Le Canadien venait à peine d’annoncer le congédiement d’Éric Raymond que Jeff Gorton s’avançait dans la salle de conférence avec la posture d’un homme qui sait qu'il sera sur le "hot spot".
L’atmosphère était dense, presque étouffante, et dès la première question, Gorton a exposé la mécanique froide derrière la décision.
Quand on lui demande si les performances catastrophiques des gardiens sont la principale raison du congédiement, il répond :
« C’est un aspect malheureux du business. Éric a fait beaucoup de bonnes choses pour nous. On a eu du succès avec les gardiens sous Éric. Ce n’est pas un blâme individuel. C’est une décision organisationnelle. On voulait une nouvelle voix et on sentait que c’était le bon moment. »
Gorton insiste que le passage de Samuel Montembeault à Laval n’a pas influencé la décision :
« Non, pas vraiment. On a simplement jugé que c’était le bon moment. Éric est dans la dernière année de son contrat. Comme avec Martin et Dominique (Ducharme) à l’époque, on a pris une décision similaire. »
Puis, phrase lourde de sens : « Honnêtement, on savait déjà qu’on n’irait probablement pas de l’avant avec Éric après la saison. »
Il louange Marco Marciano : « C’est un gars intelligent, il travaille fort, il a un bon rapport avec ses gardiens. Il y a eu de l’intérêt ailleurs dans la ligue pour lui. On l’a retenu. C’est son moment. »
Et quand on lui demande si Montembeault avait besoin d’une nouvelle voix, Gorton élargit : « Je pense qu’une nouvelle voix pour tous les gardiens était nécessaire. Kent, Martin et moi, on en a longuement discuté. »
On lui demande si la décision était planifiée depuis longtemps : « Beaucoup de conversations au cours des dernières semaines. Avec la pause olympique qui arrive, c’était l’occasion idéale pour préparer la transition. »
Puis, un moment clé : le journaliste lui demande si les gardiens doivent “assumer leur part”. Gorton refuse d’en faire des coupables :
« Non. Le plus facile serait de blâmer les gardiens. Mais ce n’est pas juste eux. Quand quelque chose comme ça arrive, c’est sur nous tous. On prend cette responsabilité collectivement. »
Lorsqu’il termine, le malaise flotte dans la salle. Mais ce n’était rien comparé à ce qui allait suivre.
Martin St-Louis entre ensuite.Tendu. Raide. Visiblement affecté. Martin McGuire de Cogeco lance immédiatement : « Est-ce que c’est directement lié aux résultats insatisfaisants? Est-ce que Gorton a répondu à cette question-là? »
St-Louis tente d’esquiver : « Si tu veux, je vais donner la même réponse que Gorton… »
Le journaliste revient : « On nous avait dit que tu serais ici pour réagir à la nouvelle. »
St-Louis soupire : « Oui… repose-moi ta question. »
Silence. Malaise. Il cherche ses mots. On sent qu’il ne veut pas dire quelque chose qu’il regrettera. Finalement, voici sa réponse en vidéo:
« Ce n’est pas juste une chose. Ça fait partie du business… il n’y a rien de plaisant là-dedans. Éric, c’est un de mes très bons amis. C’est dur. C’est un bon coach, un excellent humain. Il va se retrouver quelque chose d’autre. Mais ce n’est pas une seule personne qui est responsable. On porte tous une part de responsabilité. C’est une décision de l’organisation. »
Il ajoute, presque tremblant : « Je suis un jeune coach. J’aime les gens. Voir quelqu’un perdre sa job… c’est dur. Mais j’ai beaucoup de respect pour Gorton, Kent et toutes leurs décisions jusqu’à maintenant. »
Puis, à propos de son implication : « Je ne vais pas entrer dans les détails. »
Lorsqu’on lui demande ce qu’il connaît de Marco Marciano, St-Louis admet :
« C’est la position que je connais le moins. Il faudrait que je regarde 10 000 heures de vidéos pour vraiment analyser un coach de gardiens. Mais Marco a un bon historique, il a fait du bon travail. C’est une transition facile pour l’organisation. »
On lui parle de la chimie du personnel d’entraîneurs :
« On a un staff très proche. C’est difficile de voir Éric partir. Je ne coache pas en silo. Mais la position de gardien, c’est un peu plus isolé. J’essaie de supporter ces gars-là mentalement. Il y a beaucoup de pression, ça peut être lourd. »
On l’interroge finalement sur la capacité de Dobeš à devenir numéro un :
« Je ne sais pas. On va y aller un match à la fois. Il va jouer demain. Ce que j’aime de lui? Comme Jake l’a dit : il compétitionne. »
Puis une phrase qui résume tout son inconfort :
« Je ne prends jamais une décision seulement avec mon instinct. Je prends l’information disponible. Ça va être pareil avec Marco. »
À ce moment, St-Louis tient presque son micro comme un bouclier. Les “merci”, les “merci beaucoup”, les petites respirations courtes… tout trahit un coach profondément secoué.
Chantal Machabée finit par intervenir :
« Merci, on ouvre le vestiaire. »
La salle respire enfin.
Matheson arrive, calme, posé. Une maturité que tout le monde remarque immédiatement.
Sur la responsabilité collective :
« C’est sûr que quand quelque chose comme ça arrive, ce n’est jamais sur une seule personne. La seule question que je me pose, c’est : qu’est-ce qu’on aurait pu faire de mieux pour qu’on n’en arrive pas là? Jouer mieux. Accorder moins de chances de marquer. »
Sur la pression sur Montembeault et Dobeš :
« Il faut être là pour eux. Ce n’est pas juste leur faute. C’est une responsabilité d’équipe. »
Il ajoute un détail frappant :
« Quand un entraîneur-chef perd son emploi, souvent ça crée une étincelle. Ça peut être la même chose avec un adjoint. Il faut répondre. »
L’environnement émotionnel est lourd. Brendan Gallagher résume ce que ressent le groupe :
« Ce n’est jamais une bonne journée quand quelqu’un perd sa job. Tu te sens responsable, tous individuellement. On accueille Marco. Il a fait un excellent travail à Laval. Peut-être qu’une nouvelle voix va aider. On avance. »
Sur Montembeault :
« Non, il n’est pas trop dur envers lui-même. Depuis son retour, il nous a donné de très bons matchs. Il y a des hauts et des bas. Même contre Boston, il y a un ou deux buts qu’il voudrait revoir, mais il a fait des arrêts que plusieurs ne feraient pas. Quand il est devant le filet, on se sent confiants. »
Sur la nature même du poste de gardien :
« C’est un des seuls postes dans le sport où on ne retient que les erreurs. C’est injuste, mais c’est comme ça. Il faut qu’ils se rappellent tout ce qu’ils font de bien. »
Ouch. On pouvait sentir une mouche voler. Le congédiement d'Éric Raymond crée des vagues. Et au final, on ne retiendra qu'une chose: la face crispée de Martin St-Louis.
Prends ça chill coach...
