Il faut se rendre à l’évidence : on a assisté, sans même s’en rendre compte sur le coup, au dernier match d’Arber Xhekaj dans l’uniforme des Canadiens de Montréal.
Parce que pendant que lui disparaît tranquillement du décor, Jayden Struble est en train de prendre toute la place. Et pas à moitié.
À Nashville, dans une victoire convaincante où Montréal a imposé son rythme dès le départ, Struble a joué plus de 16 minutes à l’étranger, sans le dernier changement.
Ce n’est pas un détail. Pendant des mois, le sixième défenseur du Canadien survivait à peine avec huit, neuf, parfois cinq minutes quand c'était le pauvre shérif en uniforme.
Là, pour la première fois, les six défenseurs roulent vraiment. Le système tient. La structure tient. Et surtout, la confiance est là.
Au point où, dans le vestiaire, c’est lui qui reçoit la fourrure du joueur du match.
Deux points avant de se rendre en Caroline
— Canadiens Montréal (@CanadiensMTL) March 29, 2026
Taking two points to Carolina#GoHabsGo pic.twitter.com/cYQVIS8M1R
Et pendant ce temps-là?
Xhekaj est invisible.
Même pas dans la vidéo d’après-match. Même pas dans les images de célébration.
Et le public s'en contre-fiche.
Il y a quelque chose de frappant dans le silence actuel autour d’Arber Xhekaj. Il n’y a pas si longtemps, chaque décision de Martin St-Louis déclenchait une tempête dès que le “Shérif” était laissé de côté.
Le Québec montait aux barricades, les réseaux sociaux s’enflammaient, les lignes ouvertes débordaient. Aujourd’hui, plus rien.
On ne débat plus de son absence, on ne réclame plus son retour, on ne s’indigne plus. On passe à autre chose. Et dans un marché comme Montréal, ça brise ton coeur.
Ça veut dire que l’émotion est retombée, que l’attachement s’est effondré, que le lien s’est brisé. Le joueur qui était devenu un symbole populaire est tranquillement en train de devenir un souvenir.
Même dans les images d’équipe, le changement est visible. Les vidéos d’après-match, les célébrations, les moments de vestiaire… Xhekaj est pratiquement absent du décor.
Il est peut-être là physiquement, mais médiatiquement, il n’existe plus. Et dans une organisation comme les Canadiens de Montréal, où chaque détail est capté, partagé et amplifié, ce genre d’absence ne passe pas inaperçu.
C'est comme s’il était déjà en dehors du groupe, déjà en dehors de cette dynamique qui est en train de se bâtir sans lui. Et ça, c’est peut-être le signal le plus fort de tous.
Parce que le plus frappant, ce n’est même pas ce que fait Struble.
C’est la réaction autour.
Le vestiaire ne bronche plus. Les partisans ne crient plus à l’injustice. Les médias ne montent plus aux barricades. Il y a quelques mois à peine, chaque absence de Xhekaj déclenchait une tempête. Aujourd’hui, c’est le silence.
Le Québec est passé à autre chose.
Et ça, ça veut dire que Martin St-Louis a gagné la bataille la plus importante : celle de l’opinion publique. Il a imposé sa vision. Une équipe structurée, disciplinée, capable de gagner sans son “shérif”.
Même dans un match physique, même dans un environnement hostile, même sans lui.
Et pendant que cette réalité s’installe, une autre devient de plus en plus claire : s’il y a une blessure à la ligne bleue, rien ne garantit que Xhekaj sera le premier rappelé. On parle déjà de solutions internes comme Adam Engström, signe que la hiérarchie a complètement changé.
Xhekaj est passé de symbole… à option indésirable.
À partir de là, la suite s’écrit presque toute seule.
Agent libre avec compensation cet été. Déjà dans les rumeurs de transaction. Des équipes comme les Flyers de Philadelphie et les Blackhawks de Chicago qui gardent un œil sur lui. Et un Canadien qui, visiblement, ne le voit plus comme une pièce essentielle de son futur.
La seule porte qui reste ouverte?
Un retour en fin de saison, dans des matchs sans enjeu, pour reposer des réguliers.
Un “bonbon”.
Mais pour un joueur qui était encore récemment l’un des visages les plus populaires de l’équipe, la chute est brutale.
Et elle est maintenant complète.
Le shérif ne fait plus peur à personne.
Pire encore : il ne manque plus à personne.
Et avec cette disparition vient une autre réalité : on n’entend plus parler du “Shérif”. Plus de slogans. Plus de campagnes. Plus de buzz autour de son image.
Le burger, les commandites, les photos, tout ça faisait partie d’une époque où Xhekaj dépassait le cadre du hockey pour devenir une figure culturelle à Montréal.
Aujourd’hui, tout est retombé. Même ses habitudes alimentaires, qui avaient fait jaser, sa diète extrême, ses repas spectaculaires, cette image presque caricaturale de machine physique, ne font plus vibrer personne. Ce qui fascinait est devenu secondaire.
Et au cœur de tout ça, il y a une réalité qui n’a jamais changé : le malaise avec Martin St-Louis. Le coach n’a jamais adhéré à cette image de joueur plus grand que le vestiaire, à cette attention médiatique qui débordait du cadre du jeu.
Le fameux épisode du burger avait laissé des traces, tout comme tout ce qui tournait autour du branding personnel de Xhekaj.
St-Louis a toujours voulu une équipe uniforme, disciplinée, centrée sur le collectif. Et chaque fois que Xhekaj attirait les projecteurs pour autre chose que son jeu, ça créait une fracture. Aujourd’hui, cette fracture ne fait plus de bruit. Elle est simplement devenue… définitive.
Ce qui rend la situation encore plus frappante, c’est que Xhekaj n’a pas changé fondamentalement comme individu. Il s’entraîne, il travaille, il reste discret.
Mais autour de lui, tout a changé. Le regard des partisans. La place dans le vestiaire. La perception médiatique. Le timing aussi. Parce qu’au moment où l’équipe gagne, où le système fonctionne, où d’autres prennent les minutes… son absence ne dérange plus.
Et dans la LNH, c’est souvent là que tout se joue : quand tu ne manques plus à personne, tu es déjà sur le point de partir.
