Mais aujourd’hui, le coach semble coincé. Entre le respect du jeu et la gestion de l’humain. Entre l’objectivité et l’affectif.
Et le pire dans tout ça? C’est que ce n’est que le début. Parce que quand Guhle va être à 100%, tu ne peux pas continuer à jouer à sept défenseurs.
Tu vas devoir choisir. Struble ou Xhekaj. L’avenir ou le passé. Le jeu ou l’émotion.
Et si Martin continue à ne pas oser, c’est Kent Hughes qui devra intervenir.
Parce qu’à un moment donné, tu ne peux pas construire une culture sur du flou. Tu ne peux pas prêcher l’excellence et bâtir avec des compromis. Il faut assumer. Il faut décider.
Et pendant ce temps, Joshua Roy, lui, attend.
On lui préfère le confort d’un choix facile. C’est pas seulement injuste. C’est un aveu de faiblesse.
Alors ce soir, pendant que St-Louis jongle avec sept arrières et que le CH s’efforce de rester à flot, une chose est certaine : la bombe Xhekaj continue de tictaquer.
Et quand elle explosera, ce ne sera pas une surprise. Ce sera juste le résultat logique d’un coach qui n’a pas osé.
Misère ...