À travers tout cela, un élément commence à s’imposer avec une brutalité presque cruelle : la valeur de Jakub Dobeš sur le marché des transactions est catastrophiquement basse.
Ce n’est plus une opinion, ce n’est plus un murmure, ce n’est plus une rumeur sortie d’un forum obscur. C’est maintenant répété par les informateurs crédibles, les journalistes établis, les dépisteurs anonymes qui parlent sous le couvert du secret, et même par Mathias Brunet qui, dans un rare moment de franchise publique, a écrit noir sur blanc : « Dobeš n’a pas une énorme valeur. »
Cette phrase, à elle seule, résume exactement pourquoi le Canadien ne reçoit aucun retour intéressant quand son nom circule. Dans une ligue où le moindre gardien prometteur attire toujours un club désespéré, l’absence totale de marché pour Dobeš en dit tellement plus que n’importe quelle statistique.
Le CH rêvait d’un scénario plus doux : faire croire qu’il avait trois gardiens valables, créer une forme de compétition interne, laisser Dobeš voler un match ou deux pour raviver sa valeur, puis l’inclure dans une transaction pour un choix ou dans un package dea) pour obtenir ce que Kent Hughes cherche depuis deux ans : un vétéran défenseur droitier ou un ailier de puissance (Kiefer Sherwood, Blake Coleman) capable de jouer un hockey de séries. Rien de plus, rien de moins.
Le problème est que ni les Flames, ni les Canucks ne sont à la recherche d'un gardien.
Mais ce plan ne peut fonctionner que si l’un des trois gardiens donne l’illusion qu’il vaut quelque chose. Or, Dobeš traverse la pire séquence possible pour quelqu’un qui espère être échangé : un seul départ depuis le 21 décembre, un match catastrophique en Caroline, cinq buts accordés sur 25 tirs, un style qui déraille, une perception qu’il « nage » dans son demi-cercle, et des vidéos virales de séquences où il perd complètement ses repères. Le marché n’est pas aveugle : il regarde, il évalue, puis il tourne la page.
Pendant ce temps, Samuel Montembeault, lui, voit sa valeur augmenter. Son contrat de 3,15 M$ jusqu’en 2027 fait de lui un gardien établi, fiable, stable, ce que plusieurs équipes recherchent au moment même où New York, la Caroline ou même l’Utah cherchent désespérément à solidifier leur filet.
Il n’est pas parfait, mais il vaut quelque chose, il attire des coups de fil, il fait partie des discussions. Dobeš, lui, est devenu une option secondaire, un pari, un ticket de loterie… pas une pièce principale.
Et c’est là que la réalité frappe encore plus durement : le seul avantage que Dobeš possède aujourd’hui, ce n’est pas sa technique, ni sa constance, ni son potentiel… c’est le fait qu’il peut retourner à Laval sans passer par le ballottage.
Ce détail administratif, anodin en apparence, vient de sceller son destin. Le Canadien peut protéger son actif sans le perdre gratuitement. Montréal peut éviter qu’il se fasse ramasser ailleurs. Et surtout, l’organisation peut arrêter de se mentir : son avenir immédiat n’est pas dans la LNH.
Il y a un paradoxe étrange dans tout ça. Bien que ce scénario soit brutal, il n’est pas entièrement cruel. Laval sera probablement la meilleure chose qui puisse lui arriver.
Il sera payé la même chose que dans la LNH (1 030 000 $ cette saison, 900 000 $ l’an prochain), il aura du volume, des départs, du temps de glace, la chance de se reconstruire loin des projecteurs, loin des moqueries, loin des comparaisons avec Fowler, loin des attentes impossibles de Montréal.
On oublie trop souvent qu’il y a à peine quelques mois, Dobeš et le CH ont traversé une négociation tendue : Kent Hughes ne voulait pas lui donner un contrat entièrement garanti LNH, il a résisté, insisté, tenté d’offrir un modèle partiellement protégé.
Finalement, Dobeš a obtenu son 100 % garanti… et ironie du sort, ce contrat le protège aujourd’hui alors que sa valeur sportive, elle, s’effondre
La conclusion fait mal, mais incontestable : la LNH ne fait pas confiance à Dobeš en ce moment, et le Canadien non plus. Montréal fait désormais confiance à Jacob Fowler pour les matchs cruciaux, pour les soirées de première place, pour les moments où tout se joue.
Montréal garde Samuel Montembeault comme pilier, comme valeur marchande potentielle, comme vétéran rassurant.
Et Montréal envoie Dobeš là où il pourra respirer, se reconstruire et, peut-être, renaître. Dans le 450...
