Kent Hughes n’a pas eu besoin d’annoncer quoi que ce soit pour que le message passe. Sa conférence de presse de mi-saison, posée, confiante, presque sereine, racontait déjà l’essentiel : le Canadien de Montréal n’est plus en train de chercher désespérément son deuxième centre. Il est rendu ailleurs.
Et cet « ailleurs » s’appelle un ailier capable de compléter Nick Suzuki et Cole Caufield.
Quand un directeur général affirme, sans détour, que son équipe est « probablement en avance sur l’échéancier », qu’il souligne la stabilité d’un deuxième trio (Slafkovsky-Kapanen-Demidov) devenu moteur offensif et qu’il insiste sur la profondeur organisationnelle qui permet d’être patient avec Kirby Dach et Kaiden Guhle, il trace lui-même les contours de son prochain mouvement. Ce n’est plus une question de combler un trou béant au centre, mais d’optimiser une structure qui fonctionne déjà.
La transformation du trio Slafkovský-Demidov-Kapanen a changé la donne. Juraj Slafkovský n’est plus un projet en devenir qui a besoin d’un centre pour le porter : il est devenu le moteur d’une unité complète.
Ivan Demidov fait exactement ce qu’on attendait de lui, et Oliver Kapanen, que peu de gens voyaient à ce niveau aussi rapidement, est maintenant l’un des meilleurs pointeurs recrues du circuit. Cette réalité oblige Hughes à réévaluer ses priorités, et surtout à ne pas casser ce qui fonctionne.
Le problème, ou plutôt le luxe, se situe maintenant ailleurs. Le premier trio, celui de Suzuki et Caufield, n’a jamais cessé de produire, mais il manque encore cette pièce qui transforme une bonne ligne en ligne dominante, capable d’imposer le tempo contre les meilleurs trios adverses soir après soir.
Zachary Bolduc a eu sa chance, Alexandre Texier aura la sienne, mais Hughes sait très bien qu’à long terme, ce rôle exige un joueur établi, fiable, capable d’encaisser les minutes difficiles, de jouer dans le trafic et de ne pas disparaître quand l’espace se resserre.
C’est là que le nom de Jared McCann revient sans cesse dans les discussions internes de la ligue. McCann coche pratiquement toutes les cases que le Canadien recherche en ce moment.
Il est rapide, il est intelligent, il peut marquer, il peut jouer à gauche comme à droite, et surtout, il n’a pas besoin d’un environnement parfait pour produire. Il est exactement ce type d’ailier top-6 qui élève un centre plutôt que de dépendre de lui.
Le contexte joue aussi en faveur de Montréal. Seattle est une organisation encore en construction, coincée entre deux phases, avec des décisions à prendre sur l’identité réelle de son noyau.
McCann n’est pas intouchable. Il est précieux, oui, mais pas sacré. Et contrairement à la chasse aux centres, où chaque équipe se cramponne à ses pièces maîtresses, le marché des ailiers est plus ouvert, plus flexible, surtout quand une formation possède, comme le Canadien, une banque d’espoirs et de choix qui permet de négocier sans se vider de son futur.
Kent Hughes l’a dit à demi-mot : il ne veut pas sacrifier un jeune simplement pour accélérer artificiellement le processus.
Mais il sait aussi qu’à un certain point, bâtir une équipe de hockey passe par des décisions courageuses. L’équilibre entre laisser éclore les jeunes et aller chercher la pièce manquante est délicat, et c’est précisément ce qui rend ce moment fascinant à Montréal.
Aller chercher un ailier comme McCann ne contredirait en rien la philosophie de reconstruction. Au contraire. Ce serait une façon d’accompagner Suzuki et Caufield dans leur prime, tout en laissant le temps à Dach, à Kapanen, à Demidov et aux autres de se développer sans pression irréaliste.
Dans les discussions qui circulent présentement autour de Jared McCann, il n’y a essentiellement que deux avenues réalistes : soit le Canadien paie en défense, soit il paie du côté offensif... soit les deux...
Chez le Kraken, on cherche à racheter de la robustesse et de la mobilité à la ligne bleue, et c’est pour ça que le nom d'Arber Xhekaj et Jayden Struble reviennent constamment dans les conversations, accompagné d’un choix élevé au repêchage sans toucher aux intouchables offensifs comme Hage, Zharovsky et Reinbacher.
Le choix du Kraken serait clair entre Arber Xhekaj et Jayden Struble : Seattle préférerait Xhekaj, point final, parce qu’il peut changer le ton d’un match dès sa première présence, qu'il est l'un des meilleurs bagarreurs de la LNH et qu'il a un pouvoir marketing puissant, là où Struble reste un défenseur utile mais sans identité marquée ni impact émotionnel.
Ce qui explique pourquoi, dans une transaction structurée autour de McCann, Xhekaj devient la pièce centrale que Montréal peut sacrifier avec beaucoup plus de valeur que Struble, surtout dans un contexte où sa relation avec Martin St-Louis est déjà brisée.
L’autre option, plus risquée et moins avancée, passe par Kirby Dach et un choix élevé au repêchage, un gamble assumé par le Kraken sur un talent fragile physiquement.
Ce serait aussi un message clair au vestiaire : le Canadien croit en ce groupe, et il est prêt à l’aider intelligemment... en écartant ceux qui ralentissent le groupe (Dach).
La conférence de presse de Hughes n’était pas une promesse. C’était une lecture de situation. Et cette lecture mène à une conclusion de plus en plus évidente : le prochain gros dossier du Canadien n’est pas au centre.
Il est à l’aile. Et dans ce marché-là, Jared McCann apparaît comme l’option la plus logique, la plus réaliste… et peut-être la plus dangereuse pour les adversaires si Montréal décide de passer à l’action.
