Transaction Montréal-Vancouver: Zachary Bolduc s'enlise

Transaction Montréal-Vancouver: Zachary Bolduc s'enlise

Par David Garel le 2026-01-08

Encore une victoire convaincante du Canadiens de Montréal, encore une démonstration d’une équipe qui joue le meilleur hockey de sa saison… et encore un match où Zachary Bolduc passe complètement à côté.

Pendant que le Centre Bell vibrait et que le CH confirmait son statut d’équipe de l’heure avec un gain important contre les Florida Panthers, Bolduc, lui, s’est effacé du décor au point de devenir un problème impossible à ignorer : 11 minutes 38 secondes de jeu, un seul tir au but, une seule mise en échec en fin de match. comme une tâche cochée à contrecœur...

Une invisibilité totale dans un contexte où Phillip Danault a joué 17:23 et Brendan Gallagher 13:43 (ses partenaires de trio), signe évident que l’entraîneur ne lui fait tout simplement plus confiance quand le match se joue pour vrai.

Et ce n’est pas un hasard : Martin St-Louis a été clair dans ses messages depuis des semaines, exigeant de Bolduc qu’il s’impose physiquement, qu’il frappe, qu’il dérange, qu’il existe sans la rondelle.

Or il ne fait rien de tout ça, comme si le jeu lui glissait entre les doigts. Quand un coach te dit que tant que tu ne seras pas fâché, tant que tu ne joueras pas avec une certaine rage, tu ne joueras pas davantage, et que tu réponds par un match fantôme, ce n’est jamais bon signe pour la suite.

Ce que Bolduc commence à comprendre, parfois brutalement, c’est ce que signifie réellement porter le chandail du Canadien : la pression n’attend pas la production, elle frappe avant même que le joueur ait trouvé ses repères.

À peine arrivé à Montréal, encore en pleine adaptation au système de St-Louis, encore balancé d’un rôle à l’autre selon les besoins du soir, voilà qu’il découvre l’autre facette du marché : celle des rumeurs qui collent à la peau.

Quand le journaliste Rick Dhaliwal prononce ton nom à l’antenne à Vancouver:

« Les Canucks pourraient-ils cibler un jeune comme Zach Bolduc ? »

Ce n’est pas une phrase lancée au hasard. C’est le début d’un engrenage. Et quand TVA Sports embarque à son tour dans la discussion, le message est clair : le doute s’installe publiquement autour de toi, avant même que tu aies eu une vraie chance de t’imposer.

Les Canucks n’ont d’ailleurs rien improvisé. Ils ont envoyé deux recruteurs observer le Canadien, puis le recruteur professionnel Lou Crawford est revenu le lendemain pour un autre match… celui où Bolduc... continue de choker.

Ce n’est plus une rumeur qui flotte : c’est un dossier évalué, disséqué, discuté en coulisses. Vancouver cherche un joueur NHL-ready, capable d’entrer dans l’alignement dès demain matin, et Bolduc coche plusieurs cases : expérience dans l’Ouest, polyvalence, marge de progression réelle, et surtout un profil capable de remplacer éventuellement Kiefer Sherwood si ce dernier quitte.

Mais la réalité montréalaise est autrement plus complexe. Oui, le Canadien aime Sherwood. Oui, Kent Hughes est agressif dans ce dossier et prêt, selon Pierre LeBrun, à mettre sur la table un choix élevé au repêchage accompagné d’un défenseur gaucher pour ajouter de la robustesse, de l’intensité et un joueur capable de marquer à coût raisonnable.

Mais non, sacrifier un jeune Québécois de 22 ans, repêché haut, pour un joueur en location de 30 ans, agent libre dans quelques mois, irait à l’encontre de l’ADN même de la reconstruction.

Kent Hughes va-t-il proposer Jayden Struble combiné à un choix de 2e ronde? Ce sera loin d'être assez pour Sherwood.

Surtout que si Sherwood quitte, il faut remplacer sa robustesse. Et dans la LNH actuelle, peu de jeunes défenseurs incarnent cette dimension aussi clairement que Xhekaj.

Le surnom de Shérif n’est pas un gadget marketing : il impose le respect. Le problème, c’est que Montréal, émotionnellement, n’est pas Vancouver. X

hekaj est aimé, protégé, symbolique. Il rassure les jeunes, il sécurise le vestiaire, il fait partie de l’identité en construction. Xhekaj n'ira pas à Vancouver. Trop aimé chez le public. Trop aimé dans la chambre.

Pendant ce temps, Bolduc n’a rien demandé à personne. Il se retrouve pourtant à jouer sous le regard insistant d’une autre équipe, tout en sentant qu’il n’a aucune stabilité promise à Montréal, coaché par un entraîneur qui, visiblement, ne croit plus vraiment en lui dans les moments qui comptent.

À chaque présence, il joue avec la peur de donner raison à ceux qui le voient déjà ailleurs. À chaque mise en jeu, il doit prouver qu’il n’est pas qu’une monnaie d’échange. C’est le pire endroit où être pour un jeune joueur : trop bon pour être ignoré, pas assez établi pour être protégé.

L’équation est pourtant simple, et cruelle : soit le Canadien sacrifie Bolduc, soit il sacrifie un choix de 1re ronde protégé, soit un choix de 2e ronde accompagné d’un jeune défenseur gaucher entre Struble ou Engström.

Hughes, lui, préférerait clairement la 3e option avec Struble au lieu d'Engström, quitte à ajouter un espoir comme Owen Beck, mais ce ne sera pas assez.

Et au milieu de ce bras de fer, Bolduc sert d’écran de fumée public, de nom qu’on lance pour créer de la pression, tester la réaction de Montréal, étirer le marché.

Mais Bolduc ne sera probablement pas cette pièce-là. Trop jeune. Trop tôt. Et surtout, trop symbolique dans un marché où échanger un Québécois sans lui avoir réellement donné sa chance, deviendrait un scandale instantané.

La vérité, c’est que Bolduc paie aujourd’hui le prix de sa jeunesse dans un marché impitoyable : il n’est pas responsable des rumeurs, mais il est celui qu’elles frappent en premier.

Et pendant qu’il se bat pour jouer dix-onze minutes par match, il doit apprendre à survivre dans une tempête qui ne lui appartient pas.

C’est ça, Montréal. Un endroit où tu dois prouver que tu mérites de rester, pendant que ton nom circule dans des bureaux à des milliers de kilomètres.

Et dans cette histoire-là, une chose est claire : le Canadien est prêt à payer pour s’améliorer… mais pas à se trahir.