Salaire de Vincent Lecavalier à Montréal: il perd patience

Salaire de Vincent Lecavalier à Montréal: il perd patience

Par David Garel le 2026-05-13

Pendant des années, une question revenait constamment autour des Canadiens de Montréal lorsqu’on évoquait le nom de Vincent Lecavalier : qu’est-ce qu’il fait exactement?

La question n’était pas méchante au départ. Elle est devenue toxique avec le temps.

À Montréal, lorsqu’un conseiller spécial aux opérations hockey travaille à distance, habite en Floride, apparaît rarement au Centre Bell et refuse les projecteurs, les soupçons finissent par s’installer.

Encore plus lorsqu’il est le meilleur ami de Martin St-Louis, l’ancien client de Kent Hughes et qu’il fait partie de ce fameux trio d’amis qui a construit une partie du nouveau Canadien.

On l’a traité de fantôme.

On a parlé d’un « country club ».

On a dit qu’il encaissait un salaire pour regarder son fils jouer au hockey sous le soleil de Tampa Bay (et sa fille au golf) pendant que d’autres travaillaient dans le froid montréalais.

On s’est demandé si Geoff Molson payait un ami de la famille hockey plutôt qu’un vrai décideur.

Puis, pendant longtemps, Lecavalier n’a presque rien dit.

Silence radio.

Aucune tournée médiatique. Très peu d’explications. Quelques apparitions discrètes ici et là. Une impression persistante d’un homme absent… mais mystérieusement influent.

Voilà pourquoi sa longue entrevue accordée à Pierre LeBrun dans The Athletic fait autant jaser aujourd’hui.

Parce que Vincent Lecavalier vient essentiellement de répondre aux mauvaises langues.

Et il l’a fait avec une franchise cinglante. Il a assurément... perdu patience qu'on parle dans son dos.

Première bombe : non, il n’était pas à temps plein avec les Canadiens de Montréal.

Mais oui, il avait une raison.

Une raison familiale.

Une vraie.

Depuis huit ans, Lecavalier coachait son fils au hockey. En parallèle, ses deux filles, âgées de 13 et 16 ans, vivaient pratiquement à temps plein dans le circuit compétitif du golf en Floride.

Sa vie personnelle était un chaos logistique.

« On est très occupés avec tout ça. C’est énorme. Ma femme a été extraordinaire », confie Lecavalier, allant même jusqu’à désigner sa conjointe comme la véritable MVP de la maison.

Pendant que certains imaginaient Lecavalier les pieds dans la piscine à Tampa Bay, lui passait ses semaines entre les pratiques, les déplacements, les matchs et les tournois.

Il le dit lui-même : son rôle à temps partiel avec les Canadiens de Montréal représentait l’équilibre parfait entre le hockey professionnel… et sa famille.

« Ce rôle à temps partiel était parfait pour moi », laisse-t-il comprendre.

Mais voilà où ça devient intéressant.

Cette réalité-là est sur le point de changer complètement.

Son fils de 14 ans quittera bientôt la maison pour rejoindre la prestigieuse académie de hockey Shattuck-St. Mary’s au Minnesota, véritable usine à joueurs de la LNH.

Et Lecavalier annonce déjà un changement majeur.

« J’espère être davantage avec l’équipe, voyager plus souvent et faire partie du quotidien un peu plus », affirme-t-il.

Le Vincent Lecavalier version discrète, éloignée et semi-présente est peut-être sur le point de disparaître.

Et c’est ici que son entrevue devient presque une réponse sans pitié à tous ceux qui prétendaient qu’il ne faisait rien.

Parce que Lecavalier détaille enfin son travail.

Et non, il ne passe pas ses journées à regarder le golf.

« Kent me demande souvent mon avis sur des joueurs », explique-t-il.

Depuis le jour un de l’ère Kent Hughes, Lecavalier agit comme conseiller sur les transactions potentielles, les joueurs ciblés et les évaluations à long terme.

« Si Kent a une question ou une décision à prendre, on en parle. Je regarde des joueurs, je fais mon travail, puis au final, c’est lui qui prend les grosses décisions. »

Voilà une nuance importante.

Lecavalier ne se présente pas comme un DG de l’ombre.

Il ne prétend pas diriger.

Il agit comme une caisse de résonance.

Un conseiller de confiance.

Et selon lui, ce travail est beaucoup plus profond que les gens le pensent.

« Peut-être qu’un dossier sur dix aboutit vraiment, mais Kent veut connaître les joueurs, avoir différents avis avant de prendre ses décisions. »

Et là, il lance quelque chose de révélateur.

« Je dois faire mes devoirs. Je regarde les joueurs en profondeur, pas seulement cette saison, mais aussi les années précédentes. »

Ce n’est pas un gars qui ouvre EliteProspects cinq minutes avant un appel Zoom.

Il parle de rapports complets.

D’évaluation vidéo.

De dépistage.

De discussions hockey constantes.

Même le repêchage semble devenu une passion inattendue.

« Travailler avec le repêchage depuis quelques années, ça a été vraiment amusant. »

Lecavalier revient justement d’un tournoi mondial des moins de 18 ans en Slovaquie.

Pas exactement l’image d’un conseiller qui bronze à temps plein.

Et Kent Hughes lui-même ferme pratiquement le dossier des critiques.

Ses mots sont puissants.

« Je connais Vinny depuis près de 30 ans. J’ai une confiance absolue en lui comme personne et en son intelligence hockey. »

Puis il ajoute :

« Il a été une ressource exceptionnelle dans les décisions, les évaluations de joueurs, les missions spéciales… essentiellement tout ce qu’on lui demande. »

Voilà qui est loin du portrait du gars payé pour ne rien faire.

Mais le passage le plus fascinant — pardon, le plus révélateur — concerne Martin St-Louis.

Parce que Lecavalier défend son ami comme rarement auparavant.

Et ses propos donnent presque l’impression qu’il nous dit : vous n’avez jamais compris qui était Martin.

« Si tu le connaissais vraiment, tu saurais qu’il a toujours été un coach dans l’âme. »

L’image qu’il donne est extraordinaire.

« Entre les périodes, il avait presque déjà un marqueur dans ses pantalons. Il dessinait des jeux sur le tableau. »

Puis Lecavalier raconte ce qui l’a frappé lorsqu’ils ont commencé à jouer ensemble à Tampa Bay.

« Quand on a finalement joué sur le même trio, j’étais comme : wow. »

Pourquoi?

« Il parlait constamment sur le banc. Il enseignait tout le temps. Il m’a amené à un autre niveau. »

Lecavalier ne mâche pas ses mots.

« Il me montrait des choses auxquelles je n’avais jamais pensé. Des jeux, des lectures, comment accélérer le rythme du jeu. »

Puis arrive peut-être la citation la plus forte de toute l’entrevue.

« Je sais qu’il a été un joueur du Temple de la renommée… mais comme coach, il est aussi bon, sinon meilleur. »

Wow.

Quand on pense au scepticisme immense qui entourait l’embauche de Martin St-Louis en 2022, ce passage-là frappe fort.

Surtout quand Lecavalier révèle que lui et Kent Hughes discutaient déjà du dossier avant sa nomination.

« On se demandait si Marty pouvait passer du pee-wee à la LNH. »

La réponse?

Ils y croyaient déjà.

« On savait qu’il y aurait une adaptation, mais on savait aussi qu’il allait s’ajuster. Son plafond comme entraîneur était très élevé. »

Le mot « plafond » revient souvent.

Comme un espoir de premier plan.

Et Lecavalier dit essentiellement qu’ils ont vu chez Martin St-Louis un potentiel d’élite.

« Il avait simplement besoin de temps. »

Aujourd’hui?

« Il a prouvé que tout le monde dans l’organisation avait raison. »

Même chose pour Kent Hughes.

Lecavalier raconte d’ailleurs une anecdote savoureuse lorsqu’il apprend que son ancien agent pourrait devenir DG des Canadiens de Montréal.

Sa réaction?

« Tu dois accepter ce poste-là. »

Puis il devient élogieux.

« Kent connaît le hockey. Il connaît les affaires. Il sait mettre les bonnes personnes aux bonnes places pour qu’elles soient les meilleures versions d’elles-mêmes. »

Mais la phrase qui résume le mieux leur relation est probablement celle-ci :

« Il est honnête. Ce n’est pas un vendeur. »

Dans un monde de hockey rempli de doubles discours, Lecavalier insiste sur une qualité simple.

L’intégrité.

Et à écouter Lecavalier, une autre chose devient claire : il croit profondément au groupe actuel.

Il compare même ce noyau des Canadiens de Montréal au jeune Lightning de Tampa Bay avant la Coupe Stanley de 2004.

« Deux ans avant de gagner la Coupe, jamais je n’aurais cru qu’on allait la gagner. »

Puis un détail change tout.

Une série gagnée.

De la confiance.

Une croyance collective.

« On a commencé à comprendre qu’on pouvait gagner ensemble. »

Le parallèle est évident.

« Cette équipe-là va devenir meilleure chaque année. La croyance est là. Et c’est ça qui compte le plus. »

Au fond, cette sortie médiatique de Vincent Lecavalier ressemble à quelque chose de simple.

Une mise au point.

Pas agressive.

Pas arrogante.

Juste un homme qui explique enfin pourquoi il n’était pas partout.

Pourquoi il n’était pas toujours ici.

Et pourquoi, malgré tout, il travaillait bel et bien.

Oui, il coachait son fils.

Oui, il suivait ses filles au golf.

Oui, il vivait en Floride.

Mais pendant que plusieurs riaient du fameux « country club », Lecavalier remplissait des rapports, étudiait des joueurs, participait aux décisions, aidait Kent Hughes et croyait dans ce projet.

Et la partie qui risque de faire le plus mal aux mauvaises langues?

Il sera beaucoup plus présent dès l’an prochain.

Comme si Lecavalier regardait enfin tout le bruit autour de lui… avant de répondre calmement :

Vous pensiez que je ne faisais rien?

Attendez de voir maintenant...