Ce devait être un moment de fête, un de ces instants magiques qu’on fabrique pour marquer une finale, avec les lumières tamisées, la musique, l’entrée spectaculaire des joueurs sur la glace de l’aréna qui accueille habituellement les matchs de l’Océanic de Rimouski. Une vitrine parfaite pour le hockey scolaire, dans le cadre du Tournoi national BMO de Rimouski, catégorie M18 D2.
Mais en quelques secondes, tout a basculé.
Alors que les joueurs du Zénith embarquaient un à un sur la patinoire, dans cette mise en scène digne du junior majeur, un joueur du Sélect de l’École Paul-Hubert s’est avancé, a franchi la ligne rouge… puis est allé frapper de plein fouet l’un des derniers joueurs qui venait tout juste de sauter sur la glace. Un placage frontal, prémédité, exécuté hors contexte de jeu, dans un moment où personne ne s’attend à recevoir un coup.
Pas un accident. Pas une collision fortuite. Un geste volontaire.
La séquence, captée en vidéo et rapidement diffusée sur les réseaux sociaux, a provoqué une onde de choc bien au-delà de Rimouski.
Parmi les voix les plus indignées, celle de l’ancien joueur de la LNH Patrick Juneau, qui n’a pas mâché ses mots.
Sur Facebook, il a écrit noir sur blanc ce que beaucoup pensaient tout bas :
Tellement sal et disgracieux!! Un geste qui mérite rien d’autre qu’une suspension à vie! J’espère que les dirigeants de la fédération agiront en conséquence!!
" Notre équipe Zénith M18D2 de St-Marc était en Finale du tournoi de Rimouski cet après-midi. À l’entrée des jeunes joueurs sur la patinoire avec les lumières baissées, le joueur de Paul-Hubert traverse la ligne rouge pour venir frapper totalement intentionnellement un de nos joueurs à la tête alors qu’il venait à peine d’embarquer sur la glace pour son échauffement. Il est complètement sans défense alors que l’adversaire vient le frapper en salop. Bien entendu que notre jeune est en protocole de commotion.
Comment est-ce que ton équipe peut vraiment jouer un bon match de championnat après une telle chose. Et dire que ce joueur a même jouer dans ce match après ce coup. Incroyable! Et ils osent appeler cela gagner un tournoi….
Et on ose appeler cela du hockey scolaire! Méchante preuve d’éducation!! "
Sa publication a été partagée plus de 500 fois, preuve que cette scène a profondément heurté le public.
Selon lui, le jeune joueur frappé doit maintenant suivre le protocole complet pour commotion cérébrale. Et c’est là que l’histoire devient encore plus dérangeante.
Parce que tout ça s’est produit sous les yeux de l’arbitre.
Résultat ? Une simple pénalité de dix minutes pour conduite antisportive. Dix minutes. Pas d’expulsion immédiate. Pas de suspension automatique sur-le-champ.
Rien qui reflète la gravité d’un coup porté à un joueur vulnérable, en pleine entrée protocolaire, sans rondelle, sans jeu, sans défense possible.
Ce qui choque, ce n’est pas seulement la violence du geste. C’est le message envoyé à tous les jeunes sur la glace : tu peux traverser la patinoire pour frapper quelqu’un par surprise, et tu t’en tires avec dix minutes au banc. C’est ça, la culture qu’on veut bâtir? C’est ça, l’exemple qu’on donne dans un contexte supposément éducatif?
On parle ici d’adolescents. De joueurs qui apprennent encore le sport, mais surtout la vie. Et on leur montre, en pleine finale nationale, que l’intimidation physique gratuite peut passer presque inaperçue si elle est bien camouflée dans le chaos d’un événement.
Le plus ironique dans tout ça, c’est le décor. Les lumières, l’aréna professionnel, l’ambiance « big game ». On voulait faire vivre aux jeunes une expérience mémorable. On leur a plutôt offert une leçon brutale sur l’impunité.
Sur la glace, le Zénith s’est finalement incliné 5 à 1 contre le Sélect. Mais le véritable résultat de cette soirée ne se lit pas sur le tableau indicateur.
Il se lit dans l’état d’un jeune joueur envoyé au protocole de commotion.
Il se lit dans la colère d’un ancien de la LNH.
Il se lit dans des milliers de partages et de commentaires outrés.
Il se lit surtout dans cette question qu’on ne peut plus éviter : où trace-t-on la ligne?
Le hockey est un sport de contact, oui. Mais il y a une différence fondamentale entre jouer robuste et agresser quelqu’un à froid, dans un moment cérémonial, sans aucune intention de jouer la rondelle.
Quand un tel geste passe avec une tape sur les doigts, ce n’est plus seulement un problème d’arbitrage. C’est un problème de valeurs.
Et tant que les instances responsables ne frapperont pas fort, tant qu’on minimisera ce genre de dérapage sous prétexte que « ça fait partie du hockey », ce sont les jeunes qui paieront le prix.
Pas seulement avec des punitions mal distribuées. Avec leur santé. Avec leur confiance. Avec leur vision du sport.
Ce soir-là, à Rimouski, ce n’est pas juste une finale M18 D2 qui a été ternie. C’est toute la crédibilité du hockey scolaire qui a pris un sérieux coup.
