Encore et encore de l'inquiétude...
Il y a quelque chose qui cloche, et on peut bien l’enrober du vocabulaire corporatif habituel, ça ne change pas le malaise de fond : Kaiden Guhle est déjà absent, encore, alors qu’il vient à peine de revenir au jeu.
Le Canadien parle d’une « journée de repos », d’une gestion prudente dans un contexte de matchs consécutifs, d’un simple effort pour éviter le surmenage.
Mais soyons honnêtes deux secondes. Un joueur en pleine santé, qui revient au jeu et qui va bien, ne saute pas un match le lendemain sous prétexte qu’on veut être gentil avec lui. S’il n’y avait pas un pépin physique, même mineur, même diffus, il serait dans l’alignement ce soir. Point.
C’est là que l’inquiétude refait surface, exactement comme à chaque fois avec Guhle. Ce n’est jamais dramatique, jamais officiel, jamais qualifié de rechute… mais c’est constant.
Toujours un petit quelque chose. Toujours une précaution. Toujours un point d’interrogation. Et c’est précisément ça qui épuise l’organisation, les partisans et, soyons francs, la direction hockey. Guhle n’est pas un joueur fragile par manque d’engagement ou de robustesse, au contraire, mais son corps, lui, n’arrive pas à suivre le rythme de la LNH sur une base durable.
Et quand tu reviens au jeu pour ensuite être retiré immédiatement, même dans un back-to-back, le signal est clair : le risque est encore là.
TVA Sports s’inquiète, à raison. Le Canadien dit que ce n’est pas un recul, qu’il pourrait être de retour jeudi à Buffalo, qu’on gère la charge.
Peut-être. Mais le problème, ce n’est pas le match de ce soir. Le problème, c’est l’historique. C’est la répétition. C’est cette impression persistante que Guhle est toujours à une mise en échec, à une mauvaise torsion, à une séquence anodine d’un nouvel arrêt prolongé.
Et à ce stade-ci, on ne parle plus d’un incident isolé, mais d’un profil.
C’est là que la question inconfortable devient inévitable : est-ce que Kent Hughes regrette aujourd’hui de ne pas avoir échangé Kaiden Guhle quand sa valeur était à son sommet ?
La question dérange, mais elle est légitime. Parce qu’on le sait, le Canadien a dit non. Non quand les Blues ont insisté. Non quand le nom de Guhle revenait comme pièce maîtresse dans des discussions sérieuses. Non quand une transaction impliquant Jordan Kyrou était sur la table.
Et aujourd’hui, avec le recul, il faut au moins poser la question sans tabou : est-ce que, sachant ce que l’on sait maintenant, on ferait Guhle pour Kyrou ?
À l’époque, la réponse était facile pour beaucoup : non. Guhle représentait la stabilité défensive du futur, un pilier potentiel, un joueur de séries.
Kyrou, lui, venait avec un gros contrat, des critiques sur son engagement défensif et une constance parfois douteuse.
Mais le contexte a changé. Le Canadien a besoin de punch offensif établi. Le Canadien sait maintenant que sa ligne bleue déborde de gauchers, que Hutson est là pour l’offensive, que Reinbacher arrive, que la congestion défensive est réelle.
Et surtout, le Canadien voit que Guhle, aussi bon soit-il quand il joue, n’arrive pas à enchaîner les matchs sans que le mot « gestion » devienne central.
Attention : ça ne veut pas dire que Hughes a fait une erreur. À l’époque, refuser d’échanger Guhle était cohérent, défendable, logique.
Mais une reconstruction, ce n’est pas figé. C’est un processus vivant, qui évolue avec les informations nouvelles. Et l’information nouvelle, aujourd’hui, c’est que chaque absence de Guhle ravive le même doute fondamental : peut-on réellement bâtir une ligne bleue autour d’un défenseur qui doit constamment être protégé contre son propre corps ?
Le plus troublant, c’est que ce genre de décision n’est jamais binaire. Ce n’est pas « Guhle est fini » ou « Guhle est intouchable ».
C’est beaucoup plus insidieux. C’est le stress constant. La planification compliquée. Les back-to-back qui deviennent des casse-têtes.
Les séries éliminatoires, surtout, où tu ne peux pas te permettre de gérer un défenseur clé au jour le jour. Et c’est exactement pour ça que ce dossier revient hanter les discussions internes, même si personne ne le dira publiquement.
Le Canadien avance, gagne, ouvre sa fenêtre tranquillement. Mais plus la fenêtre s’ouvre, moins la marge d’erreur est tolérable.
Et Kaiden Guhle, malgré tout son talent, reste aujourd’hui un risque structurel. Pas un mauvais joueur. Un risque. La différence est immense… mais dans une organisation qui vise la Coupe Stanley, elle est aussi déterminante.
