Martin St-Louis n’a jamais été un entraîneur frileux, mais celle-là, personne ne l’avait vue venir.
Retirer Jakub Dobes, le gardien le plus hot de la Ligue cette semaine, celui qui venait littéralement de voler deux matchs sur la route, pour lancer Samuel Montembeault dans la gueule des Golden Knights, à Vegas, dans un après-midi où la meilleure offensive de l’Ouest attendait le Canadien avec un sourire…
Faut vouloir gambler solide.
Mais parfois, celui qui mise gros gagne encore plus gros.
Et St-Louis vient de remporter sa mise comme un joueur qui pousse toutes ses jetons au centre de la table sans trembler.
Le Canadien sort de Vegas avec une troisième victoire consécutive dans ce voyage qui devait briser la confiance de n’importe quelle équipe moyenne.
Sauf que Montréal n’a pas joué comme une équipe moyenne.
Montréal a joué comme une équipe qui y croit. Une équipe qui s’est regardée dans le miroir, qui a accepté les risques, qui a embarqué dans le pari de son coach.
St-Louis l’a résumé après le match avec une sincérité désarmante :
« On sait que Dobes est très bon présentement… mais on veut gérer ça à long terme. Monty a donné ce qu’on avait besoin aujourd’hui. Les gars ont répondu. »
Tout était là. Pas de grand discours. Pas d’excuse.
Une gestion assumée, presque clinique.
St-Louis savait que la critique allait sortir les dents si Montembeault s’effondrait.
Il savait qu’on lui reprocherait d’avoir brisé le momentum de Dobes, comme la dernière fois où il avait tenté ce genre de rotation, et où tout avait éclaté en pleine face. Mais il l’a tenté encore.
Et cette fois, ça a fonctionné.
La première période a été exactement ce que St-Louis voulait : une entrée de match qui surprend l’adversaire, une équipe qui joue vite, qui gagne ses batailles, qui marque tôt pour casser la dynamique des Golden Knights.
Zachary Bolduc, encore lui, ouvre la marque comme s’il voulait absolument saluer son entraîneur pour lui avoir donné la confiance d’un top-6 permanent.
Et à partir de là, Vegas n’a jamais entièrement repris le contrôle.
La deuxième période, oui, a eu ses relents habituels.
Les mêmes habitudes toxiques de la saison ... les relâchements, les hésitations, les séquences où on dirait que tout le monde tombe dans la lune en même temps ... sont revenues hanter l’équipe.
Mais la différence, cette fois, c’est qu’ils n’ont pas coulé. Et dès que la troisième période a commencé, le Canadien a remis son travail en ordre.
St-Louis l’a dit : « On a resserré le jeu. On est revenus à ce qu’on voulait faire. Les gars ont joué avec intention. »
C’est peut-être la phrase la plus importante de la soirée.
Parce que ce voyage-là, ce n’est pas juste trois victoires.
C’est trois matchs où Montréal a trouvé une identité.
Une équipe jeune qui se tient debout dans les moments serrés, qui profite de la créativité de Suzuki et Caufield, qui regarde Matheson jouer comme un cheval en troisième période, qui voit Bolduc prendre de plus en plus d’aise dans un rôle qu’on réservait à Slavkovsky l’an dernier.
Et pendant ce temps-là, Dobes attend son tour pour le Colorado. St-Louis vient de lui livrer un message indirect, mais clair :
« Tu es mon match important. Tu es celui que j’envoie contre la meilleure équipe de la Ligue. Tu es mon pilier demain. »
C’est un geste énorme dans une relation entraîneur-gardien.
C’est une forme de respect que Dobes n’avait probablement jamais ressenti à un tel niveau dans la LNH.
Et oui, c’est un pari. Parce qu’en envoyant Montembeault aujourd’hui, St-Louis a carrément désigné son gardien numéro un… sans jamais le dire explicitement.
Mais après un pari aussi risqué, aussi payant, aussi assumé, qui va vraiment oser lui reprocher de suivre son instinct?
Le Canadien arrive au Colorado avec de la confiance, trois victoires, un Dobes affamé, et un entraîneur qui vient de prouver qu’il peut jouer au poker comme les meilleurs… même dans la capitale mondiale du gambling.
Wow...
