Tristesse au Québec: la fin du hockey en français annoncée

Tristesse au Québec: la fin du hockey en français annoncée

Par David Garel le 2025-04-02

C’est un cri du cœur venu d’une légende des médias québécois. Une voix grave, posée, mais profondément inquiète. Guy Fournier, l’un des penseurs les plus respectés de la télévision francophone au Québec, a lancé une bombe dans le Journal de Montréal.

Une bombe qui résonne comme une sirène d’alarme : le hockey en français pourrait tout simplement disparaître de nos écrans.

Et si ce cauchemar devenait réalité?

Alors que la LNH vient de parapher une entente astronomique de 11 milliards de dollars canadiens avec Rogers pour les 12 prochaines saisons, une question terrible s’impose : y aura-t-il encore du hockey en français à la télévision d’ici 2026? 

Car ce nouveau contrat monumental, exclusivement entre Rogers et la LNH, ne laisse aucune place claire pour un diffuseur francophone. Aucun nom. Aucune sous-licence. Aucune promesse.

C’est là que le couperet tombe.

Guy Fournier, avec toute sa sagesse, voit au-delà des chiffres. Il pose la question que tout le monde évite : à quoi bon faire du hockey le sport national du Québec à l’Assemblée nationale si on ne peut même plus l’écouter en français chez soi?

L’enterrement d’un rêve québécois.

En 2013, Québecor avait investi 720 millions $ pour offrir aux Québécois du hockey en français, dans l’espoir d’un retour des Nordiques et d’un CH compétitif.

L’aventure s’est transformée en gouffre financier, avec des pertes évaluées à près de 200 à 300 millions de dollars en onze ans. Et aujourd’hui, TVA Sports ne serait même plus en discussion pour la moindre sous-licence.

RDS, de son côté, ne roule pas sur l’or. Imaginer Bell doubler ce qu’elle paie déjà pour ses 60 matchs régionaux du CH semble irréaliste. Quant à Québecor, penser qu’elle pourrait mettre 1,5 milliard $ sur la table relève de la folie.

Et pourtant, c’est le prix à payer désormais. Un prix que Gary Bettman n’a aucun remords à exiger, même s’il piétine la culture francophone.

Le français? Un détail pour Rogers.

Fournier le rappelle avec justesse : ni Gary Bettman, ni Tony Staffieri, le PDG de Rogers, ne se préoccupent du fait français. Ce sont des gestionnaires, des comptables. Ils voient des chiffres, pas des traditions. Ils entendent des dividendes, pas des accents.

Rogers a déjà cédé le hockey du lundi soir à Amazon. Qui dit que les prochains droits ne seront pas vendus à Apple TV? Ou à Disney+?

Ces plateformes se moquent bien de la langue. Et quand le hockey tombera entre les mains du streaming, ce sera la fin de toute protection culturelle.

On aura du hockey…sans les envolées de Pierre Houde, sans les analyses de Marc Denis. Juste un flux vidéo. Froid. Anglais. Mondialisé.

Et pendant ce temps, TVA Sports agonise.

Ce que dit Guy Fournier, c’est qu’il ne reste plus de solution. TVA Sports est sur respirateur artificiel.. Ses employés vivent dans l’angoisse. La Presse le confirmait cette semaine : un conseiller de la Banque Nationale a même laissé entendre que TVA n’arriverait pas à payer pour quelques matchs du CH dès 2026.

C’est la fin d’un chapitre. Une lente agonie.

Et que dire du silence de Québecor? De Pierre Karl Péladeau, qui a tant donné pour garder en vie cette vitrine francophone? Lui qui voyait TVA Sports comme un pilier de la fierté québécoise se retrouve aujourd’hui à contempler l’effondrement d’un rêve national.

Guy Fournier ne fait pas que tirer la sonnette d’alarme. Il annonce la mort imminente d’un pan de notre culture collective. 

La fin d’un rendez-vous qui rassemblait les familles, les amis, les générations. Ce n’est pas une exagération : c’est le cœur même de notre identité qui est menacé.

Le sport, c’est plus qu’un jeu. C’est un langage. Et ce langage, c’est le français. Si on ne peut plus raconter nos matchs dans notre langue, alors on n’assiste pas seulement à la fin du hockey télévisé… on assiste à la marginalisation d’une culture.

Et le plus tragique, c’est que cela se fait sans bruit. Pas de mobilisation. Pas de protestation. Juste un soupir résigné.

Une tragédie québécoise.

En terminant, on ne peut que reprendre les mots silencieux de Guy Fournier : « le français n’est pas une préoccupation pour Gary Bettman ». Et c’est précisément ce qui fait le plus mal.

Le combat est peut-être perdu d’avance. Mais il mérite d’être mené.

Car si on accepte que le hockey quitte nos écrans francophones, qu’acceptera-t-on de perdre ensuite?

La culture québécoise mérite mieux qu’un simple sous-titre. Elle mérite une voix. Une langue. Une émotion. Une passion.

Et aujourd’hui, cette voix… elle est en train de s’éteindre.

Derrière cette guerre froide entre Rogers, la LNH et les diffuseurs québécois, il y a des visages. Des familles. Des employés. Et ce sont eux qui encaissent les coups les plus durs.

Ils y croyaient. Ils se sont battus. Ils ont tout donné. Et aujourd’hui, ils se sentent abandonnés.

Alors que Rogers triomphe et que Gary Bettman signe des chèques en milliards, le Québec francophone pleure en silence la disparition annoncée de son hockey national.

RDS hésite. TVA s’écroule. Les plateformes de streaming s’en moquent. Et le français? Il se dissout dans les tableaux Excel de Toronto et de New York.

Le sport national du Québec, déclaré par l’Assemblée nationale elle-même, est en train d’être confisqué à ceux qui l’aiment le plus.

Le hockey en français n’est pas mort d’un coup sec. Il a été étranglé, lentement, par la logique du profit.

Et ce jour, le 3 avril 2025, restera peut-être dans l’histoire comme celui où le Québec a perdu la voix de son sport le plus sacré.

Nos pensées vont aux employés. À ceux qui y ont cru. À ceux qui ont tenu bon.

Mais surtout, à ceux qui comprennent qu’un peuple qui ne peut plus raconter ses passions dans sa propre langue… est un peuple qu’on réduit au silence.

Prions pour que Guy Fournier se trompe...