Nous avons des frissons qui parcourent notre dos au grand complet.
Il y a des signatures de contrat qui confirment une tendance, et il y a celles qui font basculer l’équilibre politique d’une ligue au complet.
Ce que Mike Matheson vient de signer avec le Canadien est un message direct à Sidney Crosby.
Pourquoi? Parce que ce contrat de cinq ans est blindé par une clause de trois années complètes de non-mouvement.
Un pacte construit autour de 20,8 millions de dollars en bonis de signature et d’un salaire volontairement réduit pour rester à Montréal.
Ce geste-là résonne beaucoup plus loin qu’au centre-ville et dans les bureaux de Kent Hughes : il résonne jusqu’à Pittsburgh, jusque dans le bureau de Kyle Dubas, jusque dans le cœur de Sidney Crosby, qui sait maintenant une chose très simple mais absolument fondamentale pour la suite de sa carrière:
Si un jour il décide de quitter Pittsburgh pour Montréal, Matheson sera là pour l’y accueillir, et il n'y a aucune chance que son meilleur ami soit transigé, puisque la clause de non-échange verrouille complètement la situation.
Il faut comprendre ce que ce contrat représente dans la tête d’un joueur comme Crosby. Le capitaine des Penguins a vu Matheson se transformer sous ses yeux à Pittsburgh, et a toujours insisté sur le fait qu’il adorait jouer avec lui.
Crosby avait avoué qu’il aimait son calme, sa fluidité, sa manière d’accélérer et de ralentir le jeu, de stabiliser les Penguins qui commençaient déjà à perdre des morceaux.
Au moment où Matheson a pris la direction de Montréal en 2022, Crosby en avait été profondément secoué, au point de le dire à plusieurs proches, au point où Kristopher Letang avait été obligé d’expliquer publiquement que Crosby n’avait jamais compris cet échange.
Aujourd’hui, trois ans plus tard, malgré les succès des Penguins, Dubas parle toujours d'une reconstruction. Et Crosby voit Montréal verrouiller un joueur qu’il respecte peut-être plus que n’importe quel défenseur avec qui il a joué depuis quatre ans.
Pendant que Matheson s’assure une stabilité totale à Montréal, David Reinbacher, lui, continue de planer comme une pièce centrale dans les discussions, puisque Renaud Lavoie a répété que si jamais Crosby décidait de lever sa clause, Pittsburgh exigerait probablement un jeune défenseur droitier et un choix de première ronde protégé.
Dans cette équation, Reinbacher demeure le nom le plus souvent murmuré dans les coulisses à Pittsburgh.
Et c’est pour cela que cette clause de non-mouvement pour trois an, au-delà du geste d’un joueur qui aime sa ville, vient de poser un marqueur clair dans un dossier que Crosby prétend vouloir enterrer publiquement, mais qui demeure le plus gros non-dit du monde du hockey : Matheson et Crosby sont des meilleurs chums qui se parlent de Montréal et du CH au téléphone.
C’est pourquoi ce contrat de Matheson pourrait devenir la première pièce d’un mouvement bien plus large, celui qui mènera peut-être Sidney Crosby, un jour, à considérer Montréal non pas comme une distraction médiatique, mais comme la seule destination où son dernier chapitre pourrait être écrit dans la gloire.
Avec son meilleur ami...
Et c’est ici que le dossier David Reinbacher devient explosif, parce que pendant que Renaud Lavoie continue de marteler sur toutes les tribunes que le Canadien devra sacrifier le jeune Autrichien si Sidney Crosby se rend disponible, la réalité du terrain, elle, raconte tout autre chose.
Mathias Brunet l’a parfaitement résumé : Reinbacher n’est plus ce prospect fragile, hésitant, manquant de mordant qu’on a vu au camp d’entraînement.
Il redevient tranquillement le défenseur de 6 pieds 3, 207 livres que le Canadien croyait avoir repêché au cinquième rang.
Quand Brunet écrit que son début de saison à Laval rappelle enfin le joueur incisif et intelligent qu’il était avant sa série de blessures, il traduit ce que les dirigeants du CH constatent eux-mêmes en privé : Reinbacher recommence à gagner ses batailles le long des rampes, recommence à transporter la rondelle avec confiance, recommence à prendre ces décisions rapides qui faisaient de lui un défenseur destiné à un top-4 dans la LNH.
Surtout, il recommence à « vouloir faire la différence », une phrase simple mais lourde de sens, parce qu’elle n’était plus vraie il y a deux mois.
On peut répéter que le rappel d’Adam Engström a fait peu de bruit, que la progression fulgurante de Hutson, l’arrivée de Noah Dobson et l’explosion de Demidov ont ralenti l’impatience des partisans, mais au sein de la LNH, les dépisteurs, eux, voient exactement ce qui se passe : Reinbacher se replace, et chaque match où il se replace augmente dramatiquement le risque pour Montréal de le sacrifier dans une transaction pour Crosby.
Car un jeune droitier de cette trempe, surtout à 21 ans, ne se remplace pas, et les Penguins le savent. C’est pourquoi, malgré tout le respect pour Renaud Lavoie, échanger Reinbacher maintenant serait un pari monumental, un geste qui pourrait soit propulser Montréal vers la Coupe Stanley dont on parlerait pendant des décennies, soit laisser un vide gigantesque à droite pendant dix ans.
La question à un million de dollars: « est-ce que Montréal veut échanger Reinbacher? ».
Ou plutôt... « Montréal peut-il se permettre de perdre Reinbacher alors qu’il est en train de devenir exactement ce dont une équipe aspirante a besoin pour gagner? ».
Rien n’est plus fragile qu’un prospect en reconstruction de confiance, et rien n’est plus dangereux que d’échanger ce même prospect au moment précis où il commence enfin à justifier son rang de sélection.
C’est pour ça que le dossier Reinbacher, à cette minute-ci, est un tremblement de terre déguisé : un joueur qui redevient valable, un DG qui hésite, un marché qui s’excite.
Crosby affirme toujours qu'il est à Pittsburgh pour y rester. Mais tout le monde sait que le contrat de Mike Matheson vient de tout changer.
