Sortie publique de Zachary Bolduc: il envoie son message à Martin St-Louis

Sortie publique de Zachary Bolduc: il envoie son message à Martin St-Louis

Par David Garel le 2026-02-19

La sortie publique de Zachary Bolduc à RDS n’est pas arrivée dans le vide. Elle survient à un moment extrêmement précis de la saison, alors que l’attaquant québécois glisse tranquillement vers le bas de la hiérarchie chez les Canadiens de Montréal, que ses minutes fondent soir après soir, et que le retour imminent de Alex Newhook menace directement sa place dans l’alignement.

À cela s’ajoute le dossier Patrik Laine, qui devra être réintégré ou échangé d’ici peu, ce qui force mathématiquement l’organisation à couper quelque part.

Il y a trop d’attaquants, et Bolduc est rendu dans la zone rouge.

Depuis quelques semaines, il est régulièrement l’attaquant le moins utilisé par Martin St-Louis. On le voit jouer neuf, dix, parfois onze minutes.

On le voit perdre des présences clés. On le voit sortir dans des moments importants. Et pendant que le coach martèle qu’il veut plus de constance, plus de fiabilité défensive, plus de détails, Bolduc, lui, sent la pression monter.

C’est dans ce contexte-là, qu’il choisit de parler. Qu’il insiste sur sa relation avec St-Louis. Qu’il évoque son adaptation mentale, ses stratégies pour décrocher, sa volonté de finir fort. À Montréal, ce genre d’entrevue n’est jamais juste une entrevue.

C’est un signal.

Zachary Bolduc a choisi son moment.

Pas par hasard. Pas par spontanéité. Pas par simple envie de jaser hockey. Il a parlé maintenant, parce qu’il sait exactement ce qui s’en vient.

À Montréal, quand tu glisses tranquillement vers la fin du banc, quand tes minutes oscillent entre neuf, dix, parfois onze minutes, quand ton nom commence à circuler dans les conversations internes à propos des combinaisons, des retours au jeu et des scénarios de vitrine, tu ne fais pas d’entrevue à RDS pour le plaisir.

Tu fais ça parce que la soupe commence à être chaude.

Depuis son arrivée avec les Canadiens de Montréal, Zachary Bolduc découvre ce que ça veut vraiment dire jouer au hockey dans un marché religieux. Il l’a dit lui-même : à Montréal, tu ouvres la télé et il y a trois ou quatre chaînes qui parlent du CH.

Ce n’est plus Saint-Louis. Ce n’est plus un marché tranquille. C’est une loupe permanente, une pression constante, une analyse quotidienne de chacun de tes replis défensifs.

Et sportivement, la réalité est brutale.

Bolduc est passé d’un début de saison encourageant à une production famélique. Dix buts en plus de 50 matchs. Un rôle de soutien.

Des shifts coupés courts. Des soirs où il devient l’attaquant le moins utilisé. Et surtout, un coach qui ne cache plus qu’il mesure sa progression autrement que par la feuille de pointage.

Parce que le problème, ce n’est pas juste l’attaque.

C’est la confiance.

Ou plutôt l’absence de confiance.

Martin St-Louis l’a répété à plusieurs reprises : ce qu’il veut de Bolduc, ce sont les détails. Les lectures défensives. L’engagement hors rondelle. La constance. Et pour l’instant, ça arrive par séquences. Pas assez souvent pour solidifier une place dans l’alignement.

Bolduc le sait. Il le sent.

Et il voit aussi le tableau d’ensemble.

Le retour imminent de Alex Newhook va forcer des décisions. L’organisation est déjà à 23 joueurs. Si Patrik Laine n’est pas échangé d’ici la fin février, il faudra le faire jouer quelques matchs, ne serait-ce que pour le remettre en vitrine. Ça veut dire quoi, concrètement?

Ça veut dire qu’il y a un attaquant de trop.

Et dans la hiérarchie actuelle, Bolduc n’est pas protégé.

Il est exposé.

C’est là que son entrevue prend tout son sens.

Il insiste lourdement sur sa relation avec Martin St-Louis. Il parle de communication. Il parle de confiance mutuelle. Il reconnaît sa saison en montagnes russes. Il dit vouloir que ses 25 derniers matchs soient ses meilleurs. Il parle de “reset”. De focus. De progression.

Tout ça est vrai.

Mais c’est aussi un message clair à son entraîneur.

Un message clair à la direction.

Un message clair au marché.

Bolduc est en train de jouer ses cartes.

Il rappelle qu’il n’a que 22 ans. Qu’il sort d’un parcours junior dominant. Qu’il a gagné une Coupe Memorial. Qu’il a été formé sous Patrick Roy. Qu’il a appris à encaisser les conversations difficiles. Qu’il est capable d’autocritique. Qu’il est conscient de ses lacunes.

Et surtout, il humanise son adaptation.

Il explique ce qu'il fait pour se changer les idées. La marche. Les écouteurs. Le pickleball. Le golf. Le baseball. Les façons de décrocher. Le mentor Dominic Ricard. Le soutien familial. Tout ça sert à montrer qu’il ne se cache pas. Qu’il travaille. Qu’il cherche des solutions.

Est-ce que cette sortie médiatique vient de lui?

Peut-être.

Est-ce que ça sent la main de son agent derrière tout ça?

Difficile à prouver. Mais dans la LNH, quand un jeune joueur marginalisé commence soudainement à raconter son parcours, son mental, sa relation avec son coach et son désir de finir fort… ce n’est jamais complètement innocent.

C’est une opération de positionnement.

Bolduc sait que s’il glisse dans les gradins, sa valeur chute.

Il sait que s’il devient le joueur sacrifié pour faire de la place à Newhook ou Laine, son développement prend un coup.

Il sait aussi qu’à Montréal, une narration publique peut parfois influencer la patience d’une organisation.

Alors il parle.

Pas pour attaquer St-Louis.

Pas pour se plaindre.

Mais pour rappeler qu’il est là. Qu’il est investi. Qu’il veut rester.

Et pendant ce temps, Martin St-Louis observe.

Parce que le coach, lui, ne gère pas des entrevues.

Il gère un alignement.

Il gère une culture.

Il gère la confiance.

Et à Montréal, quand tu ne coches pas toutes les cases, tu ne restes pas longtemps confortable.

Zachary Bolduc est rendu exactement à ce point-là.

La soupe est chaude.

Et les prochains matchs vont décider s’il reste à table… ou s’il devient celui qu’on pousse doucement vers la porte.